La Caisse de dépôt espère avoir retrouvé la confiance du public

Le président sortant de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Michael Sabia
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Le président sortant de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Michael Sabia

Le président sortant de la Caisse de dépôt et placement du Québec espère que la direction de l’institution a réussi à « restaurer la confiance » de la population à son égard, dix ans après la pire perte de son histoire, qui a fortement secoué son image.

À deux mois de son départ de la Caisse, qu’il quitte un an avant la fin de son mandat officiel, Michael Sabia a profité d’une tribune au Cercle canadien de Montréal jeudi pour dresser les grandes lignes du bilan de l’organisation et des défis auxquels font face les gestionnaires de caisse de retraite dans le monde.

Invité à dire ce qu’il souhaitait que le public retienne de son passage à la Caisse — lors d’une entrevue animée sur scène par Martine Turcotte, qui quittera bientôt la direction de Bell Canada au Québec —, M. Sabia, en poste depuis mars 2009, a répondu qu’il n’en était « pas sûr ». « Mais je vais vous donner mon souhait. J’espère que nous avons restauré la confiance des Québécoises et des Québécois dans leur caisse de retraite. »

« Il y a une connexion profonde entre les Québécois et leur Caisse de dépôt. […] Elle fait partie du tissu social du Québec », a-t-il poursuivi, en évoquant une « connexion presque tangible » entre le grand public et l’institution.

Je pense que les choses vont bien. Chaque fois qu’un p.-d.g. commence à percevoir un sentiment de mission accomplie, c’est le moment de partir.

La Caisse, qui gère les avoirs d’une quarantaine de régimes de retraite et de fonds d’assurance, a été créée au milieu des années 1960 par le gouvernement de Jean Lesage. Ses actifs sous gestion atteignaient près de 330 milliards au 30 juin dernier, comparativement à 120 milliards quand M. Sabia est entré en poste, en pleine crise financière. Comme d’autres gestionnaires, la Caisse venait d’enregistrer une perte de 25 %, soit 40 milliards, à la différence que l’image publique de l’institution s’effritait déjà depuis 2007 en raison de la crise du papier commercial.

Lorsque M. Sabia a annoncé le 12 novembre son départ au mois de février, de nombreux observateurs ont mentionné les bienfaits de l’investissement accru à l’étranger, une diversification géographique qui vise à réduire les risques. Dans certains dossiers locaux, toutefois, comme la vente de Rona au géant américain Lowe’s, les décisions de la Caisse ont été remises en question par ceux estimant qu’une institution de cette ampleur devrait se préoccuper davantage de la défense des intérêts du Québec dans ce type de situation.

Quand on lui a demandé en mêlée de presse d’énumérer, avec le recul, les choses qu’il n’aurait pas faites, M. Sabia a répondu : « Honnêtement, pas beaucoup de choses. Je pense que les choses vont bien. Chaque fois qu’un p.-d.g. commence à percevoir un sentiment de mission accomplie, c’est le moment de partir. […] Je suis bien content des progrès que nous avons faits depuis près de 11 ans. »

Un grand poste à pourvoir

Dans la foulée de l’annonce du 12 novembre, deux personnes perçues comme des figures de premier rang ont très vite annoncé qu’elles ne souhaitaient pas être considérées pour le poste : Sophie Brochu, présidente d’Énergir, et Louis Vachon, président de la Banque Nationale. « À quel point la présidence de la Caisse peut-elle faire peur à des candidats potentiels ? » a demandé un journaliste. « Je ne pense pas que cet emploi devrait faire peur à qui que ce soit », a répondu M. Sabia. « Je pense qu’il s’agit d’un des grands, grands postes au Canada. De continuer à bâtir ce qui est l’une des grandes institutions financières du Québec et du Canada, une institution mondialisée, c’est une occasion fantastique. Je suis certain qu’il y a beaucoup de gens très qualifiés, en plus de certaines personnes qui font présentement partie de notre équipe. »

Au cours de son allocution, M. Sabia est également revenu sur l’enjeu des changements climatiques. « Le monde a besoin d’investisseurs qui pensent au-delà de la prochaine journée, du prochain mois ou du prochain trimestre. Les investisseurs commencent à comprendre quelque chose d’essentiel : que les rendements des prochaines années et décennies seront solides seulement si les économies où nous investissons sont solides, qui seront saines seulement si notre planète est en santé. »