Les gouvernements appelés à se montrer ambitieux en matière d'économie

Les dommages infligés à l’économie mondiale pourraient être plus grands encore s’il venait au président américain Donald Trump l’envie d’ouvrir un énième front à sa guerre commerciale contre le reste du monde.
Photo: Joe Raedle Agence France-Presse Les dommages infligés à l’économie mondiale pourraient être plus grands encore s’il venait au président américain Donald Trump l’envie d’ouvrir un énième front à sa guerre commerciale contre le reste du monde.

La première règle à suivre en cas d’urgence est de ne pas aggraver la situation par son intervention. Le problème, avec les difficultés économiques actuelles, est qu’une bonne partie d’entre elles n’ont pas seulement été aggravées, mais aussi causées par l’intervention des gouvernements et que, pour les réduire, ces mêmes gouvernements devront faire beaucoup plus que seulement essayer de ne pas nuire.

Les tensions commerciales, l’effet paralysant qu’elles ont sur l’investissement des entreprises ainsi que l’absence de politique claire des gouvernements face aux immenses défis posés par les bouleversements climatiques et les nouvelles technologies « sont autant de facteurs qui pèsent sur l’économie mondiale et font croître le risque d’une stagnation à long terme », a prévenu jeudi l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en dévoilant la nouvelle mouture de ses Perspectives économiques, dans lesquelles elle prévoit une croissance de 2,9 % cette année — « soit son niveau le plus faible depuis la crise financière » — et un maintien dans ces eaux pendant au moins les deux prochaines années.

Les dommages infligés à l’économie mondiale pourraient être plus grands encore s’il venait au président américain Donald Trump l’envie d’ouvrir un énième front à sa guerre commerciale contre le reste du monde ou si le Brexit s’enfonçait plus profondément encore dans l’impasse, a observé l’OCDE, qui ne parle pas encore de récession, mais qui prédit, l’an prochain, une croissance économique famélique de 1 % au Royaume-Uni, de 0,6 % au Japon, de 0,4 % en Italie et en Allemagne et d’à peine 1,6 % au Canada, de 2 % aux États-Unis et de « seulement » 5,7 % en Chine.

À l’inverse, il ne faut pas attendre de « miracle » de la conclusion d’un éventuel accord de cessez-le-feu entre les États-Unis et la Chine, expliquait au même moment l’économiste en chef de la Caisse de dépôt et placement du Québec et ex-ministre libéral, Martin Coiteux, lors d’un panel sur les perspectives économiques organisé par le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM). « Leur divorce [économique] va continuer. »

Assise à ses côtés, l’économiste en chef du ministère canadien du Commerce international, Marie-France Paquet, a aussi prévenu qu’il ne fallait pas trop espérer que les chaînes internationales d’approvisionnement qui auront été brisées durant le conflit pourront être reconstituées. « On ne pourra pas nécessairement revenir comme c’était auparavant. Ce n’est pas aussi facile. »

Des gouvernements plus actifs

Un retour à la raison des gouvernements allié aux baisses de taux d’intérêt des banques centrales, et peut-être même à d’éventuelles mesures de relance fiscale, ne seront pas suffisants pour remettre l’économie sur ses rails, prévient l’OCDE. « Si la fragilité de l’économie mondiale peut être imputée en grande partie à des actions délibérées de la part de décideurs publics, il n’en reste pas moins qu’elle reflète aussi des évolutions structurelles plus profondes. »

L’institution évoque quatre défis structurels face auxquels les gouvernements se traînent actuellement les pieds, alors que la situation commanderait au contraire de leur part une action ambitieuse et urgente. Le premier de ces défis est le péril climatique, devant lequel les entreprises ne bougent pas « faute d’orientation claire sur la tarification, les normes et la réglementation du carbone ». Le deuxième défi est la révolution numérique, qui pourrait mener à d’extraordinaires gains de productivité et de richesse si les infrastructures technologiques, la formation de la main-d’oeuvre, les filets sociaux et les règles sur la gestion des données étaient mieux adaptés. Le troisième défi est la poursuite de transition de la Chine vers une économie plus normale — c’est-à-dire moins tournée vers les exportations de biens que sur son marché intérieur et les services — et le fait que le commerce mondial devra apprendre à moins compter sur elle. Le dernier défi est cette tendance de plus en plus de pays à chercher à se refermer sur eux-mêmes dans un monde où de plus en plus d’enjeux commanderaient, au contraire, qu’ils coopèrent. Bref, « l’heure n’est pas au relâchement de l’action publique », conclut dans le rapport de l’OCDE sa cheffe économiste, Laurence Boone.

Le Québec et le Canada ne sont pas différents des autres et ont encore beaucoup de chemin à faire pour relever les défis de la fermeture des frontières, des bouleversements climatiques ou encore des changements technologiques, ont constaté les quatre panélistes invités jeudi par le CORIM. Mais s’il fallait que les tensions commerciales, l’incertitude des entreprises et les atermoiements des gouvernements sur la scène étrangère finissent par provoquer une récession, les Québécois pourraient compter au moins sur quelques atouts, a fait valoir Martin Coiteux, comme des finances publiques saines et un niveau d’endettement des ménages un peu plus bas qu’ailleurs au pays.