Malgré la crise, Boeing multiplie les commandes de 737 MAX

La crise dans laquelle le 737 MAX a plongé Boeing depuis plus de huit mois est en train de se stabiliser, malgré une nouvelle plainte judiciaire.
Photo: David Ryder Getty Images AFP La crise dans laquelle le 737 MAX a plongé Boeing depuis plus de huit mois est en train de se stabiliser, malgré une nouvelle plainte judiciaire.

Boeing a annoncé mardi une deuxième commande ferme en deux jours de 737 MAX, un signal que la crise dans laquelle ce modèle l’a plongé depuis plus de huit mois est en train de se stabiliser malgré une nouvelle plainte judiciaire.

Le constructeur aéronautique américain, pour qui le MAX est un produit phare, a reçu une commande pour 20 appareils de la famille 737 MAX, d’une valeur de 2,3 milliards de dollars au prix catalogue, de la part d’une compagnie aérienne non nommée. Lundi, aupremier jour du Salon aéronautique international de Dubaï, la compagnie turque SunExpress avait passé une commande ferme pour 10 avions 737 MAX, pour 1,2 milliard au prix catalogue.

La liste pourrait encore s’allonger si la compagnie kazakhe Air Astana confirme dans les prochains mois son intention affichée mardi d’acquérir 30 Boeing 737 MAX.

Le groupe de transport aérien IAG (British Airways, Iberia, Vueling, Aer Lingus), qui avait annoncé son « intention » d’acquérir 200 737 MAX 8, pour 24 milliards (prix catalogue) en juin, n’a toujours pas transformé cette volonté en commande ferme, d’après des données commerciales recensées par Boeing au 31 octobre. Selon des sources industrielles, les discussions se poursuivent entre les deux parties.

Ventes au rabais

Boeing a accepté, selon ces sources, d’octroyer des rabais à ces compagnies pour les inciter à acheter les MAX, cloués au sol depuis la mi-mars après deux accidents rapprochés ayant fait 346 morts, ce qui a déclenché la plus grave crise dans l’histoire de l’aviation civile.

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C’est le nombre d’avions de la famille 737 MAX qu’une compagnie aérienne non nommée a commandés à Boeing.

« Les choses vont maintenant dans la bonne direction », estime Michel Merluzeau, expert chez Air Insight Research, tandis que Richard Aboulafia (Teal Group) juge que les commandes fermes « montrent que les choses semblent se stabiliser ». Les deux experts font toutefois remarquer que la configuration du marché aéronautique avec un duopole Airbus Boeing laisse peu de choix aux compagnies aériennes. « Imaginez deux compagnies aériennes. Une qui commande des MAX aujourd’hui et une autre qui achète des Airbus. La première pourrait recevoir ses avions l’an prochain alors que la seconde devrait attendre trois à quatre ans pour se faire livrer les siens », explique Richard Aboulafia. Airbus a un carnet de commandes garni et produit à des cadences élevées, de sorte que les fournisseurs risquent de ne pas suivre de nouvelles augmentations des niveaux de production, dit M. Merluzeau.

Boeing, qui a déjà perdu des dizaines de milliards de dollars et suspendu les livraisons après l’immobilisation du MAX, fait face à des plaintes de victimes et à des enquêtes des autorités américaines. Un nouveau front judiciaire s’est ouvert avec le dépôt d’une plainte par un actionnaire américain, The Kirby Family Partnership, qui accuse le conseil d’administration d’avoir ignoré des alarmes lors du développement de l’avion et après l’accident de Lion Air. L’inaction du conseil a affecté l’entreprise, « avec une perte de crédibilité auprès des marchés, une réputation ternie et des milliards de dollars en coûts et responsabilité », affirme Kirby. Sollicité par l’AFP, Boeing n’a pas souhaité faire de commentaires.

Le constructeur doit présenter mercredi au conseil d’administration de l’américaine Southwest Airlines, première cliente du MAX avec 34 exemplaires au moment de l’interdiction de vol, son calendrier de remise en service et de reprise des livraisons de l’avion, a indiqué mardi à l’AFP une porte-parole de la compagnie aérienne. Southwest a bâti son modèle économique et son développement autour du 737 MAX. Las des incertitudes entourant le retour dans le ciel de l’avion et après des milliers de vols annulés jusqu’en mars, son p.-d.g., Gary Kelly, a menacé récemment d’acheter des Airbus.

Boeing travaille à des modifications de logiciels et à la formation adéquate des pilotes pour obtenir une levée de l’interdiction de vol du MAX, qui n’est pas attendu dans le ciel au moins avant janvier 2020. « Le pire de la crise ne sera pas passé tant que la FAA [l’agence fédérale de l’aviation] n’autorisera pas l’avion à voler à nouveau », prévient Scott Hamilton, de Leeham.