La taxe carbone resterait la solution la plus crédible

Selon un groupe d’experts, augmenter de 40¢ l’essence à la pompe demeure le meilleur moyen de réduire les émissions de GES.
Photo: Graham Hughes Archives La Presse canadienne Selon un groupe d’experts, augmenter de 40¢ l’essence à la pompe demeure le meilleur moyen de réduire les émissions de GES.

Le Canada n’est pas obligé de s’imposer une tarification du carbone équivalente à l’ajout d’encore 40 ¢ par litre d’essence pour atteindre ses cibles de réduction de gaz à effet de serre (GES) de 2030. Mais les autres solutions coûteront plus cher et risquent d’être moins efficaces, ont calculé des experts.

« La liste des mesures politiques crédibles et efficaces auxquelles le Canada peut recourir pour atteindre ses cibles de réduction des émissions est assez courte », observe la Commission de l’écofiscalité du Canada dans une étude qui doit être dévoilée mercredi. Même s’il sera toujours économiquement moins cher d’essayer de freiner le réchauffement climatique que d’attendre d’en payer les dégâts, « toutes les politiques climatiques crédibles ont un coût ».

Au rythme où vont les choses, le Canada ratera les engagements de réduction de GES qu’il a pris dans l’Accord de Paris à l’horizon de 2030 même si Ottawa parvient à surmonter l’opposition de plusieurs provinces à sa tarification du carbone, prévient le groupe d’économistes canadiens indépendants. Cette tarification est censée passer à 30 $ la tonne de CO2 l’année prochaine et se fixer à 50 $ à partir de 2022.

 
210$
C’est le prix qu’une tonne de CO2 devrait coûter d’ici 2030, plutôt que 82 $, si le Canada souhaite atteindre sa cible de réduction de GES, estime la Commission de l’écofiscalité.

S’appuyant sur un modèle de simulation économique, les experts concluent de nouveau que la tarification du carbone est le meilleur moyen de réduire les émissions de GES « au coût le plus bas possible pour l’économie » en raison de la forte influence que le signal des prix peut avoir sur les comportements des ménages comme des entreprises.

Ils estiment toutefois que, pour atteindre la cible fixée, le prix de la tonne ne pourra pas rester à 50 $, mais devra graduellement être porté, d’ici 2030, non pas à 82 $ (en dollars de 2019), comme l’estimait le Directeur parlementaire du budget en juin, mais bien à 210 $ (aussi en dollars de 2019), soit l’équivalent de l’ajout de 40 ¢ au prix actuel de l’essence.

Comme l’actuelle taxe fédérale, les recettes pourraient toutefois être immédiatement retournées dans les poches des ménages, note l’étude, qui inclut la Bourse du carbone québécoise dans les modes possibles de tarification.

Cachez-nous cette politique

Constatant l’impopularité de la tarification du carbone dans plusieurs régions du Canada en raison de son coût apparent pour les consommateurs, les chercheurs ont voulu tester l’efficacité d’autres solutions parfois évoquées et ayant « l’avantage » d’être moins visibles pour les électeurs.

L’ajout, aux taxes carbone et autres mesures prévues jusqu’en 2022, d’un cocktail constitué uniquement d’un resserrement de la réglementation environnementale et de généreuses subventions couvrant jusqu’à la moitié du prix des voitures électriques et autres technologies vertes pourrait notamment permettre l’atteinte des cibles de 2030, confirment-ils. Mais pour cela, il faudrait une réglementation qui maintienne un équilibre entre rigueur et flexibilité « très difficile à trouver » et accepter une hausse, par les gouvernements, des impôts sur le revenu de 1,5 à 2 points de pourcentage pour payer les subventions.

L’effort serait encore plus grand si l’on voulait limiter cette dernière approche aux seuls grands émetteurs industriels, avec des subventions allant jusqu’aux deux tiers des coûts de transition et une augmentation de l’impôt des particuliers et des entreprises de 4 à 6 points de pourcentage.

Effet boomerang

De telles mesures ne manqueraient pas aussi d’affecter la croissance économique, disent les chercheurs. Si l’impact à la baisse d’une taxe carbone sur les stéroïdes se révélerait plutôt mineure, il serait nettement plus prononcé dans le second scénario et se traduirait, dans le troisième cas de figure, carrément par un recul du produit intérieur brut par habitant.

« Paradoxalement, l’approche qui évite d’imposer des coûts directs aux ménages […] est celle qui fait supporter les coûts les plus élevés aux ménages », conclut l’étude, parce que ceux-ci « paient en fin de compte les subventions et l’absence de réglementation sous forme d’une hausse des prix, de hausses fiscales et d’une baisse des revenus ».