L’éolien en mer exploserait d’ici 20 ans, estime l’Agence internationale de l’énergie

À l’heure actuelle, 80% de la capacité mondiale est située en Europe, mais l’AEI dénombre présentement 150 projets de parcs éoliens en mer dans 19 pays différents, notamment en Asie.
Photo: Tobias Schwarz Agence France-Presse À l’heure actuelle, 80% de la capacité mondiale est située en Europe, mais l’AEI dénombre présentement 150 projets de parcs éoliens en mer dans 19 pays différents, notamment en Asie.

Absente du Québec et du Canada, l’énergie éolienne en mer est appelée à croître de façon exponentielle ailleurs dans le monde au cours des 20 prochaines années, estime l’Agence internationale de l’énergie (AEI) dans un rapport exhaustif publié vendredi.

Selon l’AEI, créée par les pays de l’OCDE dans la foulée de la crise pétrolière de 1973, les politiques actuelles et proposées pourraient avoir pour effet de multiplier par 15 la capacité des parcs éoliens en mer d’ici 2040.

En Europe, par exemple, la puissance installée de ces parcs pourrait passer de 19 gigawatts (GW) en 2018 à 127 GW en 2040. La Chine bondirait de 4 GW à 107 GW, tandis que les États-Unis, où plusieurs appels d’offres ont été lancés, passeraient de 0 à 38 GW.

Les prévisions augmentent davantage lorsqu’elles sont basées non pas sur les politiques annoncées, mais sur un objectif réel de carboneutralité. Sur le continent européen, cela pourrait faire de l’éolien la principale source d’électricité d’ici 20 ans, selon l’organisme. À l’heure actuelle, 80 % de la capacité mondiale est située en Europe, mais l’AEI dénombre présentement 150 projets de parcs en mer dans 19 pays différents, notamment en Asie.

« Certains pourraient se demander pourquoi j’ai décidé de consacrer autant de temps et d’énergie de l’AEI à ce rapport sur l’éolien offshore, une technologie qui ne fournit aujourd’hui que 0,3 % de la production énergétique mondiale », a écrit en introduction le directeur exécutif de l’organisme, l’économiste turc Fatih Birol. « La raison, c’est que son potentiel est presque illimité. Les progrès technologiques et de fortes baisses de coûts nous rapprochent de plus en plus de ce potentiel », a-t-il ajouté en évoquant la décarbonisation de la production d’électricité dans la lutte contre les changements climatiques.

Tout compte fait, les émissions de CO2 liées à l’énergie ont atteint un sommet en 2018, en partie à cause de l’usage du charbon. Les hydrocarbures représentent les deux tiers de la production énergétique, un niveau observé depuis une vingtaine d’années. Cela dit, « le marché mondial des éoliennes en mer a crû de près de 30 % par année de 2010 à 2018 », en raison des progrès de sa technologie.

Si la demande mondiale en électricité se chiffre à 23 000 TWh, le « potentiel technique » de l’éolien en mer serait de 36 000 TWh, croit l’AEI, dont le calcul se base sur des sites se trouvant à moins de 60 kilomètres d’une rive et d’une profondeur maximale de 60 mètres.

Le Québec et les États-Unis

Le Québec compte plus de 45 parcs éoliens, mais aucun qui ne soit situé au large. Dans un mémoire de 2015 en vue de la politique énergétique du gouvernement Couillard, l’Association canadienne de l’énergie éolienne avait soumis une explication financière. « La distance de la ressource éolienne en mer des principaux centres de consommation ne laisse pas présager dans un futur rapproché une justification économique pour la construction de projets éoliens en mer », avait-elle écrit.

Aux États-Unis, plusieurs projets sont en préparation. À 25 kilomètres d’Atlantic City, au New Jersey, la société danoise Orsted prévoit la construction d’Ocean Wind, un parc d’une puissance de 1,1 GW capable d’alimenter un demi-million de ménages.

Au large de Martha’s Vineyard, des investisseurs américains et danois prévoient la construction de Vineyard Wind, un ensemble de parcs dont la construction n’a pas encore commencé. Ses promoteurs estiment être capables de fournir de l’électricité à des centaines de milliers de ménages du Massachusetts et du Connecticut, mais aussi de la ville de New York, grâce à un autre parc qui serait à l’est de Long Island et au sud de Martha’s.