Des carrières «difficiles» dans l’industrie du jeu vidéo

En 2015, 58% des travailleurs du jeu vidéo avaient entre 25 et 34 ans, selon l’International Game Developers Association.
Photo: David McNew Agence France-Presse En 2015, 58% des travailleurs du jeu vidéo avaient entre 25 et 34 ans, selon l’International Game Developers Association.

S’il y a une chose qui frappe dans l’industrie du jeu vidéo, c’est qu’on ne célèbre jamais de départs à la retraite, dit d’entrée de jeu Henrik Jonsson. Les gens ne se rendent tout simplement pas jusque-là « et je pense que c’est un problème », dit cet ancien programmeur suédois, aujourd’hui investisseur, qui a profité d’une tribune à la grand-messe annuelle du jeu pour aborder la question de la durabilité.

L’industrie fait beaucoup de choses très bien, a dit M. Jonsson lundi à plus d’une centaine de travailleurs, d’étudiants, de gestionnaires et d’observateurs réunis pour l’événement montréalais MEGA + MIGS, qui attire bon an mal an 3000 participants. « La moitié de la planète s’adonne à des jeux vidéo. Ça génère du bonheur. Dans l’industrie, on se fait des amis pour la vie. Mais travailler dans le jeu, c’est difficile. » Au bout d’un certain temps, donc, les gens partent.

Il a ensuite dressé une liste d’incidents qui peuvent, potentiellement, inciter au départ précoce. Entre des épisodes de mauvaise gestion, les très longues heures à certains moments clés de la production d’un jeu (ce que l’industrie appelle le crunch), les commentaires toxiques écrits par des internautes à l’endroit des développeurs, des relations interpersonnelles problématiques ou de mauvaises critiques après un jeu de qualité douteuse, les raisons peuvent être multiples quand vient le temps d’expliquer un départ.

Message aux employeurs

Mais l’industrie est capable de régler ces enjeux, a insisté M. Jonsson, aujourd’hui producteur exécutif chez Goodbye Kansas Game Invest, une firme d’investissement basée à Stockholm. Il envoie même un message aux entreprises. « Permettez à vos employés de se syndiquer », a-t-il suggéré. « Si vous essayez de bloquer un mouvement de syndicalisation parmi vos employés, vous le faites au détriment de l’industrie. Laissez-les faire. Vous êtes capables. Pourquoi ? Parce qu’on a une pénurie de main-d’oeuvre. Pas dans les échelons à l’entrée, parce qu’il y a toujours de nouveaux arrivants. Mais on a de la difficulté à recruter du monde plus senior. […] Aidez-vous et faites en sorte que votre personnel ait le goût de rester. »

Il a terminé avec une autre liste : des conseils sur la façon de demeurer au sein de l’industrie. Les gens peuvent choisir de se perfectionner, d’élargir leurs connaissances et leurs contacts, par exemple, mais ils doivent aussi faire preuve de sensibilité à l’égard des autres, a-t-il dit. « Partir, ce n’est pas un échec. Vous pouvez toujours revenir. »

Jeunes travailleurs

En 2015, 58 % des travailleurs avaient entre 25 et 34 ans et 16 % étaient âgés de plus de 40 ans, selon un sondage fait pour l’International Game Developers Association. « C’est du travail organisé par projets, et donc qui ne connaît pas d’horaires », dit Marie-Josée Legault, professeure à l’École des sciences de l’administration de la TELUQ qui produit régulièrement de la recherche pour l’IGDA. « Le crunch, ça épuise énormément. »

M. Jonsson, qui donnait cette présentation pour la première fois, a dit qu’il souhaite simplement sensibiliser les développeurs et « redonner quelque chose pour les années » qu’il a passées dans le secteur. Son message, dit-il, s’adresse essentiellement aux travailleurs de la mi-trentaine qui oeuvrent comme programmeurs depuis une dizaine d’années. « Des gens qui se demandent s’ils peuvent monter des échelons tout en poursuivant la programmation, ou s’ils doivent aller du côté de la gestion », a-t-il dit en entrevue après son allocution.

Le comité organisateur du MEGA + MIGS se veut « très inclusif » dans le choix des conférences, a dit Nadine Gelly, directrice générale de l’Alliance numérique, qui représente environ 120 entreprises du jeu vidéo au Québec. « C’est très important de couvrir l’ensemble des enjeux et de laisser les gens s’exprimer sur tous les sujets », a-t-elle dit en entrevue. « Les ressources humaines, c’est important dans toutes les industries. […] Il ne faut pas se le cacher, on est en pénurie de main-d’oeuvre dans toutes les industries, donc il faut s’assurer que les employés soient bien, qu’ils soient heureux. »