Les États-Unis et la Chine arrivent à un accord commercial partiel

Le vice-premier ministre Liu He, négociateur principal du camp chinois, prêtant l’oreille à Donald Trump dans le Bureau ovale, vendredi après-midi
Photo: Andrew Harnik Associated Press Le vice-premier ministre Liu He, négociateur principal du camp chinois, prêtant l’oreille à Donald Trump dans le Bureau ovale, vendredi après-midi

Donald Trump a annoncé vendredi un accord commercial partiel mais « très important » avec la Chine, portant sur des achats agricoles substantiels par Pékin, la propriété intellectuelle et les services financiers.

En échange, la Chine a obtenu que le président américain renonce à l’augmentation de 25 à 30 % des tarifs douaniers punitifs sur 250 milliards de dollars d’importations chinoises aux États-Unis, qui devait entrer en vigueur mardi. M. Trump n’a pas encore renoncé à l’idée d’imposer des tarifs supplémentaires de 160 milliards sur les produits chinois à compter du 15 décembre, ce qui aurait pour effet d’étendre les sanctions à essentiellement tout ce que la Chine expédie aux États-Unis. Les tarifs du 15 décembre couvriraient un large éventail de biens de consommation, y compris les vêtements, les jouets et les téléphones intelligents, et seraient probablement ressentis par les acheteurs américains.

« Nous sommes parvenus à un accord très important de phase 1 », a dit le président américain à la presse dans le Bureau ovale après une rencontre avec Liu He, le principal négociateur chinois, en compagnie du secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, et du représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer. « Il y avait beaucoup de frictions entre la Chine et les États-Unis, maintenant c’est l’amour ! », a-t-il lancé, indiquant que deux autres phases restaient à venir.

Il reste toutefois encore à coucher sur le papier les termes de la négociation. Un processus qui, selon l’hôte de la Maison-Blanche, pourrait prendre quatre à cinq semaines. Il n’a pas exclu de signer, « ou pas », un document avec le président chinois, Xi Jinping, au Chili lors du sommet de l’Association des pays riverains du Pacifique. M. Mnuchin, qui s’exprimait devant le président, s’est montré prudent. « Nous avons une entente fondamentale sur les points clés. Nous avons fait beaucoup de progrès, mais il nous reste encore du travail à faire », a-t-il relevé. « Nous ne signerons pas un accord tant que nous ne pouvons pas dire au président que tout est couché sur le papier. »

Cette phase 1, à en croire M. Trump, comprend des achats de biens agricoles pour 40 à 50 milliards de dollars par an. Le président a longuement insisté sur ce montant, qui est environ deux fois et demie plus élevé que le pic des achats de la Chine. La Chine importait en 2017 pour 19,5 milliards de dollars de produits agricoles américains, un nombre tombé à un peu plus de 9 milliards en 2018.

« Je recommande dès à présent à nos agriculteurs d’acheter plus de terres et des plus gros tracteurs » pour répondre à la hausse de la demande, a plaisanté le président. Les agriculteurs — qui constituent une partie de sa base électorale — ont beaucoup souffert de la guerre commerciale déclenchée il y a plus de 18 mois pour forcer la Chine à négocier. Le gouvernement américain a débloqué 28 milliards de dollars d’aide fédérale afin d’atténuer leurs pertes.

L’entente trouvée vendredi avec la Chine comprend aussi des éléments sur la propriété intellectuelle — un droit souvent bafoué en Chine —, une plus large ouverture du secteur des services financiers chinois et un volet sur les taux de change.

Pour sa part, le négociateur chinois a, lui, parlé de « progrès substantiels dans de nombreux domaines ».

« Nous sommes contents », a ajouté Liu He, laissant entendre que les discussions allaient continuer. Le quotidien gouvernemental de langue anglaise China Daily avait poussé vendredi dans le sens d’un accord partiel, le jugeant « plus réaliste » et permettant de « mettre fin à l’impasse » de la guerre commerciale.

Le sort du groupe de télécoms chinois Huawei, que les États-Unis ont lourdement sanctionné, l’accusant de collaborer avec les services de renseignement de Pékin, n’est pas partie prenante de l’accord.

À l’origine, Washington voulait un accord large avec des réformes structurelles significatives sur le transfert forcé de technologie ou les subventions aux entreprises chinoises. Le président républicain s’est dit persuadé que cet accord sera encore plus large à terme.