Le secteur des TIC veut sa propre politique industrielle

L'industrie québécoise des technologies de l’information et des communications représente 143 000 emplois directs au salaire annuel moyen de 53 700$.
Photo: Laurence Dutton Getty Images L'industrie québécoise des technologies de l’information et des communications représente 143 000 emplois directs au salaire annuel moyen de 53 700$.

Fière de ses succès, entre autres en matière d’intelligence artificielle, l’industrie québécoise des technologies de l’information et des communications (TIC) s’estime désavantagée par rapport à ses concurrents et réclame au gouvernement sa propre politique industrielle afin de l’aider à trouver la main-d’oeuvre qui lui manque, à accéder aux données qui lui sont nécessaires et à recevoir l’appui financier requis pour s’exporter.

« Il nous faut notre politique industrielle », a martelé mardi en entretien téléphonique au Devoir David Bertrand, président du conseil d’administration de TechnoMontréal, la grappe industrielle du secteur dans le Grand Montréal. Après tout, fort de 143 000 emplois directs au salaire annuel moyen de 53 700 $, de 7830 entreprises, dont 400 filiales internationales, et d’un poids économique équivalant à 5 % du produit intérieur brut (PIB) du Québec, les TIC sont au moins trois fois plus importantes que les secteurs de l’aérospatiale ou de l’aluminium, qui ont déjà droit à leurs propres politiques industrielles.

Une telle politique permettrait au gouvernement de faire le point sur la situation et de se doter d’une stratégie d’ensemble, fait valoir le secteur qui, au terme d’un vaste processus de consultation mené entre juin et octobre, présentera mercredi, au gouvernement de François Legault, un « livre blanc » comprenant 16 grandes recommandations.

Plus de travailleurs étrangers

L’industrie se plaint, notamment, d’un manque cruel de main-d’oeuvre. Pour remédier à la situation, elle en appelle au développement de compétences dès l’école primaire, à la formation continue des travailleurs et à une plus grande ouverture du secteur aux femmes et aux travailleurs plus âgés. On compte beaucoup aussi sur l’accueil de plus d’étudiants et de travailleurs étrangers, alors que ces derniers comptent déjà pour 27 % des effectifs totaux (contre une moyenne de 15 % au Québec). « La demande pour l’expertise en technologies est mondiale et la concurrence pour l’attirer est féroce », dit le livre blanc.

Les entreprises du secteur, tout particulièrement celles spécialisées en intelligence artificielle, ont également besoin de vastes banques de données pour développer leurs outils et voient, dans les données collectées et gérées par les ministères et les organismes publics, un inestimable « actif informationnel ». Mais pour que cet accès soit acceptable aux yeux des citoyens comme des entreprises, les gouvernements québécois et canadien devront d’abord se doter de règles de gestion et de protection de la sécurité de l’information beaucoup plus rigoureuses qu’actuellement.

Pas de temps à perdre

Des processus d’appels d’offres plus ouverts aux innovations ainsi que des cibles explicites d’acquisition de technologies québécoises permettraient à la fois à plus de PME québécoises d’obtenir leurs premiers gros contrats tout en aidant à améliorer l’efficacité des services publics, explique le livre blanc.

De l’aide à l’exportation pour les entreprises les plus prometteuses et des crédits d’impôt à la recherche et au développement qui tiennent mieux compte du cycle extrêmement rapide de l’innovation technologique dans le secteur apporteraient un précieux coup de pouce à des entreprises principalement tournées vers les marchés extérieurs.

L’importance de la plupart de ces enjeux ne se limite pas aux seules entreprises des TIC, une transformation numérique généralisée au Québec étant susceptible d’améliorer la « compétitivité globale de notre économie ».

Il n’y a toutefois pas de temps à perdre, disent les auteurs du livre blanc, qui comptent aussi le présenter au gouvernement fédéral et espèrent que Québec y donnera suite dès l’an prochain. L’Ontario, la Colombie-Britannique ainsi que plusieurs pays, notamment européens, disposent déjà de leurs politiques industrielles en la matière.

Au Québec, dit David Bertrand, « l’industrie a toujours su se démarquer par elle-même. Mais il faut faire en sorte qu’elle soit davantage reconnue pour qu’on soit encore dans la course mondiale demain. Parce que nous sommes engagés dans une course. Et que, dans cette course, il y en a qui disposent de beaucoup plus de moyens que nous ».