WeWork sauvé par Softbank, au prix de son p.-d.g.

Le sauvetage de WeWork illustre la déchéance d’une entreprise qui a vu trop vite les choses en grand.
Photo: Scott Olson Getty Images / AFP Le sauvetage de WeWork illustre la déchéance d’une entreprise qui a vu trop vite les choses en grand.

La chute est violente pour WeWork : célébré il y a encore peu comme une des étoiles de l’économie du partage, le géant des espaces de travail partagés a dû se résoudre mardi à accepter l’offre de sauvetage de son actionnaire, au prix du départ définitif de son emblématique p.-d.g..

Le conseil d’administration de The We company, maison mère de WeWork, a accepté à contrecoeur une offre du groupe japonais SoftBank, prévoyant 5 milliards de dollars d’investissements supplémentaires en échange du contrôle de la société, a indiqué à l’AFP une source proche du dossier. SoftBank, qui détient actuellement 29 % du capital, en prendra le contrôle avec une participation d’environ 80 %, a précisé cette source.

Le plan de sauvetage de SoftBank, propriété du milliardaire nippon Masayoshi Son, implique le départ définitif de l’ancien p.-d.g. Adam Neumann, dont les frasques ont fini par lasser les milieux d’affaires et étaient devenues un repoussoir pour de potentiels investisseurs. L’extravagant patron ne conservera plus qu’une petite participation au capital et abandonnera sa casquette de président du conseil d’administration, a-t-on précisé. Pour autant, il ne part pas les mains vides : une partie des 5 milliards, soit 1,7 milliard, lui sera reversée.

Cette prise de contrôle par le groupe japonais est destinée à enrayer la chute spectaculaire de WeWork, dont la valorisation a fondu de près de 39 milliards de dollars en l’espace de quelques semaines. Sans cet apport financier, WeWork, relégué dans la catégorie des investissements spéculatifs par les agences de notation, se serait retrouvé à court de liquidités d’ici la fin novembre, estiment les analystes financiers.

500 milliards
C’est le montant supplémentaire qu’investira Softbank dans WeWork en échange de son contrôle.

WeWork, qui n’a pas souhaité faire de commentaires, devrait officialiser ces changements à l’issue d’un conseil d’administration mardi au cours duquel l’entreprise devait décider entre deux offres de sauvetage, dont l’une émanant de la banque JPMorgan Chase.

Le sauvetage de WeWork illustre la déchéance d’une entreprise qui a vu trop vite les choses en grand, confortée par des investisseurs prêts à passer beaucoup de choses aux « stars » de la nouvelle économie. Mais, comme avec Uber et Lyft, les interrogations se sont multipliées ces derniers mois sur la capacité de WeWork à être rentable et à faire face au ralentissement économique mondial, l’immobilier étant souvent l’un des premiers secteurs touchés.

WeWork, dont les bureaux ultramodernes sont souvent situés au coeur des mégalopoles comme Londres ou encore New York, a ainsi été contraint de renoncer en septembre à ce qui devait être l’une des introductions en Bourse les plus attendues de l’année. L’entrée à Wall Street aurait pu lui permettre de lever au moins 3 milliards et de bénéficier en plus d’une ligne de crédit de 6 milliards auprès de grandes banques.

En y renonçant, la société doit également sabrer les dépenses, notamment celles, luxueuses, de M. Neumann. Réputé pour dépenser beaucoup d’argent afin d’alimenter sa rapide expansion, le groupe a encore accusé en 2018 une perte de 2 milliards pour un chiffre d’affaires de 1,82 milliard.

WeWork devrait en outre lancer une grande restructuration comprenant la vente d’actifs non stratégiques et des suppressions d’emplois, selon des sources proches du dossier. Au fil des ans, et des intérêts de son ancien patron, le groupe avait notamment investi dans l’activité de colocation avec WeLive, dans l’éducation avec WeGrow, et dans le réseau social Meetup.

Adam Neumann a réinventé le concept de bureaux partagés et a donné à WeWork une image d’entreprise à la fine pointe et hipster qui lui a valu un succès fulgurant en seulement quelques années. Mais son style de gestion, ses méthodes comptables controversées et d’apparents conflits d’intérêts ont entamé l’enthousiasme des investisseurs.

WeWork gère aujourd’hui plus de 500 sites répartis dans une trentaine de pays, et emploie 12 500 salariés.

Avec Le Devoir