Exxon se défend d’avoir trompé les investisseurs

Le procès tenu à New York contre ExxonMobil depuis le 22 octobre pourrait modifier la façon dont les entreprises pétrolières et gazières définissent leur risque lié aux changements climatiques.
Photo: Matthew Brown Associated Press Le procès tenu à New York contre ExxonMobil depuis le 22 octobre pourrait modifier la façon dont les entreprises pétrolières et gazières définissent leur risque lié aux changements climatiques.

Place aux plaidoiries dans le procès opposant le procureur de l’État de New York à Exxon. Aux accusations d’avoir manipulé l’information de manière à atténuer son exposition au risque climatique, le géant pétrolier s’est défendu d’avoir trompé les investisseurs.

Ce procès tenu à New York depuis le 22 octobre pourrait modifier la façon dont les entreprises pétrolières et gazières définissent leur risque lié aux changements climatiques. Selon l’argumentaire final du procureur de l’État de New York formulé jeudi, Exxon a sciemment minimisé l’impact d’une réglementation plus stricte en réponse au réchauffement climatique. Dans sa réplique, le géant pétrolier maintient que ce risque a été pris au sérieux et se défend d’avoir commis des actions reprochables.

La poursuite, déposée par la procureure de l’État de New York Letitia James, soutient qu’ExxonMobil a utilisé dans ses livres deux méthodes comptables dans la comptabilisation des effets potentiels de la réglementation sur ses activités. « La question consiste, ici, à se demander si l’information dévoilée par Exxon était appropriée. Les évidences démontrent que ce ne fut pas le cas », a plaidé l’avocat représentant l’État.

Plusieurs accusations

L’entreprise est notamment accusée d’avoir assuré aux investisseurs qu’elle avait intégré dans ses décisions l’augmentation prévisible du coût des émissions de gaz à effet de serre. Exxon aurait appliqué deux méthodes de calcul, soit des coûts délibérément sous-estimés, soit pas de coûts du tout, évitant ainsi d’intégrer des « milliards de dollars » de coûts supplémentaires. Le géant énergétique aurait aussi trompé les investisseurs en assurant que ses activités seraient peu touchées au cas où les autorités décideraient de réduire radicalement la production et la consommation de gaz et de pétrole pour limiter le réchauffement de la planète. Pire, insiste l’avocat du demandeur, Exxon a établi ses projections comme s’il n’y avait aucun resserrement réglementaire, comme si c’était business as usual.

Pour leur part, les avocats d’Exxon soutiennent que l’entreprise a publié les coûts appropriés selon la situation retenue. « ExxonMobil prend le risque climatique au sérieux », a répliqué l’avocat représentant la partie défenderesse. « Nous ne nous retrouvons pas ici devant un cas où nous disons quelque chose en public pour l’ignorer à l’interne. Nous faisons ce que nous disons et nous démontrons le modèle sous-jacent pour qu’il soit vu. »

Exxon s’est défendu d’utiliser deux livres et a réitéré que les dirigeants ont tenu compte de l’effet sur les coûts lorsqu’il était approprié de le faire parce que chaque situation, chaque cadre réglementaire local est différent. Aussi, Exxon a affirmé que l’État de New York n’avait pu faire la démonstration que les investisseurs avaient été lésés.

La plainte avait été déposée en octobre 2018 par le procureur général de l’État de New York au nom de millions d’investisseurs américains touchés par la fraude présumée de la compagnie. Un autre État y a fait écho le 24 octobre dernier. À son tour, le Massachusetts accusait alors la multinationale de tromper les investisseurs sur les répercussions financières des mesures liées aux changements climatiques sur ses activités, en particulier dans le secteur des sables bitumineux.

Exxon soutient qu’elle a indiqué aux investisseurs qu’elle avait évalué ses projets avec une tarification du carbone élevée et en augmentation constante. Or, selon le Massachusetts, la pétrolière aurait utilisé un chiffre beaucoup plus bas et stable. Dans la poursuite déposée, semblable à celle débattue devant un tribunal de l’État de New York, il est également allégué que cette sous-évaluation du « risque climatique » a eu pour effet d’augmenter la valeur réelle des réserves de pétrole d’ExxonMobil et d’exagérer la vie économique utile de certains actifs.

Avec Le Devoir