Les gouvernements n’ont plus droit à l’erreur, dit le FMI

Le FMI estime que la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis entraînera une réduction cumulée du produit intérieur brut (PIB) mondial de 0,8% d’ici 2020.
Photo: Brendan Smialowski Agence France-Presse Le FMI estime que la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis entraînera une réduction cumulée du produit intérieur brut (PIB) mondial de 0,8% d’ici 2020.

Les guerres commerciales ont contribué à faire tomber l’économie mondiale à son niveau le plus bas depuis la dernière récession, déplore le FMI. Les gouvernements n’ont désormais plus droit à l’erreur.

Le Fonds monétaire international (FMI) a abaissé, mardi, ses prévisions économiques mondiales pour la cinquième fois en un an. Désormais fixées à 3 %, plutôt que 3,2 % comme en juillet ou 3,9 % un an auparavant, ses projections de croissance pour cette année s’avéreraient « le rythme le plus lent depuis la crise financière » en 2008-2009, observe en avant-propos des Perspectives de l’économie mondiale l’économiste en chef de l’institution, Gita Gopinath.

Ce tassement de la croissance est largement la conséquence de l’impact de l’escalade des tensions commerciales et géopolitiques sur le climat d’incertitude et la confiance en l’avenir des chefs d’entreprise, des investisseurs et autres acteurs du commerce mondial, explique le FMI.

Les premiers à en accuser le coup sont les États-Unis, qui ont tout commencé et où la croissance devrait passer de 2,9 % l’an dernier à 2,4 % cette année et à 2,1 % l’an prochain, et la Chine, qui a été la principale cible de leurs attaques et où la croissance devrait dégringoler de 6,6 % en 2018 à 6,1 % cette année et à 5,8 % en 2020. Le FMI estime aussi que la guerre commerciale entre les deux pays entraînera une réduction cumulée du produit intérieur brut (PIB) mondial de 0,8 % d’ici 2020.

Pour une génération

En effet, les deux géants ne seront pas les seuls à subir les conséquences de leur conflit, avait déjà prévenu la semaine dernière la nouvelle directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, qui parlait d’un « ralentissement économique synchronisé ». Ainsi, si 75 % de l’économie mondiale accélérait il y a seulement deux ans, c’est maintenant 90 % qui est en décélération.

« Même en cas de rebond de la croissance en 2020, les désaccords [commerciaux] actuels pourraient entraîner des changements qui perdureront pendant une génération », avait déclaré la successeure de Christine Lagarde.

Le Canada devrait se maintenir autour de la moyenne des économies avancées (1,7 % en 2019 et 2020) avec un taux de croissance de 1,5 % cette année et de 1,8 % l’an prochain.

Les nouvelles prévisions du FMI ne tiennent pas compte de l’annonce par Washington et Pékin, vendredi, de la conclusion d’un « accord partiel » suspendant leur escalade de tarifs douaniers que Gita Gopinath a dit, mardi, accueillir « favorablement ». Cependant, si l’accord en question devait effectivement entrer en vigueur, il augmenterait tout au plus le PIB mondial de 0,1 à 0,2 point de pourcentage, la situation s’étant déjà tellement dégradée.

Plus d’erreur possible

Les banques centrales font pourtant tout leur possible pour stimuler la croissance à coups de baisses des taux d’intérêt et autres moyens d’assouplissement monétaire. Contrairement à ce qu’affirme le président Donald Trump, qui ne manque jamais une occasion de blâmer la Réserve fédérale américaine pour les difficultés économiques des États-Unis, « ces mesures de relance [des banques centrales] ont contribué à compenser les effets néfastes des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine », observe Gita Gopinath.

Mais avec une croissance économique mondiale tombée aussi bas, poursuit-elle, les dirigeants politiques ne disposent désormais « d’aucune marge d’erreur et doivent coopérer pour atténuer de toute urgence les tensions commerciales et géopolitiques ». Le FMI presse tous les gouvernements disposant encore d’une certaine marge de manoeuvre budgétaire de se joindre à l’effort en investissant « dans les infrastructures pour se préparer aux changements climatiques ».