Pleins feux sur les normes du travail dans le jeu vidéo

Selon un sondage mondial effectué en 2017 pour l’International Game Developers Association, 37 % des employés qui doivent travailler au-delà de leurs heures normales ne reçoivent rien en retour.
Photo: David McNew Getty Images AFP Selon un sondage mondial effectué en 2017 pour l’International Game Developers Association, 37 % des employés qui doivent travailler au-delà de leurs heures normales ne reçoivent rien en retour.

Oui, vous avez le droit de vous syndiquer. Non, l’employeur ne peut pas vous en empêcher. Oui, vous avez le droit de refuser de faire plus que deux heures supplémentaires au-delà de votre journée normale. Vous êtes licenciés avec plusieurs collègues ? Voici ce qui est prévu en matière d’indemnités. Après des présentations sur la création et le développement de systèmes informatiques dans le jeu vidéo, les participants du MEGA + MIGS ont assisté mardi à un autre genre de conférence : l’essentiel des normes du travail.

Il est de notoriété publique que l’industrie du jeu vidéo, qui compte environ 13 000 travailleurs au Québec, est un secteur dont la main-d’oeuvre tend à partir après un certain temps, conséquence d’un rythme de production parfois effréné. Un an et demi après la création de l’association Game Workers Unite (GWU) aux États-Unis — il existe maintenant une section locale à Montréal —, le sujet des conditions de travail se fraie un chemin dans les grands rendez-vous.

« Parlons du crunch, un sujet majeur dans l’industrie », lance Carolyn Jong dans l’introduction de sa présentation donnée avec Mohamed Ahmed, du Syndicat des travailleuses et travailleurs autonomes du Québec (S’ATTAQ). « Il est important que vous connaissiez vos droits, parce qu’il y a beaucoup de mauvaise compréhension. Entre autres, plusieurs pensent que les employés salariés n’ont pas le droit d’être rémunérés pour des heures de travail supplémentaires. C’est le contraire qui est vrai. »

Photo: Olivier Sylvestre Le Devoir Carolyn Jong

Étudiante au doctorat à l’Université Concordia, où elle travaille notamment sur l’économie politique du jeu, et organisatrice avec GWU, Mme Jong s’est avancée devant une centaine de développeurs, de professionnels, d’étudiants et de gestionnaires pour dresser la liste des droits des travailleurs, mais aussi des obligations de l’employeur. Vous avez également le droit de refuser de faire plus que deux heures supplémentaires au-delà de votre journée normale de travail, a-t-elle rappelé en citant les normes québécoises.

La syndicalisation réduirait l’épuisement professionnel

Réduire l’épuisement

Même si la situation varie d’une entreprise à l’autre, des enjeux systémiques existent et les conditions peuvent être difficiles dans l’industrie, dit Mme Jong. Une présence syndicale pourrait avoir pour effet de rehausser l’état des lieux tout en favorisant la rétention des travailleurs à plus long terme. « La syndicalisation réduirait l’épuisement professionnel, a-t-elle indiqué en marge de sa conférence. Je pense que l’industrie serait plus dynamique et qu’on verrait davantage de jeux intéressants. Les gens se concentreraient sur leur travail d’une façon qui est impossible quand on travaille 80 heures par semaine ou 16 heures par jour. »

Selon un sondage mondial effectué en 2017 pour l’International Game Developers Association, 37 % des employés qui doivent travailler au-delà de leurs heures normales ne reçoivent rien en retour. Parmi les autres, 37 % se voient offrir des repas, 32 % peuvent prendre un congé éventuel tandis que 18 % reçoivent une compensation financière.

Il n’existe présentement aucun syndicat au Québec dans ce secteur. Des campagnes sont en cours dans certains pays, comme en Corée du Sud et en France. « C’est une industrie relativement jeune et elle évolue de concert avec l’industrie de la haute technologie. Je pense qu’il y a une certaine perception dans la techno que les choses vont bien, que les salaires sont bien », dit Mme Jong en évoquant un certain antisyndicalisme parmi les entreprises. Quand verra-t-on un syndicat au Québec ? Difficile de répondre à cette question, selon elle. « Ça dépendra des travailleurs. »