Le reste du monde s’arrache les étudiants étrangers

Selon l’OCDE, le total de personnes étudiant à l’étranger a plus que doublé en 20 ans.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Selon l’OCDE, le total de personnes étudiant à l’étranger a plus que doublé en 20 ans.

Le Québec n’est pas le seul à revoir ses règles à l’égard des étudiants étrangers ainsi que de leur transition vers le marché de l’emploi. Mais la plupart des autres cherchent plutôt à les assouplir.

La concurrence à laquelle se livrent les économies pour attirer à elles les étudiants étrangers et les garder ensuite à la fin de leurs études est tellement féroce que les statistiques officielles ont du mal à suivre.

Selon l’OCDE, le total de personnes étudiant à l’étranger a plus que doublé en 20 ans, passant de 2 millions, en 1998, à 5,3 millions, en 2017, dont 3,7 millions se trouvaient dans un pays dit développé. Les États-Unis continueraient de mener le bal, avec un peu moins de 400 000 permis délivrés à des étudiants étrangers, en recul de 60 % par rapport à 2015 — dont le tiers en raison du resserrement des règles d’immigration parle gouvernement Trump. Venaient ensuite le Royaume-Uni (300 000 permis), l’Australie (163 000) et le Canada, au 4e rang, avec 136 000 nouveaux permis, soit trois fois plus que dix ans auparavant.

Attirer les étudiants internationaux, en particulier s’ils restent après leurs études, est un moyen de puiser dans le réservoir mondial de talents

 

Au total, selon le Bureau canadien de l’éducation internationale (BCEI), les États-Unis comptaient plus d’un million d’étudiants étrangers postsecondaires en 2017, contre environ 500 000 au Royaume-Uni, 440 000 en Chine, 370 000 au Canada, 330 00 en Australie et 320 000 en France. Selon le gouvernement canadien, il y avait au total plus de 721 000 étudiants étrangers au Canada l’an dernier, dont plus de la moitié vient d’Inde ou de Chine, et à raison d’environ 315 000 en Ontario, 155 000 en Colombie-Britannique et 83 000 au Québec.

Course internationale

« Attirer les étudiants internationaux, en particulier s’ils restent après leurs études, est un moyen de puiser dans le réservoir mondial de talents, de compenser de plus faibles capacités aux niveaux inférieurs d’enseignement, de favoriser l’innovation et le développement des systèmes de production et, dans de nombreux pays, d’atténuer l’effet du vieillissement sur l’offre de la main-d’oeuvre qualifiée », expliquait l’OCDE, il y a deux mois, dans son rapport annuel sur les grandes tendances du monde de l’éducation.

La recherche et l’expérience ont montré que les étudiants étrangers faisaient particulièrement de bons candidats à l’intégration sociale et économique en raison de leur maîtrise de la langue, de leur formation reconnue par les employeurs ainsi que de leurs années passées à apprivoiser les us et coutumes de leur pays d’accueil, rappelait le Conference Board l’an dernier.

Se voyant perdre du terrain par rapport aux autres, le gouvernement britannique de Boris Johnson vient d’infirmer une décision de sa prédécesseure, Theresa May, en assouplissant les règles d’embauche des étudiants étrangers pendant et après leurs études. Alarmé, lui aussi, du recul constant de la France au palmarès des destinations de choix pour les études, le premier ministre français, Édouard Philippe, s’est fixé pour objectif de doubler le nombre d’étudiants étrangers d’ici 2027 en ne limitant plus, notamment, certains privilèges d’embauche aux seules entreprises nouvelles ou innovantes.

L’économie de demain

Ce qui attire les étudiants étrangers au Canada est notamment la qualité de la formation offerte, les frais de scolarité relativement bas, sa réputation d’ouverture à la diversité et la sécurité de ses rues. C’est aussi, a constaté le BCEI, pour les deux tiers d’entre eux, la perspective d’y obtenir la résidence permanente et d’y trouver du travail à la fin de leurs études.

Comme dans les autres pays développés, rapporte l’OCDE, ces étudiants étrangers au Canada ne se limitent pas aux seuls secteurs du génie (19 %), des sciences naturelles (12 %) ou des technologies de l’information (7 %). On les retrouve aussi en commerce ou en droit (29 %), en sciences sociales (12 %) ou même en lettres et arts (10 %).

Cela tombe bien, observait récemment un document d’orientation du gouvernement fédéral. Le monde du travail, à l’ère des nouvelles technologies, exigera justement de « nouvelles connaissances et des aptitudes particulières, dont la créativité, la souplesse et la capacité d’adaptation, ainsi que des compétences en communication, en résolution de problèmes et en relations interculturelles ». Non seulement ces étudiants venus d’ailleurs sont-ils plus susceptibles de développer cette souplesse d’esprit, mais qui sait, le fait de les côtoyer pourrait aussi aider les étudiants canadiens qui ont moins tendance que les Européens, et même les Américains, à faire au moins un bout d’étude à l’étranger.