Les ressources énergétiques d’Hydro-Québec suffisantes pour l’instant

Le bénéfice d’Hydro-Québec a atteint 3,1 milliards en 2018, dont 750 millions sont venus des exportations.
Photo: Lars Hagberg Agence France-Presse Le bénéfice d’Hydro-Québec a atteint 3,1 milliards en 2018, dont 750 millions sont venus des exportations.

Hydro-Québec n’a pas besoin de nouveaux approvisionnements d’énergie pour l’instant, mais il n’est pas impossible que la société d’État lance un appel d’offres d’ici trois à cinq ans si jamais le besoin se fait sentir. Voilà l’un des éléments se dégageant du plus récent Portrait des ressources énergétique d’Hydro-Québec, un document qui sera déposé aujourd’hui à la Régie de l’énergie et qui couvre la période 2020-2029.

Hydro-Québec, dont les surplus sont bien connus, croit qu’il y aura plus de 40 TWh d’énergie disponible annuellement dans les prochaines années, ce qui lui permettra entre autres d’exporter vers des marchés connexes comme les États-Unis, où certains États veulent décarboniser leur approvisionnement.

Pour illustrer cette marge de 40 TWh, un coup d’oeil au dernier rapport annuel permet de constater que les ventes nettes d’électricité ont atteint 208,9 TWh en 2018, dont un record de 36,1 TWh en exportations. (Un térawattheure alimente un peu plus de 50 000 ménages.)

Sur un horizon de trois à cinq ans [...] des appels d’offres en énergie et en puissance pourraient être lancés si les besoins prévus se matérialisent Hydro-Québec

« Sur la période 2020-2029, la demande d’électricité au Québec continuera de croître, notamment sous l’effet de la vigueur de l’économie et de la croissance de nouveaux marchés comme les centres de données. Par conséquent, l’électricité patrimoniale non utilisée, souvent appelée “surplus”, diminuera graduellement », a écrit Hydro-Québec dans sa présentation.

« Selon les prévisions actuelles, les approvisionnements disponibles et à venir d’Hydro-Québec Distribution sont suffisants pour répondre aux besoins en énergie jusqu’en 2026, et en puissance jusqu’en 2025. Aucun nouvel approvisionnement n’est donc nécessaire dans l’immédiat. Sur un horizon de trois à cinq ans, toutefois, des appels d’offres en énergie et en puissance pourraient être lancés si les besoins prévus se matérialisent », a poursuivi la société.

Une nouvelle série d’appels d’offres pourrait peut-être intéresser les « propriétaires de parcs éoliens dont les contrats arriveront à échéance au cours des prochaines années », qui auraient alors l’occasion de « soumettre de nouveaux projets », peut-on lire.

Réflexion des prochaines années

La direction de la société d’État n’a jamais caché qu’elle a devant elle un important chantier de réflexion portant sur les prochaines années, un exercice influencé par diverses variables, comme la mise en service de la dernière centrale du complexe de la Romaine prévue en 2021, l’évolution de la consommation résidentielle, la transition énergétique, l’émergence de nouvelles occasions d’exportation et la fin du contrat d’achat d’électricité à Churchills Falls en 2041.

D’ici 2029, le Québec consommera 12,5 TWh de plus qu’aujourd’hui, selon les prévisions d’Hydro-Québec, un résultat net qui inclut une augmentation « naturelle » de 7,8 TWH, une demande de 3,7 TWh provenant de secteurs émergents comme les centres de données et la cryptomonnaie et une hausse de 2,3 TWh due aux voitures électriques. Le recours croissant aux panneaux solaires chez ses clients pourrait cependant retrancher 1,3 TWh à l’énergie consommée. Par ailleurs, une plus grande efficacité énergétique pourrait changer la donne.

Exportation

Au chapitre de l’exportation, Hydro-Québec a déjà signé un contrat de 20 ans pour l’approvisionnement de 9,45 TWh par année aux consommateurs du Maine et du Massachusetts. Elle souhaite aussi vendre 3 TWh au Connecticut en vertu d’une proposition soumise l’an dernier. À New York, le maire Bill de Blasio a annoncé au printemps 2019 qu’il souhaite que les infrastructures publiques de la ville soient alimentées uniquement par de l’énergie propre. Un projet de ligne nommé Champlain Hudson Power Express, capable de livrer environ 8 TWh d’électricité, est dans les cartons depuis un certain nombre d’années.

De nombreux parcs éoliens sont entrés en service depuis 2012. De plus, la société a mis en service une quinzaine de barrages depuis 2003, a indiqué son p.-d.g., Éric Martel, aux députés d’une commission parlementaire au printemps. « Je vous rappelle que, l’été dernier, on a déversé 10 TWh et ça, pour nous, chez Hydro-Québec, c’est un sacrilège, de ne pas réussir à monnayer de l’eau qui passe dans nos turbines. Alors, force est d’admettre que la cause de ça, c’est qu’on n’a pas suffisamment d’interconnexions avec nos pays voisins. »

Le bénéfice d’Hydro-Québec a atteint 3,1 milliards en 2018, dont près de 750 millions sont venus des exportations. La société d’État a versé au gouvernement, son unique actionnaire, un dividende de 2,4 milliards.