Myopie économique

Lors de sa mise à jour économique 2018, le gouvernement Legault tablait sur une décélération sensible de la croissance du PIB québécois en 2019. Ce changement de vitesse anticipé a été déplacé depuis, pour potentiellement dominer le deuxième semestre de 2019, disait en septembre le ministre des Finances, Eric Girard.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Lors de sa mise à jour économique 2018, le gouvernement Legault tablait sur une décélération sensible de la croissance du PIB québécois en 2019. Ce changement de vitesse anticipé a été déplacé depuis, pour potentiellement dominer le deuxième semestre de 2019, disait en septembre le ministre des Finances, Eric Girard.

Le gouvernement Legault déposera jeudi sa deuxième mise à jour économique dans un contexte conjoncturel on ne peut plus favorable empruntant au déjà-vu. Mais l’exercice 2019 a ceci de particulier que toute myopie économique, aussi volontaire qu’opportuniste, se heurte à l’ouverture des négociations dans le secteur public.

Déjà l’an dernier, lors de sa mise à jour économique 2018, le gouvernement Legault tablait sur une décélération sensible de la croissance du PIB québécois en 2019. Ce changement de vitesse anticipé a été déplacé depuis, pour potentiellement dominer le deuxième semestre de 2019, disait en septembre le ministre des Finances, Eric Girard.

Mais toujours rien. Ce deuxième semestre s’est amorcé avec une persistance du découplage des économies du Québec et du Canada, dans un contexte de ralentissement économique mondial et de protectionnisme américain. Selon la plus récente lecture de Statistique Canada, le PIB réel du Québec a augmenté de 0,4 % en juillet après avoir enregistré une hausse de 0,2 % le mois précédent. Au cumul au cours des sept premiers mois de 2019, la croissance atteint 2,8 % par rapport à la même période l’an passé. « Ce rythme s’avère deux fois plus rapide que celui du Canada, de 1,4 % », ont noté les analystes du Mouvement Desjardins. On évoquait une dixième hausse mensuelle consécutive du PIB réel du Québec, soit la plus longue séquence du genre depuis que l’information existe (1997). Au cours de cette période de dix mois, le PIB réel a crû au rythme annuel de 3,4 %, prenant clairement l’ascendant sur le 1,5 % affiché à l’échelle canadienne.

Surpasser les prévisions

En fait, l’économie québécoise est appelée à surpasser, par une marge notoire, les prévisions du secteur privé pour une troisième année consécutive, écrivait cette semaine l’économiste Matthieu Arseneau, de la Banque Nationale, bénéficiant en cela des effets de la chute des cours pétroliers et d’une politique monétaire qui lui est favorable.

Mais sans nécessairement conclure à une surchauffe, on retient chez les analystes que l’économie québécoise vibre à un rythme se situant bien au-delà de ce que l’on mesure comme étant celui du PIB potentiel, chiffré à 1,2 % selon la Banque Nationale.

Taux de chômage à un creux historique, explosion des emplois vacants et inflation salariale contrastent avec le vieillissement de la population et la faiblesse de la productivité. La Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke en a rajouté cet été en concluant que le Québec avait renoué avec le déficit structurel après versement au Fonds des générations, l’accroissement exceptionnel de ses revenus créant un effet de distorsion. Si l’austérité budgétaire a fait place à un réengagement de l’État, les dépenses de mission du gouvernement québécois sont désormais plus élevées que la moyenne des provinces canadiennes en proportion du PIB, a-t-on souligné.

À la Chaire en fiscalité, on vise à briser ce pattern myopie volontaire-austérité budgétaire revenant trop souvent en boucle au Québec. D’autant que la menace d’une récession imminente serait sérieuse, affirmait mardi l’économiste Carlos Leitão, porte-parole de l’opposition officielle en matière de finances. Au demeurant, chez les analystes comme dans l’opposition à Québec, on invite le gouvernement Legault à contenir ses engagements à effets récurrents pour concentrer son intervention sur les stimulants plus structurants liés à l’investissement privé et à l’accroissement de la productivité.

À ne pas transformer cette mise à jour économique en un exercice budgétaire.