Les nuages financiers s’accumulent au-dessus du Canada

L'édifice de la Banque du Canada, à Ottawa
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne L'édifice de la Banque du Canada, à Ottawa

Les risques de perturbations graves du système financier ont encore augmenté au Canada avec la menace de détérioration de l’économie mondiale, de problèmes de sécurité informatique et de tensions politiques internationales.

Les acteurs du système financier canadien se méfient de plus en plus de ce que leur réserve l’avenir, a rapporté lundi la Banque du Canada en dévoilant les résultats d’une enquête menée auprès des experts en gestion des risques de 47 banques, fonds de pension et autres gestionnaires d’actifs. Près des deux tiers (63 %) d’entre eux ont déclaré que la probabilité qu’un « événement susceptible de perturber gravement le fonctionnement du système financier » survienne d’ici un à trois ans avait augmenté légèrement (45 %) ou de façon importante (17 %), alors que le total était encore de 40 % au printemps dernier.

L’inquiétude exprimée dans le cadre de l’enquête réalisée du 24 septembre au 11 octobre découlait principalement de trois phénomènes auxquels on accordait une égale importance, rapporte la Banque du Canada, soit la « détérioration de perspectives de l’économie mondiale », les « cyberincidents » et les « risques géopolitiques ». Suivaient les tensions commerciales, les risques de défaillance des ménages et des entreprises endettés, ainsi qu’une éventuelle chute des prix dans l’immobilier résidentiel ou commercial.

L’ensemble des acteurs financiers sondés croient cependant que le Canada saura résister au choc même si leurs craintes devaient se réaliser, presque la moitié d’entre eux qualifiant le système financier canadien de « plutôt sûr », la même proportion le disant « très sûr » et le reste « d’absolument sûr ».

Risques climatiques

Comme certaines organisations avaient évoqué, lors d’enquêtes précédentes, les risques financiers que représentaient pour elles les changements climatiques, la Banque du Canada a pris le parti de creuser un peu la question.

Cela lui a notamment permis d’apprendre que plus des deux tiers des répondants, particulièrement ceux issus du monde des fonds de retraite, craignent que la multiplication d’épisodes extrêmes de tempêtes, d’inondations, de sécheresses ou d’incendies de forêt ne diminue la valeur de leurs actifs. Quatre répondants sur cinq estiment que le principal risque des éventuelles transformations qui viendront avec les changements climatiques pèse non pas sur l’ampleur des dépenses, la valeur des placements ou le niveau des revenus, mais sur la réputation des organisations.

Il est toutefois encore difficile pour le moment de se faire une idée précise d’où viendra la menace et quelle en sera l’importance, ont confié à la Banque du Canada les entreprises financières sondées. Il manque encore trop de données et même d’outils de mesure pour faire le point sur la situation et il reste encore trop d’incertitudes sur l’ampleur et la vitesse des changements climatiques qui nous attendent, de même que sur les politiques publiques qui seront mises en place pour y faire face.

Pour le moment, 60 % des firmes consultées diffusent, en tout ou en partie, leurs stratégies et règles de gouvernance internes en la matière. Seulement 35 % annoncent aussi leurs paramètres et leurs cibles en matière d’exposition au risque climatique, les autres s’en abstenant, notamment, parce qu’il leur manque des normes de classification communes. Toutefois, 40 % des répondants ont indiqué « qu’ils comptent diffuser, dans un avenir rapproché, davantage d’information » sur tous ces éléments sur lesquels ils sont de plus en plus souvent interrogés.