Mariage en vue pour Fiat Chrysler et Peugeot

Fiat Chrysler (FCA) et PSA (Peugeot, Citroën) emploient à eux deux plus de 400 000 personnes dans le monde.
Photo: Bill Pugliano Agence France-Presse Fiat Chrysler (FCA) et PSA (Peugeot, Citroën) emploient à eux deux plus de 400 000 personnes dans le monde.

Des fiançailles à environ 50 milliards de dollars : le constructeur automobile italo-américain Fiat Chrysler et le français PSA (Peugeot, Citroën) veulent joindre leurs forces dans une industrie mondiale sous pression.

Les deux groupes, qui emploient ensemble plus de 400 000 personnes dans le monde, ont confirmé mercredi matin être en pourparlers pour créer le numéro 4 mondial du secteur. Selon une source proche du dossier l’accord devrait même « se faire rapidement ».

Ces discussions interviennent quelques mois seulement après l’échec cuisant d’un projet de fusion entre Fiat Chrysler et Renault, numéro un français de l’automobile. Dans des communiqués laconiques, Fiat Chrysler comme PSA se sont contentés de faire état de « de discussions en cours » pour « créer l’un des principaux groupes automobiles mondiaux ».

 
3,9 millions
C’est le nombre de véhicules vendus par PSA dans le monde l’an dernier, pour un chiffre d’affaires de 74 milliards d’euros (environ 108 milliards de dollars canadiens).

Une source proche du dossier, confirmant des informations du Wall Street Journal, a indiqué à l’AFP que les discussions portaient sur une fusion entre égaux, en notant que d’autres options étaient également sur la table. Le président du directoire de PSA, Carlos Tavares, deviendrait directeur général de la nouvelle entité, dont le conseil d’administration serait présidé par le patron de Fiat Chrysler, John Elkann, héritier de la dynastie Agnelli. La gouvernance sera composée de 11 membres, dont 6 pour le groupe français et 5 pour l’italo-américain, selon la même source.

Naissance d’un géant

Un rapprochement permettrait de coller au peloton de tête du secteur, en donnant naissance au quatrième constructeur mondial en nombre de véhicules vendus, derrière les mastodontes Volkswagen, l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi et Toyota. PSA a vendu 3,9 millions de véhicules l’an dernier, pour un chiffre d’affaires de 74 milliards d’euros. FCA a de son côté écoulé 4,8 millions de véhicules, pour 110 milliards d’euros. Le couple contrôle les marques Alfa Romeo, Chrysler, Citroën, Dodge, DS, Jeep, Lancia, Maserati, Opel, Peugeot et Vauxhall.

À l’heure où le marché automobile mondial est confronté à une conjoncture morose et à des défis technologiques majeurs liés à l’essor des véhicules électriques, « c’est un remarquable rebondissement pour PSA, qui avait frôlé la mort en 2012 », observait Michael Hewson, analyste du courtier CMC. Le constructeur n’avait été sauvé de la faillite que par l’entrée à son capital de l’État français et du chinois Dongfeng, au côté de l’autre actionnaire de référence, la famille Peugeot.

Une fusion permettrait à PSA de revenir par la grande porte sur le marché américain grâce aux Jeep et aux pick-up Dodge RAM de son fiancé. Fiat Chrysler, de son côté, consoliderait ses positions en Europe, où le groupe souffre de n’avoir pas suffisamment renouvelé sa gamme.

Négociations avec la France

Mais les jeux ne sont pas faits avec ce « camarade encombrant » qu’est l’État français. Dans ses négociations avec Renault, Fiat Chrysler avait rapidement jeté l’éponge, n’ayant pas pu obtenir un engagement du constructeur français, freiné par l’État actionnaire. Or, l’État français est aussi représenté au capital de PSA, via la banque publique d’investissement Bpifrance, qui détient environ 12 %. Bercy a averti mercredi « suivre avec attention » les discussions engagées, prévenant que Paris se montrera « particulièrement vigilant » sur l’emploi, la gouvernance et l’empreinte industrielle de l’éventuel ensemble.

Ce qui n’a pas empêché le conseil d’administration de PSA de donner son feu vert mercredi soir au mariage, a-t-on appris d’une source proche du dossier. La réaction à Rome a été plus distante. « Il s’agit d’une opération de marché et je pense qu’il est approprié de ne pas faire de déclarations à ce sujet », a déclaré le ministre italien du Développement économique, Stefano Patuanelli.