Grève au CN: des wagons de propane en route vers le Québec

Un cortège de tracteurs s’est rendu, vendredi, depuis Châteauguay, devant les bureaux du CN au centre-ville de Montréal pour exprimer les craintes du milieu agricole concernant une éventuelle pénurie de propane.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Un cortège de tracteurs s’est rendu, vendredi, depuis Châteauguay, devant les bureaux du CN au centre-ville de Montréal pour exprimer les craintes du milieu agricole concernant une éventuelle pénurie de propane.

Un cortège de wagons transportant du propane est en route vers le Québec, ont indiqué vendredi l’Association québécoise du propane (AQP) et le ministre québécois de l’Énergie, au lendemain d’une inquiétude exprimée publiquement par le premier ministre, François Legault, devant l’hypothèse d’une pénurie due au conflit entre le Canadien National et les Teamsters.

Selon l’AQP, qui représente notamment des producteurs et des grossistes, « les pressions du gouvernement du Québec ont fait en sorte qu’un train long d’une quarantaine de wagons, en partance d’Edmonton, se dirige présentement vers le Québec pour approvisionner la province en propane ». Il contient environ sept millions de litres, ce qui repousse la perspective d’une pénurie à la fin de la semaine prochaine.

La journée a démarré sur les chapeaux de roue vendredi, au quatrième jour du débrayage de 3200 syndiqués, quand les Teamsters ont accusé le CN d’avoir pris une « décision d’affaires » afin de « créer une crise et forcer une loi spéciale de retour au travail ».

« Le CN est loin d’opérer à pleine capacité, mais nous croyons qu’il y a assez de trains qui circulent pour permettre à l’entreprise de fournir du propane à l’Ontario et au Québec », a affirmé dans un communiqué le président des Teamsters, Lyndon Isaak. Selon le syndicat, 1800 ingénieurs de locomotives (couverts par une autre convention qui prend fin en 2022) et plus de 600 superviseurs continuent de faire circuler des trains. « Le fait que ces trains ne transportent pas de propane relève d’une décision d’affaires du CN. »

Loi spéciale

Jeudi, le premier ministre, François Legault, a évoqué la perspective d’une pénurie de propane, dont se sert notamment l’industrie agricole, pour justifier la recherche d’une entente rapide, négociée si possible, à défaut de quoi « on ne peut pas exclure d’avoir un projet de loi spéciale » au niveau fédéral.

Vendredi, le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, a mis de l’eau dans le vin de son premier ministre. Québec ne demande plus à Ottawa de considérer l’adoption d’une loi spéciale. Il a obtenu l’assurance des réseaux de la santé et de l’éducation que le bien-être de leurs usagers ne serait pas menacé par une éventuelle pénurie de propane.

Selon l’État de l’énergie au Québec de HEC Montréal, le propane et le butane ne comptent que pour 1 % de l’énergie consommée dans la province.

Réserves

En plus des wagons en route, trois centres de ravitaillement seront mis en place à Beauharnois, Saint-Hyacinthe et Lévis, a précisé l’AQP en ajoutant qu’une soixantaine de wagons « immobilisés dans des centres de triages au Québec seront relâchés par le CN ». Ceux-ci contiennent sept millions de litres, et portent donc la somme des réserves actuelles et en route vers le Québec à 20 millions de litres.

« Il faut se garder toutefois de penser que les Québécois sont sortis de cette crise », a affirmé le directeur général de l’AQP, Raymond Gouron. « L’aide du gouvernement québécois ne dédouane nullement les parties au conflit de travail du CN de leur responsabilité d’agir rapidement pour régler le problème de manière définitive. »

Le CN est loin d’opérer à pleine capacité, mais nous croyons qu’il y a assez de trains qui circulent pour permettre à l’entreprise de fournir du propane à l’Ontario et au Québec

Le Québec a encore des réserves pour un certain temps, a mentionné le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien. « Avec un rationnement pour répondre aux besoins essentiels, soit 2,5 millions de litres par jour, [il y aurait assez de propane] pour aller jusqu’à la fin de la semaine prochaine », a affirmé le ministre, cité par Radio-Canada.

Les négociations entre le CN et les Teamsters se poursuivent, et Ottawa ne semble pas vouloir recourir à une loi spéciale. Comme jeudi, le ministre Marc Garneau a indiqué sa préférence pour le dialogue. « Je pense qu’il est important que les deux parties travaillent ensemble pour trouver une solution plutôt que d’aller dans les médias et sortir de cette façon-là », a-t-il dit dans une mêlée de presse devant son bureau de circonscription à Montréal.

Les employés en débrayage sont des chefs et agents de trains, et des agents de triage. Selon les Teamsters, les salaires ne sont pas un enjeu. Le syndicat évoque des questions de sécurité, disant avoir perdu « neuf de nos membres dans divers accidents ferroviaires depuis les 24 derniers mois, dont trois parmi le groupe qui est présentement en grève au CN ».

Le CN veut un arbitrage

Invité à commenter les déclarations des Teamsters concernant la « décision d’affaires » entourant le propane, le CN s’est tenu à une déclaration générale n’abordant pas cette question. La compagnie souhaite que les Teamsters acceptent un « arbitrage exécutoire volontaire par une tierce partie indépendante ».

« Le petit bassin de cadres qualifiés du CN ne lui permet d’assurer qu’environ 10 % de son service normal de manière sécuritaire, et ce, sur l’ensemble des 22 000 kilomètres de son vaste réseau canadien », a indiqué le CN dans sa déclaration écrite. « Actuellement, des quantités très limitées de plusieurs types de marchandises circulent à travers le pays. » Cela comprend le transport de conteneurs afin de maintenir le fonctionnement des ports en vue d’un retour à la normale après la grève, selon le CN, qui ne mentionne pas explicitement le propane.

La journée a été marquée en fin d’après-midi par un cortège de tracteurs qui s’est rendu, depuis Châteauguay, devant les bureaux du CN au centre-ville de Montréal pour exprimer les craintes du milieu agricole. Parmi les manifestants figuraient notamment les Producteurs de grains du Québec, qui utilisent du propane dans le procédé de séchage, de même que les Producteurs de bovins.

De leur côté, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante et le Conseil du patronat du Québec ont tour à tour demandé qu’un accord intervienne rapidement. Selon la FCEI, la grève « fait mal aux PME qui dépendent de ses services pour envoyer et recevoir des produits et matériaux » et elle pourrait entraîner des fermetures si elle perdure.

Avec La Presse canadienne
et Alexis Riopel