Pénurie de propane: la situation est critique, dit Québec

Irrités par l’approche d’Ottawa à l’endroit de la grève des cheminots du CN, des agriculteurs privés de propane ont manifesté une fois de plus lundi.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Irrités par l’approche d’Ottawa à l’endroit de la grève des cheminots du CN, des agriculteurs privés de propane ont manifesté une fois de plus lundi.

Alors que la ministre fédérale de l’Agriculture laisse encore la chance aux négociations, Québec crie à l’urgence pour les agriculteurs, toujours exclus des livraisons de propane avec le maintien du rationnement. Sans utiliser l’expression Loi spéciale, le ministre québécois de l’Énergie exhorte Ottawa « à prendre tous les moyens nécessaires pour régler la situation ».

« Les effets sont importants et vont s’accentuer dans le temps », a martelé Jonatan Julien, ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, en conférence de presse lundi. À l’heure actuelle, avec le rationnement à 2,5 millions de litres et avec les livraisons à venir, on peut se rendre jusqu’à samedi-dimanche. Une soixantaine de wagons ont été identifiés, dont 50 ayant atteint les lieux de livraison. On attend un train en provenance d’Edmonton, un autre de Winnipeg. On regarde aussi du côté du Maine, mais cette éventualité se heurte au manque de disponibilité des camions-citernes.

« Après, ce sera complexe en logistique. On se creuse la tête ». Le ministre rappelle que les 2,5 millions présentement rationnés priorisent la santé, l’éducation et l’industrie. Les besoins étant de 6 millions de litres par jour, il n’y a rien pour « le grain et le végétal ». « On ne peut pas ouvrir au rationnement les 6 millions [de litres] par jour qui seraient nécessaires pour couvrir entre autres le milieu agricole sans que la situation avec le CN soit réglée », a-t-il prévenu. Sans cautionner les manifestations menées par les agriculteurs vendredi et lundi, il s’est dit de tout cœur avec eux. « La situation est critique pour les agriculteurs. »

Ces agriculteurs en colère, privés de propane, ont poursuivi leurs manifestations lundi, cette fois devant le bureau montréalais du premier ministre Justin Trudeau. Vendredi, les tracteurs avaient défilé dans le centre-ville à proximité des bureaux du CN, pour exiger qu’Ottawa trouve une solution pour sortir de l’impasse. Sans contrat de travail depuis le 23 juillet, quelque 3200 cheminots ont déclenché la grève lundi dernier, provoquant notamment une pénurie de propane et affectant les livraisons pour nombre d’autres grandes industries. Le CN affirme fonctionner à 10 % de ses capacités.

Le propane est nécessaire pour de nombreux agriculteurs. Alors que les producteurs céréaliers ont besoin de ce gaz pour faire sécher leurs récoltes et vendre leurs grains, des éleveurs s’en servent pour chauffer, par exemple, des poulaillers.

Mais à Ottawa, on mise encore sur la négociation. Dernière de la liste la ministre fédérale de l’Agriculture Marie-Claude Bibeau, de passage à Regina, s’est dite bien informée de la situation pénible que vivent les agriculteurs. Sans s’engager plus à fond ni évoquer un échéancier, la ministre a précisé que « toutes les options demeurent toujours sur la table. Mais en ce moment, on croit encore qu’il est possible d’arriver à une entente entre les deux parties », peut-on lire dans le texte de La Presse canadienne.

La partie syndicale dénonce de longues heures de travail et des enjeux entourant la fatigue pour qualifier les conditions de travail de ses membres de dangereuses. Les Teamsters déplorent l’absence de progrès substantiel dans ces négociations, qui se poursuivent à Montréal sous les yeux des conciliateurs fédéraux, soutenant que l’employeur veut prolonger le conflit. Ils ont accusé vendredi le CN d’alimenter volontairement la crise du propane.

Lundi, les manifestants, escortés par un cortège d’une quinzaine de tracteurs, se sont rendus devant le bureau montréalais de M. Trudeau, où ils ont, dans une série de discours, adressé des reproches à Ottawa et au CN. Le rassemblement a culminé par le déversement, devant l’entrée de l’édifice, de plusieurs dizaines de sacs de grains de maïs non séché afin d’illustrer les pertes provoquées par la situation actuelle.

« La grève du CN était prévisible, a lancé le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Marcel Groleau. Le débrayage, le 19 novembre, n’était pas une surprise. Il aurait dû y avoir de la planification pour assurer que le propane soit disponible pendant au moins les premières semaines de la grève.»

Tout au long du trajet, les agriculteurs ont scandé des slogans comme «Sans propane, l’agriculture est en panne», tandis que d’autres brandissaient des affiches portant des déclarations comme «fermez pas le propane, on va tout perdre» et «sans propane, les récoltes vont à la poubelle».

Pascal Leduc, un producteur de maïs et de lait de Mirabel, figurait parmi les manifestants. Sans propane, c’est la moitié de sa récolte qui est toujours dans les champs. «Mon silo est plein, je n’ai jamais vécu une telle situation, a-t-il dit. J’ai été obligé de le faire refroidir pour faire geler les grains. On croise aussi les doigts pour qu’il ne neige pas. Sinon, c’est le maïs dans le champ qui va écoper.»

Avec La Presse canadienne