Après le Canada, l'incertitude commerciale de Trump se propage au reste du monde

Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, n’a pas fermé la porte à une éventuelle baisse du loyer de l’argent au pays si la situation économique devait se dégrader.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, n’a pas fermé la porte à une éventuelle baisse du loyer de l’argent au pays si la situation économique devait se dégrader.

Bienvenue dans la réalité canadienne à l’ère de Donald Trump, dit la Banque du Canada au reste de la planète.

Comme prévu, la Banque du Canada a de nouveau laissé son taux directeur inchangé à 1,75 % mercredi, contrairement à la Réserve fédérale américaine et à plus de 35 autres banques centrales des économies avancées et émergentes qui se sont toutes engagées depuis plusieurs mois dans un assouplissement de leurs politiques monétaires. Ce n’est toutefois pas tant le Canada qui diverge du reste du monde que le reste du monde qui est en train de converger vers la réalité économique que subit le Canada depuis que les politiques commerciales d’un certain président américain ont plongé ses exportateurs et investisseurs dans l’incertitude, a fait valoir le gouverneur de la Banque, Stephen Poloz.

Le Canada « a été l’un des premiers pays à ressentir les effets de l’incertitude liée aux politiques commerciales, puisque l’ALENA a été la première cible du gouvernement Trump, a-t-il rappelé en conférence de presse en parlant de l’Accord de libre-échange nord-américain. De fait, cette incertitude pèse sur l’investissement au Canada depuis trois ans. Ces importants vents contraires ont empêché les taux d’intérêt canadiens d’augmenter autant que les taux américains en 2017-2018. »

Baisse de taux à venir ?

Stephen Poloz n’a pas fermé la porte à une éventuelle baisse du loyer de l’argent au pays si la situation économique devait se dégrader. Mais pour le moment, il constate que « l’économie canadienne se montre résiliente dans l’ensemble » avec une « solide » création d’emplois, un taux de chômage près de son plancher record, des salaires en hausse, un marché de l’habitation en redressement et une consommation des ménages qui résiste bien aux difficultés persistantes du secteur de l’énergie, des exportateurs et des investisseurs victimes du ralentissement économique mondial et de l’escalade des tensions commerciales, notamment entre les États-Unis et la Chine.

Dans l’édition automnale de son Rapport sur la politique monétaire dévoilée mercredi, la banque centrale prévoit ainsi une croissance un peu plus forte cette année qu’elle ne le prédisait encore au mois de juillet (1,5 % plutôt que 1,3 %), suivie par une accélération plus modeste que ce qui était attendu en 2020 (1,7 % plutôt que 1,9 %) et en 2021 (1,8 % plutôt que 2 %). L’inflation, quant à elle, devrait se maintenir aux alentours de la cible de 2 %.

Ces prévisions tiennent compte du coût économique que les tensions commerciales, et l’incertitude qu’elles génèrent, infligeront à l’économie canadienne quoi qu’il arrive dans les prochains mois. Estimé par la Banque du Canada en juillet à 1,6 % du produit intérieur brut (PIB) canadien d’ici 2021, ce coût est désormais établi à 2 % et pourrait s’alourdir d’encore 4,5 % si les anticipations actuelles des marchés financiers sont justes.

Dans ce contexte, Stephen Poloz entend se montrer particulièrement attentif à une éventuelle propagation des malheurs au Canada de l’investissement et du secteur manufacturier au reste de l’économie intérieure. « Nous serons également attentifs à tout changement de la politique budgétaire fédérale maintenant que l’élection est derrière nous », a-t-il ajouté, étant entendu que les banques centrales ne sont pas les seules à pouvoir donner un coup de pouce à la croissance.

Pendant ce temps, à Washington

Le hasard a voulu que la Réserve fédérale américaine fasse aussi le point mercredi sur sa politique monétaire. La Fed en a profité pour procéder à une troisième baisse consécutive d’un quart de point de pourcentage de son taux directeur pour le porter à l’intérieur de la fourchette de 1,5 % à 1,75 %.

Comme les deux autres fois, cette troisième réduction du loyer de l’argent en trois mois n’a pas fait l’unanimité des dix membres du Comité de politique monétaire de la Fed (FOMC), Esther George, de la Fed de Kansas City, et Eric Rosengren, de la Fed de Boston, ne voyant toujours pas la nécessité d’assouplir encore plus les conditions monétaires.

La banque centrale américaine semble maintenant vouloir faire une pause, son président, Jerome Powell, estimant, en conférence de presse, sa politique monétaire actuelle « appropriée », du moins tant que les États-Unis sembleront sur la voie de la « croissance économique modérée » prévue. Comme son homologue canadien, il a dressé le portrait d’un pays à l’économie intérieure relativement forte, mais de plus en plus plombée par le ralentissement économique mondial et le climat d’incertitude entretenu par les tensions commerciales.

Une première estimation de la croissance économique au troisième trimestre en a fixé le rythme annualisé à 1,9 % aux États-Unis, soit un peu moins que les 2 % enregistrés au trimestre précédent, mais en net retrait par rapport aux 3,1 % des trois premiers mois de l’année.