Analyse: endettement problématique

Kristalina Georgieva, la nouvelle directrice générale du Fonds monétaire international
Photo: Nicholas Kamm Agence France-Presse Kristalina Georgieva, la nouvelle directrice générale du Fonds monétaire international

Le Fonds monétaire international l’a martelé à son tour. Le ralentissement économique en cours, et l’ombre d’une récession qu’il projette, exacerbe une dynamique d’endettement poussé à son record. De là à affirmer que les junk bonds seront à 2019 ce que les subprimes ont été à 2007…

Kristalina Georgieva, nouvelle directrice générale du FMI, a sonné l’alarme mardi à l’ouverture des assemblées annuelles des institutions de Bretton Woods à Washington. L’économie est passée de l’expansion à un ralentissement mondial synchronisé, cadeau du gouvernement Trump. Un scénario de récession n’est pas évoqué mais, « même en cas de rebond de la croissance en 2020, les désaccords [commerciaux] actuels pourraient entraîner des changements qui perdureront pendant une génération : rupture des chaînes d’approvisionnement, cloisonnement de secteurs commerciaux »…

Défaut de paiement

Dans son premier discours en tant que dirigeante de l’institution, Mme Georgieva revient sur cet endettement record des entreprises. « En cas de ralentissement majeur, la dette des entreprises à risque de défaut de paiement augmenterait à 19 000 milliards de dollars, soit environ 40 % de la dette totale de huit grandes économies » : Allemagne, Chine, Espagne, États-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni. « Cela dépasse les niveaux d’avant la crise financière. » Ce passif est d’autant plus menaçant que les entreprises se sont surtout endettées non pas pour investir et accroître leur productivité, mais plutôt pour soutenir des fusions-acquisitions et pour rémunérer les actionnaires sous forme de dividendes accrus et de rachats d’actions massifs. Dans ce dernier cas, il en résulte ce que des analystes européens ont qualifié de « destruction des fonds propres ».

L’Organisation de coopération et de développement économiques faisait le même constat en février. À la fin de 2018 et déduction faite de l’inflation, l’encours mondial de l’endettement des entreprises était deux fois plus élevé qu’avant la crise. S’il a été multiplié par quatre dans les pays émergents, il reste que 80 % viennent d’émetteurs composant les économies dites riches. L’OCDE avertissait également que la qualité de crédit de ces émetteurs s’agglutinait davantage autour du triple B, une note sous laquelle on entre dans la catégorie spéculative. En 2008, 30 % des nouvelles obligations se situaient à cette limite de recevoir l’étiquette de pacotille, dite « junk bonds ». Cette proportion atteignait 54 % à la fin de 2018, écrivait-on alors. « Le risque de crédit s’est détérioré, y compris au sein de la catégorie dite d’investissement institutionnel où les notations sont beaucoup plus concentrées en catégorie triple B qu’il y a dix ans. »

De façon plus large, l’agence Standard Poor’s évaluait, pour sa part, que l’endettement mondial dépasse désormais les 230 % du PIB, contre 208 % dix ans plus tôt.

Longévité des bas taux

Autre préoccupation soulevée par le FMI : la longévité des bas taux d’intérêt. Dans nombre de pays dits économiquement avancés, ces taux se maintiennent même en territoire négatif parfois depuis cinq ans, atrophiant la marge de manoeuvre des banques centrales et restreignant la portée des outils traditionnels d’intervention en cas de revers conjoncturel.

« La persistance de taux bas s’accompagne également d’effets secondaires négatifs et de conséquences indésirables. Songez aux fonds de retraite et aux compagnies d’assurance vie qui font des placements plus risqués pour atteindre leurs objectifs de rendement. Dans nos activités de surveillance, nous constatons un regain de prise de risques par les investisseurs à travers le monde », écrit la directrice générale du FMI. Sans oublier le risque d’apparition de bulles avec le gonflement de la valeur des éléments d’actifs, financiers et immobiliers.

Le faible niveau des taux d’intérêt incite aussi les investisseurs à rechercher des rendements plus élevés dans les pays émergents, des marchés moins liquides et plus volatils, ce qui accroît le risque de crédit pour l’investisseur et « expose beaucoup de pays de plus petite taille à une inversion soudaine des flux de capitaux », souligne le FMI.

D’autant que la question de l’endettement dans ces pays est aggravée par le renforcement du dollar américain, une partie importante de la dette dans les économies en développement étant libellée en billets verts.