Lowe’s Canada ferme 12 magasins au Québec

Le magasin Rona de Saint-Lambert figure parmi les 12 commerces de Lowe’s Canada qui fermeront leurs portes dans la province à la fin du mois de janvier.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le magasin Rona de Saint-Lambert figure parmi les 12 commerces de Lowe’s Canada qui fermeront leurs portes dans la province à la fin du mois de janvier.

 

Aux prises avec un déclin de ses ventes canadiennes, Lowe’s opte pour la voie de la rationalisation avec une autre vague de fermetures dans six provinces touchant 34 magasins jugés « sous-performants », dont 12 au Québec, et l’abolition d’« un peu moins d’une centaine de postes » au siège social de la division canadienne à Boucherville.

En plus d’une réorganisation administrative, d’un processus de simplification des enseignes au Canada et d’une révision de l’offre de produits, Lowe’s Canada adoptera la plateforme informatique américaine de sa société mère. « [C’est] afin d’éliminer les inefficacités ainsi que les doublons technologiques inutiles », a fait savoir le président et chef de la direction du détaillant américain, Marvin Ellison, dans le cadre d’une conférence téléphonique visant à discuter des résultats du troisième trimestre.

La décision annoncée par celui-ci survient seulement quelques semaines après que le géant de la quincaillerie eut nié des informations avancées par Québecor selon lesquelles on s’apprêtait à délocaliser 200 emplois en technologies de l’information du siège social de Lowe’s Canada, situé à Boucherville, vers Bangalore, en Inde. Par courriel, la division canadienne du géant américain a réitéré n’avoir « aucun plan » en ce qui concerne le transfert d’emplois en Inde, ce qui n’empêchera pas le couperet de tomber à Boucherville.

« En lien avec la décision de fermer des magasins sous-performants, nous procédons à une réduction de nos effectifs corporatifs à travers le pays, a-t-on précisé. Cette décision touche un peu moins d’une centaine d’employés au siège social de Boucherville et au bureau de Longueuil. » Une trentaine de postes administratifs dans le reste du pays sont également éliminés.

Déclin au Canada

Au troisième trimestre, les ventes comparables ont poursuivi leur déclin au Canada, a expliqué aux analystes M. Ellison, en évoquant un retour à la table à dessin. « Nous avons d’excellents associés au Canada, a-t-il dit. Nous leur avons laissé un modèle très complexe qui limitait leur capacité à bien servir les clients. Il était très difficile de créer des synergies entre le marketing, le marchandisage, l’approvisionnement et même dans les systèmes informatiques. » Globalement, le détaillant américain a engrangé des profits de 1,05 milliard $US, ou 1,36 $US par action, au troisième trimestre, sur des recettes de 17,4 milliards, en progression de 2,2 %.

Les enseignes Lowe’s, Rona et Réno-Dépôt « ne disparaîtront pas », a fait savoir la division canadienne du géant de la quincaillerie, qui étudiera « toutes les options stratégiques » en ce qui a trait à Ace et Dick’s Lumber.

Il y a environ un an, Lowe’s, qui a acquis Rona en 2016 pour 3,2 milliards, avait procédé à une réduction de la taille de son réseau canadien en fermant 27 magasins. À la fin d’octobre, environ 60 postes en comptabilité avaient été éliminés au siège social canadien de Boucherville.

Les magasins touchés — 26 Rona, 6 Lowe’s et 2 Réno-Dépôt — seront fermés à la fin de janvier. Au Québec, 11 Rona et 1 Réno-Dépôt fermeront leurs portes.

Emplois touchés

Lowe’s Canada, qui a fait savoir que son président par intérim, Tony Cioffi, n’était pas disponible pour des entrevues, n’a pas voulu fournir de chiffres sur le nombre d’employés touchés dans les magasins. Toutefois, selon le président du conseil provincial des Travailleurs unis de l’alimentation (TUAC-FTQ), Tony Filato, on parle d’environ 500 personnes qui travaillent dans les 12 magasins québécois qui mettront la clé sous la porte. Le syndicat représente les salariés de deux établissements touchés.

Dans son communiqué, Lowe’s Canada précise que « les employés touchés par ces changements seront soutenus tout au long de la transition. Compte tenu des besoins en personnel existants au sein du réseau Lowe’s Canada, les employés admissibles se verront offrir un transfert dans un magasin environnant. »

« J’ose espérer que les autres détaillants à la recherche de personnel vont reconnaître l’expertise de ces employés dans la quincaillerie, les embaucher et reconnaître leurs compétences », a souligné M. Filato au cours d’un entretien téléphonique.

Au troisième trimestre, Lowe’s a comptabilisé une charge de 53 millions liée à la révision stratégique de ses activités canadiennes, qui s’est notamment soldée par le départ de son dirigeant, Sylvain Prud’homme, en octobre dernier. Le détaillant inscrira également une charge avant impôt oscillant entre 175 millions et 225 millions au quatrième trimestre. Celle-ci est attribuable à la liquidation de stocks, à un amortissement accéléré et à des indemnités de départ.

Puisque les résultats se font toujours attendre de ce côté-ci de la frontière, Lowe’s avait décidé, en début d’année, d’inscrire une charge de dépréciation d’environ 1,2 milliard $CAN à l’endroit de sa division canadienne.

À la suite de la restructuration, le réseau canadien du détaillant comptera 61 magasins Lowe’s, 20 Réno-Dépôt, environ 400 Rona corporatifs et affiliés, plus de 100 marchands Ace et 5 Dick’s Lumber.

Québec a peu de moyens pour intervenir

Déplorant une nouvelle rationalisation chez Lowe’s Canada qui n’épargne pas Rona, le gouvernement Legault ne semble pas avoir de moyens à sa disposition pour atténuer les effets de la fermeture de magasins.

À l’Assemblée nationale, mercredi, le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a indiqué que le géant américain ne semblait pas contrevenir à l’entente intervenue avec Ottawa. « Je vais spéculer, a-t-il dit en mêlée de presse. Quand je lis l’entente, je pense que Lowe’s la respecte. Il y a une entente de deux pages sur lesquelles [figurent] les engagements de Lowe’s en matière d’emploi, la nature des emplois et le [siège social]. À ma connaissance, ils respectent cela. »

Alors que le nouveau cabinet du gouvernement Trudeau était dévoilé mercredi, M. Fitzgibbon a expliqué qu’il comptait, dès jeudi, interpeller son homologue fédéral sur le sujet.

Le premier ministre François Legault a quant à lui critiqué la gestion du dossier par la députée libérale Dominique Anglade, qui était ministre de l’Économie dans le gouvernement Couillard au moment de la transaction. À son avis, le gouvernement Couillard n’aurait jamais dû se départir des actions qui étaient détenues par Investissement Québec dans Rona, une décision qui a rendu Rona « très vulnérable ».

Mme Anglade a laissé planer des doutes sur la parole de Lowe’s relativement à ses engagements. « Lorsqu’on regarde la situation, il faut absolument interpeller le fédéral. »

À Ottawa, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a réclamé que la population puisse prendre connaissance des détails de l’entente entre Lowe’s et le gouvernement fédéral afin de savoir ce qui se passera en 2021.

Les magasins qui fermeront au Québec

  • Rona Granby (316, rue Denison Est)
  • Rona Sorel (1293, chemin des Patriotes)
  • Rona Bécancour (3365, boulevard Bécancour)
  • Rona Nicolet (2145, boulevard Louis-Fréchette)
  • Rona Saint-Tite (700, rue Notre-Dame, Saint-Tite)
  • Rona Trois-Rivières (15, rue Philippe-Francoeur)
  • Rona Saint-Félix-de-Valois (3110 rue Henri-L. Chevrette)
  • Rona Carignan (2395, chemin de Chambly)
  • Rona Saint-Lambert (707, rue Saint-Charles)
  • Rona Saint-Sauveur (180, rue Principale)
  • Rona Bellefeuille—Saint-Jérôme (905, boulevard de La Salette)
  • Réno-Dépôt Trois-Rivières (4575, boulevard des Forges)