L’UE renonce à financer les énergies fossiles

La BEI estime que sa politique d’investissement se conforme aux engagements de l’Accord de Paris sur les réductions d’émissions de gaz à effet de serre.
Photo: Jean-Philippe Ksiazek Agence France-Presse La BEI estime que sa politique d’investissement se conforme aux engagements de l’Accord de Paris sur les réductions d’émissions de gaz à effet de serre.

La Banque européenne d’investissement (BEI) a annoncé jeudi qu’elle cesserait de financer de nouveaux projets liés aux énergies fossiles, y compris le gaz, à partir de 2022, une décision saluée pour sa contribution à la lutte contre les changements climatiques.

La décision est « historique », selon le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire. « Un bond de géant », pour le président de la BEI, Werner Hoyer. « Nous allons arrêter de financer les énergies fossiles et nous allons lancer la plus ambitieuse stratégie d’investissements pour le climat de toutes les institutions financières publiques dans le monde », a annoncé M. Hoyer, cité dans un communiqué.

La BEI, basée à Luxembourg, est la banque de l’Union européenne. Son conseil d’administration, composé de représentants des États membres et de la Commission européenne, a voté jeudi pour sa nouvelle politique d’investissement. La Commission européenne a plusieurs fois souligné le rôle du gaz dans la transition énergétique du continent. Elle a soutenu jeudi la nouvelle politique de la BEI, satisfaite notamment d’un « arrangement transitoire pour l’abandon progressif des projets gaziers, y compris les projets vitaux d’interconnexion et de stockage de gaz, les projets dits d’intérêt commun », a-t-elle expliqué dans un communiqué.

Outre l’annonce phare sur les énergies fossiles, la BEI prévoit de « débloquer » jusqu’à 1000 milliards d’euros d’investissements dans l’action pour le climat et le développement durable au cours de la prochaine décennie. Selon M. McDowell, la moitié des sommes investies par la BEI d’ici 2025 sera consacrée à des projets environnementaux.

Banque du climat

La future présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait appelé de ses voeux la transformation de la BEI en une véritable « banque du climat ». « Cette décision confirme que l’UE se dote de moyens financiers à la hauteur de ses ambitions climatiques et doit créer une dynamique au niveau mondial », s’est félicité Bruno Le Maire, rappelant le soutien du président Emmanuel Macron à la mue de la BEI. La France est même « prête à augmenter sa participation au capital pour servir cette ambition », a-t-il renchéri dans un entretien au quotidien Les Échos.

La banque ambitionne que sa politique d’investissement se conforme aux engagements pris lors de la signature de l’Accord de Paris sur les réductions d’émissions de gaz à effet de serre.

Plusieurs ONG se sont également félicitées. « La décision d’aujourd’hui est une victoire importante pour le mouvement climatique. Enfin, la plus grande banque publique du monde s’est pliée à la pression du public et a reconnu que le financement de tous les combustibles fossiles doit cesser », a réagi Colin Roche, de Friends of the Earth, appelant toutes les autres banques, privées et publiques, à s’en inspirer. « C’est aussi un appel clair à ce que tous les fonds de l’UE emboîtent le pas et excluent toutes les activités qui aggravent le changement climatique des possibilités de financement », a ajouté Markus Trilling, de Climate Action Network.

Mais les organisations de défense de l’environnement, comme Greenpeace, ont tout de même déploré une application jugée tardive.