L’économie résisterait à une «tempête parfaite»

La première sous-gouverneure de la Banque du Canada, Carolyn Wilkins
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La première sous-gouverneure de la Banque du Canada, Carolyn Wilkins

Le système financier canadien devrait désormais être suffisamment solide pour faire face à tout imprévu, y compris à des guerres commerciales qui tourneraient à la « tempête parfaite », estime la Banque du Canada.

Une économie relativement vigoureuse, le resserrement des règles bancaires au lendemain de la Grande Récession, les mesures prises pour freiner l’endettement des ménages ainsi que les réticences de sa banque centrale à suivre les autres pays dans leurs baisses de taux d’intérêt sont autant de facteurs qui contribueraient à la résilience de l’économie et du système financier du Canada en cas de coup dur, a fait valoir mardi la première sous-gouverneure de la Banque du Canada, Carolyn Wilkins, devant le Cercle de la finance international de Montréal.

« Nous ne pensons pas qu’une récession soit le scénario le plus probable », a bien précisé la numéro deux de l’institution, après le gouverneur Stephen Poloz. « Nous devons néanmoins comprendre ce qui pourrait arriver si les choses allaient vraiment mal », notamment dans un contexte où « la guerre commerciale est une préoccupation majeure ».

Même si l’escalade des menaces et des tarifs douaniers devait cesser entre les États-Unis et la Chine, elle coûterait déjà environ 1000 milliards $US à l’économie mondiale d’ici 2021, a-t-elle expliqué. Une autre hausse de l’incertitude sur les marchés financiers pourrait s’y traduire par une chute brutale des actifs, provoquant un mouvement de repli des investisseurs et un assèchement des liquidités qui finirait par toucher les banques et, par le fait même, leurs capacités de prêter aux entreprises et aux consommateurs.

Déjà vu

Il y a quelques années, la Banque du Canada se serait beaucoup inquiétée de l’impact qu’aurait une telle « tempête parfaite » sur des ménages canadiens trop endettés et les bulles immobilières de Vancouver et Toronto. Mais le resserrement des règles hypothécaires et l’adoption de mesures de lutte contre la spéculation contribuent à réduire lentement ces problèmes.

Nous devons néanmoins comprendre ce qui pourrait arriver si les choses allaient vraiment mal

« Mais ce n’est pas le moment de baisser la garde », prévient Carolyn Wilkins. C’est qu’au même moment, les entreprises d’ici, comme d’ailleurs, ont de plus en plus recours à toutes sortes d’instruments complexes de crédit de moins bonne qualité. La situation ne manquera pas de « donner une impression de déjà vu » à ceux qui se rappellent le fiasco des papiers commerciaux adossés à des actifs, qui a contribué à la dernière grande débandade financière mondiale.

Au total, les dettes des ménages, des entreprises et des gouvernements de la planète sont équivalentes à trois fois le produit intérieur brut mondial, « ce qui est bien plus élevé qu’avant la Grande Récession », souligne la banquière centrale.

Un Canada fort

Heureusement, les simulations de crise concluent toutes que le système financier canadien saurait résister aux chocs systémiques extérieurs, même lorsqu’on le soumet, comme le Fonds monétaire international cet été, à des scénarios aussi extrêmes qu’une récession au Canada de deux ans, une hausse du taux de chômage de 6 points de pourcentage et une chute des prix des logements de 40 %.

Bien que toujours « relativement bas », à 1,75 %, le taux directeur de la Banque du Canada lui laisse « encore une marge de manoeuvre » pour stimuler la croissance économique en cas de besoin, se félicite Carolyn Wilkins. Surtout qu’on pourrait aussi faire appel à d’autres moyens d’action, comme l’achat massif d’actifs.

Le Canada devra aussi, à l’avenir, se soucier de plus en plus d’autres types de vulnérabilités financières et économiques en ce qui a trait notamment aux changements climatiques, prévient la Banque du Canada, qui vient de lancer un programme de recherche sur la question. La multiplication par dix des dommages aux biens et aux infrastructures infligés par les phénomènes météorologiques extrêmes depuis 25 ans et l’éventualité d’un réveil collectif soudain et d’une transition brutale vers des économies sobres en carbone sont autant de tendances susceptibles d’être « particulièrement importantes pour un pays riche en ressources naturelles comme le Canada », a observé Carolyn Wilkins.