La crise climatique pose un risque pour le système financier, dit Poloz

Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz

Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, participait jeudi à une discussion sur les changements économiques et les nouveaux risques, mais il n’a pas été interrogé sur les risques liés aux changements climatiques. Il les a donc évoqués lui-même.

« Il s’agit du risque de transition, à vrai dire, puisque l’ensemble des portefeuilles et des pratiques de prêt convergent, en quelque sorte, sur une ligne de tendance climatique différente, ce qui pourrait avoir des conséquences importantes sur les systèmes financiers, a-t-il affirmé. Nous devons donc modéliser cela et faire des simulations de crise, et d’autres choses, alors élaborons de nouveaux outils pour cela. »

Les commentaires du gouverneur surviennent au moment où la banque centrale mettait en avant, plus tôt cette semaine, ses priorités en matière de recherche sur les effets potentiels des changements climatiques.

Pour maintenir le réchauffement sous les 2 degrés Celsius […] il faudrait nécessairement délaisser certaines réserves de combustibles fossiles, lesquelles deviendraient alors des actifs échoués, autrement dit inutilisables

Dans un rapport publié mardi, la banque centrale évoquait notamment les risques physiques liés à l’intensification des phénomènes météorologiques extrêmes, les risques financiers liés aux actifs échoués et les risques plus larges liés à un système marqué par l’accroissement de la volatilité et de l’imprévisibilité.

Des secteurs touchés

Le rapport de Miguel Molico, directeur principal de la recherche au département de la stabilité financière de la Banque du Canada, souligne que les secteurs à forte intensité de carbone, comme les secteurs pétrolier et gazier, pourraient être touchés négativement par des changements importants dans les prix relatifs au cours de la transition vers une économie bas-carbone.

« Pour maintenir le réchauffement sous les 2 degrés Celsius […] il faudrait nécessairement délaisser certaines réserves de combustibles fossiles, lesquelles deviendraient alors des actifs échoués, autrement dit inutilisables », a écrit M. Molico.

« Ces risques de transition sont d’une importance particulière pour le Canada, compte tenu de ses matières premières riches en carbone, de la grande place qu’occupent actuellement certains de ces secteurs dans l’économie et des besoins énergétiques pour le refroidissement et le chauffage. »

Si les phénomènes météo extrêmes devaient continuer de se faire plus fréquents ou plus violents, ou que la transition vers une économie bas-carbone devait se produire de façon tardive et abrupte, les incidences sur le système financier canadien « pourraient être considérables et même avoir des répercussions systémiques », a-t-il précisé.

Même si plusieurs inconnues persistent quant à l’impact potentiel des changements climatiques, leurs effets physiques pourraient réduire le produit intérieur brut annuel mondial par habitant d’entre 1,5 % et 23 % d’ici la fin du siècle, a calculé M. Molico.

En mai, la Banque du Canada a inclus, pour la première fois, les changements climatiques parmi les principales préoccupations pour l’économie dans son rapport sur la santé du système financier.