Rémunération: le retard persiste entre les employés publics et les autres salariés

La lucarne sur le hall d'entrée principal du nouveau pavillon d'entrée à l'Assemblée nationale, à Québec
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La lucarne sur le hall d'entrée principal du nouveau pavillon d'entrée à l'Assemblée nationale, à Québec

Même si la parité persiste avec le secteur privé, les syndicats retiennent que la rémunération globale dans l’administration publique conserve son retard avec l’ensemble des autres salariés québécois. Le fossé se creuse de façon marquée lorsque la comparaison est étendue aux universités et aux autres administrations publiques.

L’édition 2019 du rapport de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) sur la rémunération des salariés s’inscrit dans un contexte de convention collective venant à échéance le 31 mars prochain dans le secteur public. Daniel Boyer donne le ton : « On tourne en rond, rien n’a changé », lance le président de la FTQ. « Alors que les conditions de travail ne cessent de se détériorer dans les réseaux de la santé, de l’éducation, des services sociaux ou de la fonction publique, et dans un contexte de pénurie de main-d’oeuvre, comment le gouvernement espère conserver à l’emploi son personnel et attirer de nouveaux travailleurs en refusant de payer son monde à leur juste valeur ? »

Sur le plan de la rémunération globale, qui comprend le salaire, les avantages sociaux et les heures de présence au travail, l’administration québécoise affiche un retard de 6,2 % avec celle des autres salariés québécois oeuvrant au sein d’entreprise ayant 200 employés ou plus. Cet écart était de 6,6 % l’an dernier. La parité est toutefois atteinte lorsque la comparaison se concentre sur le secteur privé, mais bondit à 24,9 %, en moyenne, lorsqu’elle s’étend au segment « Autre public », qui comprend les salariés oeuvrant au sein des administrations municipales et fédérale, des universités et des sociétés d’État et organismes publics. Les données de l’ISQ excluent les emplois n’ayant pas de point de comparaison direct avec le privé, comme les infirmières et les enseignants.

L’austérité libérale nous a fait mal, le gouvernement de la CAQ doit corriger la situation

 

À l’opposé, la présence syndicale vient exercer son influence, les salariés de l’administration québécoise affichant une rémunération globale supérieure de 6,7 % lorsque comparée avec les autres salariés québécois non syndiqués et, de 7,8 % avec les non syndiqués du secteur privé.

Mais sur le strict plan salarial, les retards sont généralisés, passant de 10,2 % avec le privé à 13,2 % avec les autres salariés et à 20 % avec les « autres publics ». C’est donc dire que « l’administration québécoise dépense plus pour les avantages sociaux et les heures chômées payées que les employeurs des autres salariés québécois », fait ressortir l’ISQ. De plus, la semaine normale de travail y est plus courte que dans la majorité des secteurs.

Sur la période 2010-2019, la situation salariale dans l’administration québécoise s’est affaiblie par rapport à celles des autres salariés syndiqués et de trois composantes du regroupement « autre public ». « Elle est demeurée stable par rapport au secteur privé et aux non-syndiqués, et s’est améliorée par rapport à l’administration fédérale », ajoute l’ISQ. Sur le plan de la rémunération globale, la situation est demeurée stable pendant cette même période comparativement à la plupart des secteurs.

 

 

 

Hausses salariales plus fortes

Un chapitre du Rapport de l’ISQ est consacré aux tendances salariales. Ainsi, les salariés syndiqués québécois de tous les secteurs ont bénéficié d’une augmentation de leur pouvoir d’achat cette année, selon les données recueillies pour les six premiers mois de 2019. Le gain sera davantage ressenti dans l’administration publique, avec une hausse réelle de 1,4 % contre 0,5 % pour les autres salariés.

Sur une base nominale pour l’ensemble de 2019, « selon les perspectives salariales établies par l’ISQ, l’augmentation moyenne des échelles salariales pour l’ensemble des salariés québécois (syndiqués et non syndiqués) serait de 2,2 % en 2019 », comparativement à une croissance prévue de 2 % de l’indice des prix à la consommation. Dans l’administration québécoise, les projections font ressortir une hausse de 3,1 %.

Réactions syndicales

En réaction, la partie syndicale a retenu l’écart de rémunération de 6,2 % et insisté sur la dégradation des conditions de travail de ses membres, dans un contexte de pénurie de main-d’oeuvre et de surplus budgétaire « historique ». Les syndicats abritant une concentration de leurs membres dans la fonction publique ont mis l’accent sur le différentiel qui les sépare avec la rémunération offerte dans le segment « autre public ». « La fonction publique québécoise doit se contenter depuis trop longtemps d’être le bon dernier du secteur public […] Le personnel des municipalités, du fédéral et des universités touchent un salaire plus élevé pour le même travail : ce n’est pas équitable », ont-ils écrit dans un communiqué conjoint.

 
6,2 %
C’est l’écart salarial entre les travailleurs de l’administration québécoise et les autres salariés.

À la FTQ, Daniel Boyer ajoute qu’avec les négociations dans le secteur public qui s’amorcent, les travailleurs « veulent tout simplement que l’on reconnaisse la valeur de leur travail ». Pour la CSQ, le retard mesuré par l’ISQ est révélateur des sacrifices imposés. « L’austérité libérale nous a fait mal, le gouvernement de la CAQ doit corriger la situation », a souligné la présidente Sonia Ethier.

Pour sa part la vice-présidente de la CSN, Caroline Senneville, repousse du revers de la main les déclarations du premier ministre, François Legault, selon lesquelles les augmentations salariales vont devoir se coller à l’inflation. La CSN milite pour que les emplois dans les réseaux publics redeviennent attractifs, dans le contexte actuel de rareté de la main-d’oeuvre. « On manque déjà de monde dans tous les secteurs, alors que les besoins de la population augmentent », souligne la dirigeante syndicale.