Coup d’éclat à Montréal pour dénoncer le Vendredi fou

Une douzaine de membres d'Extinction Rebellion Youth Québec ont étampé une de leurs mains recouverte de colle forte sur la vitrine du H&M. 
Photo: Le Devoir Une douzaine de membres d'Extinction Rebellion Youth Québec ont étampé une de leurs mains recouverte de colle forte sur la vitrine du H&M. 

C’est en battant le pavé de la rue Sainte-Catherine, l’artère commerciale principale de Montréal, que des dizaines de manifestants ont appelé à la fin du Vendredi fou, ce vendredi 29 novembre. La manifestation ne s’est toutefois pas conclue comme prévu, douze militants mineurs ayant collé leur main avec de la colle forte sur la vitrine de deux magasins.

La marche a été organisée par la frange québécoise du mouvement international Extinction Rebellion (XR). Elle concluait une journée d’actions menées par l’organisation contre le Black Friday, cette fête commerciale américaine désormais bien implantée au Québec.

 


Le cortège réuni à un jet de pierre de la Place des Festivals s’est mis en branle vers le centre-ville autour de 15 h. Pancartes à la main, les manifestants ont scandé des slogans contre la surconsommation que prône, selon eux, cette journée de rabais monstres.

Mais pas que : les protestataires — dont une majorité de jeunes — ont aussi dénoncé d’une seule voix la « croissance infinie » et « suicidaire » que commande le capitalisme, de même que l’inaction climatique des gouvernements.

« Le Black Friday est vraiment le symbole de la recherche constante de profits des grandes corporations, et non de garantir un futur pour les jeunes », a fait valoir François Léger-Boyer, coordonnateur, formateur et co-porte-parole d’Extinction Rebellion Québec.

« On parle de plus en plus d’écoanxiété, alors qu’on entend énormément de choses déprimantes, mais je suis ici pour lancer un message d’espoir. Celui qu’une décroissance est possible, qu’il y a des gens qui travaillent là-dessus », a affirmé de son côté Joëlle Saey-Volckrick, une militante en faveur d’une « décroissance conviviale » et professeure d’économie écologique à Berlin.

Une action imprévue

La circulation a été bloquée au fur et à mesure que le cortège défilait sur l’artère commerciale, sous le regard de plusieurs policiers à vélo. Alors qu’ils devaient gagner le square Dorchester, tout près de la Place du Canada, les manifestants se sont arrêtés net à la hauteur de la rue Peel.

Dans un coup d’éclat qui n’était pas prévu par les organisateurs de XR, ont-ils indiqué au Devoir, douze mineurs de la cellule Extinction Rebellion Youth Québec ont investi les magasins H&M et American Eagle. Ils ont chacun étampé une de leurs mains recouverte de colle forte sur une vitrine, celle du deuxième étage du H&M. et celle au rez-de-chaussée de l’American Eagle.

Photo: Guillaume Lepage Le Devoir Vers 9 h 30, une poignée de militants a pénétré dans le Centre Eaton, rue Sainte-Catherine, pancartes à la main.

Vers 17 h, pompiers et ambulanciers sont arrivés sur les lieux, de même que d’autres policiers. Ceux-ci ont bloqué le périmètre autour de l’American Eagle et recouvert la vitrine de deux grandes toiles. Les jeunes ont été conduits à l’arrière-boutique vers 17 h 30, une fois leur main décollée. Dans le cas du H&M, l’opération a été menée — cette fois à la vue de tous — une heure plus tard, autour de 18 h 30.

Au moment où ces lignes étaient écrites, il était impossible de savoir s’il y eu des arrestations, le Service de police de la Ville de Montréal n'ayant pas retourné les appels du Devoir.

Journée de mobilisation

Extinction Rebellion s’est mobilisé une bonne partie de la journée de vendredi pour dénoncer le Vendredi fou. Tôt en matinée, une trentaine de militants de différents âges ont mené une première action devant le magasin d’électronique Best Buy de la rue Sainte-Catherine. Le groupe a formé une file parallèle à celle des clients venus profiter des aubaines, puis défilé dans le magasin.

« On ne veut pas blâmer ou intimider les gens qui se sont déplacés pour magasiner aujourd’hui. On veut dénoncer ce système qui encourage les gens à faire la file à 5 h du matin pour profiter d’aubaines », insistait Elizabeth Pinault, qui fait partie du groupe de communication de l’organisation. « D’autres modes de consommation existent. »

Vers 9 h 30, la poignée de militants a pénétré dans le Centre Eaton, rue Sainte-Catherine, pancartes à la main. Ils ont déambulé dans deux boutiques et les couloirs du centre commercial en silence, à l’exception de deux personnes qui ont scandé des messages en français et en anglais dans un mégaphone. Policiers et agents de sécurité étaient présents.
 

En début d’après-midi, une « friperie » s’est tenue à l’intersection des rues Jeanne-Mance et Sainte-Catherine pour décourager l’achat de vêtements neufs.

Ailleurs dans le monde

Des initiatives anti-Black Friday ont également eu lieu ailleurs dans le monde vendredi, notamment en Allemagne, aux Pays-Bas et en France. Et Amazon a été particulièrement montré du doigt par les manifestants.

Ils ont été plusieurs dizaines à protester devant le siège social français du géant du commerce en ligne, situé à Clichy, près de Paris. En Autriche, une quinzaine d’activistes ont bloqué un centre de distribution d’Amazon. Et en Allemagne, des centaines d’employés de la multinationale — selon le syndicat Ver.di — ont profité du Vendredi fou pour débrayer.