Taxe carbone: le Canada se fait rappeler à l'ordre par le FMI

L'industrie pétrolière canadienne serait particulièrement touchée par une augmentation de la taxe carbone.
Photo: Jeff McIntosh La Presse canadienne L'industrie pétrolière canadienne serait particulièrement touchée par une augmentation de la taxe carbone.

Le FMI aux partis politiques et aux électeurs canadiens : la crise climatique est réelle et urgente ; la tarification du carbone est le moyen le plus efficace de réduire les GES ; votre tarification est loin d’être suffisamment élevée ; des mesures plus énergiques ne nuiraient pas à votre économie, au contraire.

Le document d’une trentaine de pages est un chapitre analytique tiré du prochain rapport du Fonds monétaire international sur la situation des finances publiques des pays de la planète. La plupart des faits qu’on y retrouve sont déjà connus et ont même été ressassés plus d’une fois par toutes sortes d’experts et d’institutions reconnues, mais le fait qu’ils viennent, cette fois, d’une organisation économique internationale aussi sérieuse et aussi à l’abri que possible de l’accusation de parti pris environnemental que le FMI leur confère un poids supplémentaire.

Ils tombent particulièrement bien au Canada, où une campagne électorale fédérale bat son plein et dans laquelle la question de la crise climatique s’impose comme l’un des principaux enjeux.

À tous ceux, comme le chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, qui douteraient encore des scientifiques et de l’importance du problème, le FMI répète, d’entrée de jeu, que « le réchauffement climatique est devenu une menace évidente et immédiate ».

Aux autres, comme le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, qui doutent de l’utilité d’une tarification des émissions de gaz à effet de serre (GES) comme moyen de lutte, le FMI poursuit en affirmant que « la taxe carbone est l’instrument le plus puissant et le plus efficient pour cela ». Quant aux dommages qu’une telle mesure pourrait infliger à la croissance économique, l’institution internationale fait observer que la Suède s’impose actuellement une taxe carbone de 127 $US la tonne (169 $CAN) qui l’a aidée à réduire ses émissions de GES de 25 % par rapport à 1995 sans empêcher son économie de croître de 75 %.

Le juste prix

Mais pour inciter les entreprises et les consommateurs à modifier leurs comportements, le signal de prix envoyé par la taxe carbone doit être assez fort. En ce moment, seulement une cinquantaine de pays ont mis en place une forme ou l’autre de tarification, pour un prix mondial moyen du carbone — une fois pris en compte le niveau de ces taxes et leur portée — d’à peine 2 $US la tonne. Or, pour rester sur la trajectoire d’un réchauffement de la planète limité à 2 °C, il faudrait que cette moyenne mondiale soit au moins de 75 $US la tonne, dit le FMI.

Au Canada, ce prix est actuellement d’environ 20 $CAN (15 $US) et doit augmenter graduellement jusqu’à 50 $CAN (37,50 $US) en 2022, après quoi les principaux partis n’osent pas dire ce qui devra arriver, à part le Parti vert qui s’en remet à l’opinion d’économistes qui évoquent, à terme, un prix de 300 $CAN la tonne. Qu’ils sachent seulement que, selon le FMI, même une taxe de 75 $US (100 $CAN) serait loin d’être suffisante en 2030 pour atteindre les réductions de GES requises au Canada et que le plus dur restera ensuite à faire.

75 $US
C’est la moyenne mondiale minimum, par tonne, à laquelle devrait être fixée la taxe carbone pour rester sur la trajectoire d’un réchauffement de la planète limité à 2 °C.

De par sa nature même, cette taxe carbone de 100 $CAN la tonne au Canada aurait un impact sur les prix de l’essence (+17 %) et de l’électricité là où elle est produite par des énergies fossiles (+11 %).

Aider l’Alberta, ou pas

Pour que cette taxe soit « politiquement réalisable et économiquement efficiente », il est logique que les gouvernements s’interrogent sur la meilleure façon d’en utiliser les recettes, note le FMI. Comme ce sont les ménages à revenus moyens qui essuieraient les plus fortes augmentations de dépenses au Canada, on comprend que le gouvernement fédéral ait décidé de retourner aux familles la totalité des revenus engrangés.

Mais on pourrait aussi choisir de retourner une partie des recettes, non pas seulement aux consommateurs, mais également aux régions et aux travailleurs des industries les plus touchés par la tarification du carbone, ajoute le FMI. On pense évidemment ici à l’industrie pétrolière de l’Alberta ou de Terre-Neuve. Le Bloc québécois pense le contraire et propose plutôt que la taxe carbone soit reversée à ceux qui polluent le moins comme récompense aux bons élèves et double incitatif financier aux autres.

Pour le FMI, les gouvernements devraient commencer par arrêter leurs subventions aux énergies fossiles, qui ont totalisé 5200 milliards $US en 2017, c’est-à-dire avant que le gouvernement libéral de Justin Trudeau ne décide de se porter acquéreur du pipeline Trans Mountain pour 4,4 milliards, à quoi devraient s’ajouter ensuite des coûts de construction de 9,3 milliards, selon le Directeur parlementaire du budget.