Québec préoccupé par les licenciements chez Lowe’s Canada

Une semaine après avoir nié vouloir délocaliser 200 emplois en technologies de l’information de son siège social canadien de Boucherville vers l’Inde, Lowe’s a décidé de supprimer environ 60 postes en comptabilité.
Photo: Alan Diaz Associated PRESS Une semaine après avoir nié vouloir délocaliser 200 emplois en technologies de l’information de son siège social canadien de Boucherville vers l’Inde, Lowe’s a décidé de supprimer environ 60 postes en comptabilité.

Les façons de faire de Lowe’s au Québec préoccupent le gouvernement Legault, qui reproche au géant américain de la rénovation de manquer de transparence depuis qu’il a mis la main sur le quincaillier Rona en 2016.

Une semaine après avoir nié vouloir délocaliser 200 emplois en technologies de l’information de son siège social canadien de Boucherville vers l’Inde, le détaillant a décidé d’éliminer environ 60 postes en comptabilité. « Quand on regarde la nouvelle […] cela veut dire que Lowe’s n’a pas donné les bonnes informations, a dit le premier ministre, François Legault, mercredi, en mêlée de presse à l’Assemblée nationale. Il semble y avoir une délocalisation. »

Interrogé à ce sujet, le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, a indiqué que Québec n’avait pas été mis au courant des intentions de l’entreprise établie à Mooresville, en Caroline du Nord. Celui-ci a dit qu’il voulait contacter le détaillant pour s’assurer que les 60 licenciements sont circonscrits et que cela ne soit pas « un début » qui pourrait mener à d’autres réductions d’effectif en raison d’emplois délocalisés. « Il faut lire entre les lignes. Si vous fouillez un peu sur Lowe’s, vous allez voir qu’il y a beaucoup de gens qui travaillent en Inde. On regarde Lowe’s, la manière qu’ils fonctionnent. On peut présumer que dans le temps, ils vont vouloir faire de la relocalisation. »

Dans un communiqué, l’entreprise américaine a justifié les licenciements en affirmant qu’elle cherchait « continuellement à contrôler » ses coûts et optimiser ses activités.

Achat québécois

Sans aller jusqu’à appeler à un boycottage de Lowe’s et de ses enseignes au Québec, MM. Legault et Fitzgibbon ont, chacun à leur manière, voulu lancer un message au géant américain. « Je ne vais pas commencer à lancer une série de boycottages, a lancé le premier ministre. Il y a des endroits dans certaines régions du Québec où il y a seulement un Rona. Mais moi, j’essaie d’acheter québécois dans des magasins québécois. »

Le ministre de l’Économie, même s’il ne fait « pas beaucoup de travaux » de rénovation chez lui, opterait pour un « magasin québécois » si c’était le cas. « Moi, j’irais ailleurs », a dit M. Fitzgibbon, après avoir pris soin de dire qu’il ne revenait pas au gouvernement de dire aux consommateurs où effectuer leurs emplettes.

De l’avis du ministre de l’Économie, Rona a « peut-être payé un prix » en passant dans le giron d’une entreprise américaine, puisque de nombreux consommateurs ont décidé de se tourner vers d’autres enseignes québécoises comme Canac et Patrick Morin.

De plus, M. Fitzgibbon a dit qu’il comptait interpeller son homologue fédéral, lorsque celui-ci sera nommé, dans le but de s’assurer du respect des engagements pris par Lowe’s à la suite de son acquisition de Rona. Le détaillant américain s’était notamment engagé à établir le siège social de ses activités canadiennes à Boucherville, où se trouvait celui de Rona, à maintenir les enseignes « multiples » du quincaillier québécois et à conserver la « vaste majorité » des employés et les « hauts dirigeants clés de la solide équipe de direction » de Rona.

Pour M. Fitzgibbon, l’objectif est de s’assurer que les fournisseurs de Rona, qui ont également ressenti les effets de la prise de contrôle du quincaillier, ne soient pas mis de côté. « C’est sûr qu’il y a eu des soubresauts parce que Lowe’s a des approvisionnements mondiaux qui sont différents, a-t-il affirmé. J’ai d’ailleurs des rencontres avec des gens de l’écosystème des fournisseurs. »

Pas de fournisseurs lésés

D’après le président et chef de la direction de l’Association québécoise de la quincaillerie et des matériaux de construction (AQMAT), Richard Darveau, le ministre de l’Économie devrait être rassuré lorsqu’il aura rencontré le milieu. « Moi, je ne connais pas de fournisseurs qui m’ont dit “On a été lésés”,  a expliqué M. Darveau. Là où il y a un problème, c’est que nos fournisseurs sont petits. Nos producteurs n’ont pas nécessairement l’envergure pour satisfaire un réseau qui est devenu plus gros. »

Souvent, lorsque des fournisseurs « perdent Rona », c’est parce qu’ils ne sont pas en mesure de répondre aux besoins du réseau canadien « plus grand » de Lowe’s, a dit le président de l’AQMAT.