Les surplus de Québec ne sont pas ce qu’ils paraissent

Le Québec est en voie d’enregistrer une troisième année de croissance «spectaculaire».
Photo: iStock Le Québec est en voie d’enregistrer une troisième année de croissance «spectaculaire».

Le gouvernement Legault doit se méfier de la vigueur presque insolente de l’économie québécoise, préviennent des experts. Cette situation ne saurait durer éternellement.

L’avertissement se répète depuis quelque temps. Lundi, c’était au tour de l’économiste de la Banque Nationale Matthieu Arseneau d’adresser au ministre des Finances, Eric Girard, une mise en garde en cette veille de mise à jour économique, jeudi : l’économie québécoise croît depuis des mois à un rythme supérieur à sa capacité fondamentale à long terme.

Affichant un rythme de croissance économique de 3,4 % depuis le début de 2019 contre une moyenne de seulement 1,5 % dans le reste du Canada, le Québec est en voie d’enregistrer une troisième année de croissance « spectaculaire » marquée par un taux de chômage à un plancher record, une rareté de main-d’oeuvre « très aiguë » et des salaires qui affichent « de loin leur plus forte croissance ». Cela ne surprendra personne, dans un tel contexte, si le gouvernement de François Legault annonce encore, jeudi, des recettes fiscales plus importantes que prévu.

Cette manne vient toutefois d’une extraordinaire conjonction de facteurs tout aussi favorables que temporaires, fait valoir Matthieu Arseneau. À commencer par des taux d’intérêt que la Banque du Canada tient bas notamment pour donner un peu d’oxygène aux provinces productrices de pétrole aux prises avec la morosité des prix de l’or noir. Si le taux directeur de la banque centrale devait être fixé seulement en fonction de la réalité québécoise, il ne devrait pas être à 1,75 % comme maintenant, mais à 2,75 %, estime la Banque Nationale.

Au Québec, les faibles taux d’intérêt, la baisse des prix de l’essence et la force du marché de l’emploi profitent à la consommation des ménages ainsi qu’au marché de l’habitation qui n’a pas à composer avec un resserrement aussi strict de ses règles qu’à Toronto ou à Vancouver. Comme le retour à l’équilibre budgétaire a déjà été fait à Québec, on n’a pas non plus à subir les mêmes politiques d’austérité qu’en Ontario ou en Alberta. Au contraire, le gouvernement québécois est plutôt porté à augmenter ses dépenses.

Déficits structurels

De tels facteurs ont contribué à pousser le produit intérieur brut (PIB) québécois 2,8 % au-dessus du niveau que son nombre de travailleurs et le rythme d’amélioration de leur productivité permettraient normalement. Dans ces circonstances, l’atteinte par le gouvernement du Québec du seul équilibre budgétaire deviendrait tout de suite « précaire si l’économie revenait à une situation plus normale », avertit Matthieu Arseneau. En fait, dit-il, on devrait plutôt viser un surplus de l’ordre de 0,4 % du PIB pour mieux amarrer les finances publiques à la réalité structurelle de l’économie.

Un petit calcul rapide permet de déduire que c’est un surplus budgétaire d’environ 1,7 milliard que l’analyste de la Banque Nationale appelle ainsi de ses voeux, après le versement de 2,5 milliards prévu au Fonds des générations.

L’économiste n’est pas le premier à servir un tel avertissement. La Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke prédisait, dans une étude à l’été, le retour des déficits budgétaires structurels dès cette année. Quelques mois auparavant, elle avait mis en garde contre l’incidence sur les finances publiques du vieillissement de la population québécoise, qui ne fera pas seulement exploser les dépenses en santé, mais qui plombera aussi la croissance économique et, par conséquent, les revenus de l’État de 2022 à 2058.