Thomas Piketty au «Devoir»: les inégalités évitables de nos sociétés

Thomas Piketty récidive, cet automne, avec une nouvelle brique de presque 1200 pages intitulée: «Capital et idéologie».
Photo: Joel Saget Agence France-Presse Thomas Piketty récidive, cet automne, avec une nouvelle brique de presque 1200 pages intitulée: «Capital et idéologie».

L’échec de la révolution conservatrice des années 1980 et de son « hypercapitalisme » a plongé le monde dans un climat de crise propice à un retour à un modèle de développement plus juste, estime Thomas Piketty dans son nouvel ouvrage-fleuve. Mais ce changement de cap ne se fera pas tout seul. Il demandera, notamment, qu’on se débarrasse des carcans idéologiques qui nous empêchent d’envisager d’autres voies qui ne seraient pourtant pas si originales.

La dernière crise économique, la colère grandissante des populations contre le creusement des inégalités et l’accélération de l’urgence climatique ont toutes contribué à une remise en cause de plus en plus forte du virage économique et politique enclenché par l’Américain Ronald Reagan et la Britannique Margaret Thatcher au tournant des années 1980, a observé cette semaine l’économiste français en entretien téléphonique au Devoir.

« Mais on ne peut pas simplement compter sur les crises économiques, sociales ou climatiques pour mener à un système plus juste. Les crises sont peut-être nécessaires, mais elles ne sont jamais suffisantes parce qu’elles peuvent aussi déboucher sur des solutions qui ne sont pas les bonnes », dit-il, citant notamment les « dérives identitaires et xénophobes actuelles ».

Auteur, en 2013, du volumineux traité sur les inégalités et improbable best-seller (2,5 millions d’exemplaires vendus), Le capital au XXIe siècle, Thomas Piketty récidive, cet automne, avec une nouvelle brique de presque 1200 pages intitulée Capital et idéologie et qui atterrira en librairie la semaine prochaine. S’appuyant, encore une fois, sur des masses de données historiques originales, il y poursuit sa traque des tendances en matière d’inégalités au fil des siècles, mais en l’étendant, cette fois, au-delà des seuls pays occidentaux. Aidé de sondages, de travaux d’experts, mais aussi d’ouvrages littéraires, il s’est aussi intéressé aux idéologies servant, chaque fois, à justifier l’état de la situation.

De cette analyse historique, il constate la réduction à long terme des inégalités en matière de richesse, d’éducation ou de santé, particulièrement durant la période allant de la naissance de l’État-providence, dans les années 1930, à la « révolution conservatrice » des années 1980 et 1990. On y voit aussi que cette tendance à long terme n’est pas exempte de détours et de reculs, notamment ces dernières années, durant lesquelles on a justifié le fort accroissement des inégalités en sacralisant la propriété privée, en portant aux nues les stars multimilliardaires du Web, en culpabilisant la masse des perdants du système et en mettant en garde contre les dangers de toute remise en cause.

L’étude de toutes ces trajectoires historiques montre pourtant qu’aucun état de fait n’est « naturel », mais qu’il découle plutôt de l’évolution de la réalité, des particularités de chaque société, des hasards de la vie, du choc des idées et des rapports de force politiques et économiques. « Rien, jamais, n’est inéluctable », dit l’économiste de 48 ans.

À preuve la Suède qui, avant de devenir en quelques années seulement « la quintessence de la société sociale-démocrate égalitaire » que l’on connaît, avait un système « hyperinégalitaire » valorisant tellement les riches propriétaires qu’un seul d’entre eux pouvait détenir la majorité des voix aux élections des communes où ils habitaient. Autre preuve, l’Inde où, contrairement à l’Europe ou aux États-Unis actuellement, les discours nationalistes et xénophobes ne sont toujours pas parvenus à diviser politiquement les pauvres issus des communautés hindoue et musulmane parce qu’elles trouvent un intérêt commun à défendre des politiques leur étant favorables à toutes les deux.

L’importance des idées

« Un message central de mon livre est que la lutte des idées et des idéologies est encore plus importante que les luttes sociales et politiques, dit Thomas Piketty. C’est facile de dire qu’on veut se débarrasser des règles actuelles, mais c’est encore mieux de dire par quoi on veut les remplacer. Il faut prendre les idéologies au sérieux. »

Il ne fait pas de doute, à ses yeux, que le modèle économique et politique en vogue depuis une trentaine d’années est un échec, y compris sur le plan économique. Aussi serait-il temps de s’engager sur la voie d’un nouveau « socialisme participatif » qu’il situe « complètement aux antipodes du communisme étatique hypercentralisé qui a été un échec dramatique au cours du XXe siècle », mais qui serait aussi « très différent de cette espèce d’hypercapitalisme qui sacralise la richesse hyperconcentrée ». L’économiste présente une série de propositions souvent inspirées de précédents historiques abordés en première partie de son livre.

Du modèle de cogestion germanique, il tire, par exemple, l’idée d’attribuer aux employés 50 % des sièges aux conseils d’administration des compagnies et de plafonner les droits de vote des plus grands actionnaires. Les impôts fortement progressifs, que les États-Unis et le Royaume-Uni ont maintenus pendant des décennies, lui font croire qu’on pourrait taxer à 70 %, voire à 90 %, non seulement les revenus, mais aussi les propriétés des très riches afin de financer notamment un revenu de base universel ainsi qu’une dotation en capital qui serait versée à chaque jeune adulte.

Faire son chemin

Mêlé à plus d’un combat en France, où il est proche du Parti socialiste, comme sur la scène internationale, où il s’est associé, entre autres, au Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz dans la lutte pour que les multinationales payent leur juste part d’impôts, Thomas Piketty est loin de faire l’unanimité dans les communautés des économistes. Il le leur rend bien d’ailleurs dans son dernier livre, où il se dit « convaincu qu’une partie de notre désarroi démocratique contemporain » provient de la déconnexion des sciences économiques des autres sciences sociales ainsi que du dangereux sentiment d’incompétence de la population face aux économistes.

Et puis, le professeur et directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales à Paris pourrait aussi se rassurer en se disant que certaines de ses idées font leur chemin. On avait presque ri de lui, il y a seulement six ans, lorsqu’il avait proposé de réduire les inégalités en taxant le patrimoine des plus riches, rappelait cette semaine la revue britannique The Economist. Or, d’autres économistes ont commencé à se rallier à l’idée, et, peut-être plus important encore, la proposition se retrouve dans les plateformes politiques de plusieurs des candidats à l’investiture démocrate en vue des prochaines élections présidentielles américaines.

Capital et idéologie

Thomas Piketty, Éditions du Seuil, Paris, 2019, 1198 pages

19 commentaires
  • Raynald Blais - Abonné 12 octobre 2019 02 h 32

    Collaboration idéologique

    Contrairement à ce qu'avait démontré M. Karl Marx, la lutte de classe est le moteur de la société humaine, M. Thomas Piketty affirme que "la lutte des idées et des idéologies est plus importante que les luttes sociales et politiques". Selon le socialisme scientifique (le marxisme), les idées et les idéologies sont plutôt dépendantes de la lutte de classe.
    Dans les pays impérialistes, où l'inertie économique est alimentée par un marché mondial saturé, les idéologies défendant la collaboration de classe, absolument nécessaire pour conquérir de nouveaux marchés par la force, reviennent à la mode. Elles sont une tentative désespérée de la classe bourgeoise pour défendre ses intérêts, sans lutte de classe pour l'en empêcher.
    M. Piketty est de cette tendance sociale-démocrate par laquelle les classes seront maintenues dans un nouveau "socialisme participatif" (ou capitalisme humaniste), par lequel est promis justice, égalité et paix. Si la réalisation de l'idéologie de M. Piketty dépend de la collaboration entre classes, alors la lutte idéologique n'est pas plus importante que la lutte de classe. Elle repose sur son absence souhaitée.

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 12 octobre 2019 12 h 28

      "Socialisme scientifique" en faisant référence au marxisme, c'est un peu fort la dose de café! La science se distingue par sa capacité de générer des hypothèses vérifiables ou falsifiables. Elle utilise une épistémologie prescriptive, c.-à-d. ce qu'on désigne sous l'expression de méthode scientifique. Le marxisme comme la psychanalise, non! Ce sont des doctrines et non pas des théories scientifiques. Désolé, mais il ne faut pas confondres carottes et pommes.

    • Raynald Blais - Abonné 12 octobre 2019 15 h 23

      Merci M. Cotnoir

    • Raynald Blais - Abonné 12 octobre 2019 17 h 27

      Effectivement, le marxisme, en tant qu'idéologie, dépend de la lutte de classe.

  • Nadia Alexan - Abonnée 12 octobre 2019 05 h 30

    Le temps est venu pour que les riches et les entreprises payent leur juste part d'impôts pour réduire les inégalités.

    Merci, monsieur Éric Desrosiers, pour un compte rendu très valable du nouveau livre du professeur célèbre Thomas Piketty. Ses propos de taxer les riches pour réduire les inégalités encouragent ceux et celles qui revendiquent une meilleure distribution de la richesse.
    Déjà, après la Seconde Guerre mondiale, les plus riches des États-Unis étaient taxés à titre de 90% sur leurs profits. De même, au Canada, l'imposition était de 56% aux plus hauts échelons.
    Par contre, maintenant, les riches et les grandes entreprises ne payent que 4% de taxes, s'ils en payent du tout, selon la fiscaliste, Brigitte Alepin, dans son livre: «Ces riches qui ne payent pas d'impôts».
    Les Panama Papers ont révélé que les riches et les grandes entreprises ont recours à l'évasion fiscale, par le biais légal des paradis fiscaux, des échappatoires fiscales et d'autres moyens d'évitement qu'ils appellent, en bel euphémisme, de «l'optimisation fiscale». Le temps est venu pour une meilleure distribution de la richesse par une fiscalité juste et équitable.

    • Ève Marie Langevin - Abonnée 13 octobre 2019 12 h 09

      Bien d'accord Mme Alexan, oui un bon article d'introduction à ce penseur ! Et il serait bien que les journalistes nous rappelent régulièrement ces chiffres de taxation des super-riches du passé que le mouvement (2011) a appelé ''le 1%'', et que la plupard des jeunes ignorent et que les vieux ont oublié ou ignoré aussi... Cela a déjà été possible, pourquoi pas maintenant ? Il faut interpeller nos '' représentants'' et candidats aux élections encore et encore à ce sujet, avec des données précises que nous pourrons facilement mémoriser en les ayant vues/lues souvent... et se munir de persévérance devant leur résistance à payer leur ''juste part''.
      Ce surplus d'argent dont plusieurs ne savent que faire pourrait être déposé dans de nouvelles fiducies gouvernementales à vocation sociale et environnementale avec des plans sur 15 ou 25 ans, afin de les placer à l'abri des changements de gouvernements et de tendances ou autre façon d'appliquer ce vieux slogan des communistes qui nous faisait rire quand nous étions les jeunes de ces tristes années '80 ''Faisons payer les riches'' mais qui, de plus en plus, gagne en pertinence...

  • Yvon Montoya - Inscrit 12 octobre 2019 06 h 55

    Leger comme recension d’un essai passionnant. « Se débarrasser des carcans idéologiques qui nous empêchent d’envisager d’autres voies (...). », «  les dérives identitaires et xénophobes » de nos jours, Thomas Piketty nomme tout ceci que nous lisons dans votre papier: « nationalisme »... pas une seule fois vous le dites alors que T. Piketty le répète souvent face a la montée des Droites extrêmes Nationalistes ( le Bloc Québécois avec ses 4 islamophobes ou autres membres du PQ en relation avec le Parti de Marine Le Pen sont exemplaire a ce sujet) ici comme ailleurs. T. Piketty dira aussi qu’il préfère le Parti des Insoumis de Mélenchon au Parti Socialiste ( parti s’inspirant faute de mieux de Piketty). D’ailleurs il fut un conseiller du Parti espagnol Podemos. C’est tres a Gauche... Lisez cet essai passionnant entièrement la prochaine fois, vous aurez de meilleurs éléments pour écrire un véritable papier qui ne serait pas, comme le votre, un résumé de la presse française parce que vous ne parlez pas vraiment du contenu qui mérite pourtant d’etre lu et connu. Merci..

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 12 octobre 2019 11 h 57

      Je comprends rien à ce que vous qualifiez d'exemplaire. Il est simplement évident que muselr un débat pourtant nécessaire sur le nombre et sur la nature de l'immigration, en faisant croire qu'elle est continuellement positive alors que l'immigration n'est qu'un instrument politique comme un autre, ne peut que frustrer une population qui n'a d'autre choix que de se tourner, faute d'alternative, vers des boucs émissaires plutôt que vers les réels responsables.

      On démonise toujours le FN, les extrêmes droites, la meute, etc. Et maintenant 4 bloquistes ou le PQ, alors que c'est tellement simple. Il s'agit d'être cohérent quand on lit les nouvelles pour se rendre compte que plein d'immigrants ici sont démunis et incapable pendant longtemps d'être des actifs. Il aurait simplement fallu les refuser s'ils n'étaient pas, en arrivant, susceptible de combler presqu'immédiatement un besoin (qui peut être social et culture, pas juste économique).

      De cette manière l'immigration ne sera pas un poids, mais un instrument positif pour la collectivité, et surtout pas une dépense qui entretient du ressentiment pour ceux ici qui se sentent négligés.

      Une fois que cela est dit, c'est simple, on diminue considérablement les seuils et on ferme, cette abbération qu'est le Chemin Roxham. On ne peut pas garder cette passoire et en même temps s'attendre à ce que les citoyens soient compréhensifs. Le Qc vient d'obtenir 250 millions pour les années 2016-17, ça va sans doute durer 4 ans. Donc on peut chiffrer à 1 milliard le cout de cette brèche.

      C'est complètement ridicule. On peut faire énormément de choses avec ce milliard, mais il est évident que tous ces migrants ne viennent certainement pas consolider le français à MTL. D'où le ressentiment.

      Alors? Alors le fait d'être scandalisé contre toute forme de montée de l'extrême-droite me montre que l'on abandonne la base, revenir à l'idée qu'il faille agir dans l'intérêt de l'état-nation. La « diversité » est un mythe.

  • François Beaulé - Abonné 12 octobre 2019 08 h 55

    La qualité des délibérations politiques au cœur des succès de la Suède

    « la lutte des idées et des idéologies est encore plus importante que les luttes sociales et politiques »

    La Suède n'est pas un lieu de lutte idéologique, non plus que sociale. Le cheminement des Suédois est beaucoup plus pragmatique que cela. Il repose sur l'exceptionnel « capital » social et moral de ce peuple, lui-même lié à son homogénéité, à sa situation géographique et à la religion luthérienne. La qualité des délibérations politiques qui en résulte permet aux Suédois de définir collectivement l'évolution de leur mode de vie et la répartition de la richesse. La cohésion sociale, qui va de pair avec la notion morale du bien commun, est plus importante que l'idéologie et les luttes, contrairement à ce que prétend Piketty. C'est aussi l'erreur fondamentale de la France, née d'une révolution.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 12 octobre 2019 11 h 46

      J'ai beaucoup apprécié votre commentaire. Les Québécois (maitres chez-nous) ont pu tenter ce genre d'expérience et cela a été très profitable. Depuis que notre expérience postmoderne nous fait toucher à de la complexité (très américaine en fait), notre attention est divertie par des enjeux mineurs qui prennent une importance disproportionnée. Bien qu'intellectuellement, un groupe ait presque des intérêts infinis, politiquement, il n'y a qu'une attention politique limitée. D'où l'importance de l'homogénéité, de l'unité.

      A titre d'exemple, toute la perte d'énergie autour de Slav ou le PL21 nous empêche de nous concentrer sur ce qui compte vraiment : quel choix économiques et politiques devont nous faire pour le bien du plus grand nombre. Il est évident que faire 2 CHUM est une perte de temps, d'énergie et de ressources collectives. Les milliards dans le fonctionnement et la création de 2 chum auraient pu être investis dans des projets productifs, notamment une réforme de l'UQAM et un plan de logement (l'ilot voyageur) cohérent. Les quelques milliards par année que nous perdons ne sont pas investis dans des projets structurants.

      Ainsi si l'on est capable d'être bien ici, on pourrait être alors vraiment mieux quand on constate l'étendue de ces gaspillages, mais ça, ça n'est pas les «inégalités» qui l'ont causé, mais bien les tensions politiques et la lutte pour miner la capacité du Québec de se doter d'une cohérence culturelle/économique/politique/sociale.

      Votre commentaire est en ce sens TRÈS utile.

    • Serge Brosseau - Abonné 12 octobre 2019 14 h 54

      Excellente réflexion. La notion de bien-être collectif. Une alternative à la lutte des classes qui sied mieux aux Suédois et au Québécois. Merci de votre réflexion. JR

    • Serge Brosseau - Abonné 12 octobre 2019 15 h 05

      Opinion partagée.

    • Ève Marie Langevin - Abonnée 13 octobre 2019 12 h 30

      Pourquoi faut-il toujours opposer une opinion à une autre ? L'importance de la cohésion sociale n'est-elle pas issue d'une idéologie et les idéologies ne naissent-elles pas de cet état ou manque de cohésion sociale ? Plus profondément, il faut, me semble-t-il, comprendre dans quel ferment naissent des idéologies comme celle du Front national en France au lieu de les humilier, cela serait plus productif socialement et nous donnerait de nouvelles solutions au lieu de tomber dans le piège de la simple opposition et contre-opposition.
      Le temps est aussi venu d'examiner nos réflexes et réactions mentales/angles morts (y compris les miens)... aussi comme fondement politique.

  • Robert Bernier - Abonné 12 octobre 2019 09 h 15

    Attendu avec impatience

    Pour avoir lu avec un étrange bonheur intellectuel -et jusqu'au bout- l'improbable best-seller "Le capital au XXIe siècle", c'est avec une grande impatience que j'attends cette nouvelle brique de Piketty. Pour en avoir lu quelques extraits dans Le Monde il y a quelques semaines ( https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/09/04/le-nouveau-livre-de-thomas-piketty-un-eclairage-du-regime-inegalitaire-neoproprietariste-actuel_5506374_3232.html ), je devine qu'il regorgera de fines analyses où l'on découvre ce que la science (est-ce une science?) économique se montre à la hauteur de ce qu'elle devrait être: une analyse des possibles humains. La pensée économiste n'est pas un furoncle sur le nez des humains: elle doit faire partie intrinsèquement de toute pensée se présentant comme "humaniste" si la maxime humaniste est bien celle selon laquelle "rien de ce qui est humain ne m'est étranger". J'écrivais, de façon un peu lyrique, dans "L'enfant, le lion, le chameau":

    "Quant à moi, la science économique n’est pas autre chose qu’une branche de la philosophie morale: en fait, c’est la philosophie morale appliquée, descendue sur terre. Adam Smith était un moraliste avant de se transformer en économiste parce qu’il avait compris que toute action morale est nécessairement posée dans un monde matériel limité.
    ...

    La vie en société se déroule inexorablement sur fond économique. Et il en a toujours été ainsi. De tout temps, les échanges entre individus ou entre clans et l’importance d’évaluer l’équivalence des biens échangés –ce gros poisson vaut-il vraiment mes deux fourrures?- ont occupé une part importante de l’activité humaine.
    ...
    Autant en prendre son parti et réaliser qu’il y a là-dedans, dans la science économique et dans la réalité de l’argent, beaucoup à apprendre ‘en vérité’ sur l’être humain. Il y a là de belles complexités et subtilités pour aiguiser notre intelligence tout en la rendant plus humaine, plus incarnée."

    Et je le pense toujours.