Zuckerberg croit la libra essentielle à la «prédominance» américaine

Mark Zuckerberg croit le projet libra nécessaire, notamment pour contrer la montée en puissance de la Chine.
Photo: Andrew Caballero-Reynolds Agence France-Presse Mark Zuckerberg croit le projet libra nécessaire, notamment pour contrer la montée en puissance de la Chine.

Le projet de monnaie numérique de Facebook, la libra, permettrait de « perpétuer la prédominance du système financier américain » dans le monde, a argumenté Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, dans un discours qu’il doit prononcer mercredi devant une commission parlementaire américaine.

Dans ses remarques préliminaires publiées mardi, il décrit la libra comme une innovation financière majeure, nécessaire notamment pour prémunir le pays contre la montée en puissance de la Chine dans le secteur des cryptomonnaies.

Prévue pour être lancée en 2020, la libra fait face à une levée de boucliers de la part de nombreux gouvernements dans le monde, qui y voient une menace pour la souveraineté économique des États. « Pendant que nous débattons, le reste du monde n’attend pas. La Chine se prépare activement à lancer des idées similaires dans les mois qui viennent », considère Mark Zuckerberg. « La libra sera essentiellement adossée aux dollars, et je pense qu’elle va perpétuer la prédominance du système financier américain ainsi que nos valeurs démocratiques dans le monde. Si l’Amérique n’innove pas, notre prédominance financière n’est pas garantie », insiste-t-il.

Le jeune milliardaire a reconnu que les bévues de Facebook sur le respect de la vie privée et la protection des données personnelles peuvent donner l’impression que le réseau social « n’est pas le messager idéal en ce moment ». Mais il a rappelé l’objectif affiché du projet — soutenir les personnes exclues du système bancaire actuel, notamment les migrants — et la structure de la gouvernance prévue, à savoir un conseil indépendant composé d’entreprises et d’organisations à but non lucratif.

Pendant que nous débattons, le reste du monde n’attend pas

« Les gens paient un prix trop élevé et doivent attendre beaucoup trop longtemps pour envoyer de l’argent à leur famille à l’étranger », dit-il. « Le projet libra doit permettre une meilleure inclusion financière, à bas prix […]. La recherche montre que l’accès aux services financiers peut aider à sortir les gens de la pauvreté. Nous pensons que ce problème peut être résolu, et nous voulons faire partie de la solution », continue-t-il.

Le secrétaire au Trésor américain, Steven Mnuchin, a réitéré mardi son opposition pour l’heure à ce projet, estimant que de nombreux sujets d’inquiétude n’étaient pas réglés, comme « la question du blanchiment d’argent ».

L’enquête antitrust s’élargit

S’ajoute aussi une enquête antitrust élargie. Ils n’étaient même pas 10, ils sont désormais 45 États américains à enquêter sur la gestion des données personnelles et les pratiques commerciales de Facebook, déjà sous le coup de plusieurs investigations des autorités aux États-Unis.

« Après des entretiens avec des procureurs des deux bords politiques dans tout le pays, j’annonce aujourd’hui que nous avons largement étendu la liste d’États, de districts et de territoires qui enquêtent sur de potentielles infractions au droit de la concurrence par Facebook », a déclaré mardi Letitia James, procureure générale de l’État de New York. La coalition qui a lancé cette vaste enquête début septembre compte désormais 47 procureurs généraux, « tous inquiets que Facebook ait pu mettre en danger les données des consommateurs, réduire la qualité des choix s’offrant à eux et augmenter le prix de la publicité », a-t-elle ajouté.

« Facebook a joué un rôle majeur dans le façonnement de l’économie numérique mondiale […] », a déclaré Dana Nessel, procureure générale du Michigan. « Aujourd’hui, nos données personnelles constituent la principale matière première de cette économie, […] et il est de mon devoir de m’assurer que les résidents du Michigan ne continuent pas à voir leurs données personnelles pillées par un acteur monopolistique en quête de contrôle des plateformes sociales et des marchés publicitaires. »

Le géant américain des réseaux sociaux a vu les fronts judiciaires se multiplier aux États-Unis cet été, comme d’autres entreprises de la Silicon Valley (Google et Apple notamment). Début juin, la commission judiciaire de la Chambre des représentants a annoncé l’ouverture d’une enquête, soutenue par des élus des deux partis, sur « la concurrence sur le marché numérique ». Au niveau fédéral, une vaste enquête sur d’éventuelles pratiques anticoncurrentielles des grands groupes technologiques a été lancée fin juillet par le département de la Justice.

À la même période, Facebook écopait d’une amende record de 5 milliards de dollars, infligée par la FTC, l’autorité américaine de régulation des communications, pour ne pas avoir su protéger les données personnelles de ses utilisateurs.