Washington multiplierait les concessions à Pékin

Les États-Unis seraient prêts à lever les tarifs de 15% appliqués sur certaines importations chinoises, notamment les vêtements, les appareils électroménagers et les écrans plats.
Photo: Chinatopix via Associated Press Les États-Unis seraient prêts à lever les tarifs de 15% appliqués sur certaines importations chinoises, notamment les vêtements, les appareils électroménagers et les écrans plats.

Pour conclure un premier accord de paix partiel dans sa guerre commerciale avec la Chine, Washington serait non seulement prêt à suspendre l’application des tarifs supplémentaires qui étaient à venir, mais aussi à en enlever d’autres qui étaient déjà en vigueur sur plus de 110 milliards $US d’importations chinoises.

Citant de nombreuses sources au courant des négociations en cours, le Financial Times a rapporté mardi que la nouvelle offre américaine lèverait ainsi les tarifs de 15 % appliqués depuis le 1er septembre sur 112 milliards $US d’importations chinoises, notamment de vêtements, d’appareils électroménagers et d’écrans plats.

La mesure viserait à faciliter la conclusion de ce que les deux géants décrivent depuis trois semaines comme le premier volet d’un accord de paix qui pourrait éventuellement en compter trois. Elle viendrait s’ajouter au maintien de la suspension de l’augmentation de tarifs sur 250 autres milliards $US d’importations chinoises le mois dernier et à l’abandon d’autres sanctions américaines promises pour le mois prochain contre les derniers 156 milliards $US de produits chinois toujours épargnés.

En échange, Pékin serait notamment prêt à s’engager à acheter jusqu’à 50 milliards $US de produits agricoles américains de plus par années ainsi qu’à faire des concessions en matière de protection de la propriété intellectuelle et d’accès à son marché financier. Ce premier accord partiel laisserait toutefois entiers de nombreux autres objets de contentieux, comme le rôle des entreprises d’État chinoises.

Perdant-perdant

Cette lutte de titans ne fait que des perdants dans les deux pays, a souligné la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) dans un nouveau rapport dévoilé mardi. À commencer par les États-Unis, dont les consommateurs et les entreprises essuient l’essentiel du coût des droits de douane imposés par leur propre gouvernement sur les biens qu’ils achètent à la Chine. Ces tarifs américains ne parviennent en effet qu’à bloquer le quart des importations chinoises visées, et quant aux 75 % restants, ce n’est que tout récemment que les exportateurs chinois semblent avoir commencé à réduire un peu leurs prix (–8 %) afin de compenser une partie de l’effet des tarifs douaniers.

D’une valeur totale d’environ 35 milliards, ces 25 % d’importations chinoises qui, ainsi, ne sont pas entrées dans le marché américain durant la première moitié de 2019 ont infligé une perte de revenus pour la Chine sans pour autant se traduire par un gain équivalent pour les entreprises américaines, observe la CNUCED. En effet, presque les deux tiers de l’espace libéré (21,4 milliards) ont été occupés par les exportations d’autres pays, à commencer par Taïwan (4,2 milliards), le Mexique (3,6 milliards), l’Union européenne (2,7 milliards) et le Vietnam (2,6 milliards).

Et le Canada ?

Le Canada arriverait au 7e rang des pays qui profitent le plus de cet effet de remplacement des produits chinois, selon la CNUCED, avec 1,2 milliard de dollars d’exportations supplémentaires vers les États-Unis durant les six premiers mois de l’année, derrière le Japon (1,5 milliard) et tout juste devant la Corée du Sud (1,1 milliard). Ces petits gains des exportateurs canadiens s’observeraient notamment dans les secteurs des équipements de télécommunication (+416 millions) et de la machinerie (+307 millions).

Quant aux 14 milliards restants sur les 35 milliards $US d’exportations chinoises perdues, une partie a sans doute été récupérée par les entreprises américaines, mais une autre partie est probablement perdue, rapporte la CNUCED.

Mais comme le théâtre de cette guerre commerciale entre les deux principales puissances est la même économie pour tout le monde, aucun pays ne peut vraiment espérer en sortir autrement que perdant, concluent les auteurs du rapport de l’ONU. Déjà, l’économie mondiale accuse le coup des tensions commerciales et du climat d’incertitude délétère qu’elles instillent. La situation ne pourrait que se dégrader pour tous si les négociations entre Washington et Pékin échouent et si l’escalade du conflit se poursuit.