Analyse: Lowe’s a choisi le Québec

Lowe’s a annoncé, mercredi, la fermeture de 34 autres magasins au Canada, dont 12 au Québec, soit 11 Rona et un Réno-Dépôt.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Lowe’s a annoncé, mercredi, la fermeture de 34 autres magasins au Canada, dont 12 au Québec, soit 11 Rona et un Réno-Dépôt.

Lowe’s avait échoué au test des relations publiques lors des annonces précédentes de compression chez Rona. Cette fois, une lettre est venue du président par intérim de la division canadienne du géant de la quincaillerie coiffée du titre « Nous avons choisi le Québec ».

Lowe’s a annoncé en novembre 2018 la fermeture de 27 magasins au Canada, dont 9 Rona au Québec. Puis, en octobre dernier, l’abolition de 60 postes en comptabilité à son siège social canadien à Boucherville. Sans autre avertissement. Une simple décision d’affaires prise au siège social de la Caroline du Nord en réponse à un environnement toujours plus concurrentiel. D’aucuns dénonçaient une façon de faire à l’américaine, qui traduit une définition très étroite de la notion de partie prenante. La réaction, épidermique celle-là, est venue du gouvernement Legault. Puis des quelque 150 marchands indépendants affiliés, des entrepreneurs exploitant pour la plupart des magasins de proximité solidement implantés dans leur région ou leur localité.

Lowe’s en a remis mercredi, avec l’annonce de fermeture de 34 autres magasins au Canada, dont 12 au Québec, soit 11 Rona et un Réno-Dépôt. Le syndicat estime que 500 emplois sont concernés au Québec. Lowe’s ne fournit pas de chiffre, précisant toutefois que, « compte tenu des besoins en personnel existant au sein du réseau Lowe’s Canada, les employés admissibles se verront offrir un transfert dans un magasin environnant ». S’y greffe « une réduction de nos effectifs corporatifs à travers le pays. Cette décision touche un peu moins d’une centaine d’employés au siège social de Boucherville et au bureau de Longueuil ». Une trentaine dans le reste du Canada.

Jusque-là, le président par intérim de Lowe’s Canada, Tony Cioffi, n’était pas disponible pour des entrevues, lit-on dans le texte de La Presse canadienne. Mais une lettre est venue par courriel plus tard dans la journée. « Nous avons choisi le Québec », signe M. Cioffi. Un ajustement à une démarche de relations publiques auparavant déficiente comprenant un explicatif aussi nécessaire que légitime.

Engagement

On peut y lire : « Il y a trois ans, Lowe’s Canada a choisi le Québec pour y installer son siège social canadien. Depuis, notre engagement envers le Québec ne se dément pas, comme en atteste d’ailleurs la fermeture en juin de notre bureau de la grande région métropolitaine de Toronto, où était situé l’ancien siège social de Lowe’s au Canada, et l’achèvement de la consolidation de l’ensemble de nos activités canadiennes sur la Rive-Sud de Montréal ». Un paragraphe qui ramène à l’importance de la localisation du siège social et de l’emplacement du véritable centre décisionnel de l’entreprise, autour duquel gravitent les entreprises de services professionnels. Le chef de la direction de Lowe’s, Marvin Ellison, soulevait en appelconférence mercredi l’importance d’éliminer les duplications technologiques et les inefficacités. De créer des synergies sur les plans du marketing, de la commercialisation, de la gestion des ressources humaines et des infrastructures en technologie de l’information. Il réitérait ainsi son intention de regrouper aux États-Unis la plateforme informatique de Lowe’s Canada.

Tony Cioffi le souligne dans sa lettre. « Lowe’s Canada au Québec, c’est aussi un réseau de plus de 150 marchands affiliés, certains depuis plusieurs générations. Ces marchands s’approvisionnent chez nous et bénéficient des nombreux services et programmes que nous mettons à leur disposition pour qu’ils aient du succès dans un environnement extrêmement concurrentiel, notamment nos plateformes de commerce électronique. Mais avant toute autre chose, ces marchands sont des entrepreneurs qui exploitent leur propre entreprise et emploient, collectivement, près de 3000 personnes dans la province. »

Dans les faits, ces différences culturelles restent apparemment subordonnées à une froide concentration des services stratégiques au siège social américain. Cette mathématique d’entreprise semble oublier qu’avant son acquisition par Lowe’s, Rona était d’abord et avant tout un regroupement d’achats. Que cette acquisition réalisée il y a trois ans invitait marchands affiliés et fournisseurs québécois composant un modèle d’affaires empruntant aux magasins de proximité et à la culture entrepreneuriale à cohabiter avec, et non à se fondre dans, l’approche grande surface de Lowe’s.