Les services, la face cachée du commerce mondial

La distance entre les vendeurs et leurs clients a été réduite par la mondialisation des marchés et les nouvelles technologies numériques.
Photo: Philip Fong Agence France-Presse La distance entre les vendeurs et leurs clients a été réduite par la mondialisation des marchés et les nouvelles technologies numériques.

Les services occupent une part plus importante du commerce international qu’on le croyait, admet elle-même l’OMC. Et cette part ne semble pas près de s’arrêter de croître à la faveur, notamment, de la poursuite de la révolution numérique, du rattrapage économique des pays en développement et d’une certaine coopération réglementaire entre les gouvernements.

« Les services sont souvent largement sous-estimés lorsqu’il est question du commerce mondial, même s’ils comptent pour la majorité du commerce de plusieurs pays développés et qu’ils sont en rapide croissance dans plusieurs pays en développement », observe le directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), Roberto Azevêdo, en introduction de l’édition 2019 de son Rapport sur le commerce mondial qui doit être dévoilé mercredi. Peut-être est-ce par habitude ou parce que le commerce des services est une réalité à la fois moins tangible et plus complexe, y souligne-t-on avec humour, mais sept fois sur dix quand un article de journal traite de commerce, on l’illustrera par l’image de conteneurs empilés sur le quai d’un port ou le pont d’un navire.

Or, explique l’OMC, si l’on change la façon de calculer afin de tenir compte de l’ensemble des formes que peut prendre le commerce des services, on réalise qu’il ne représentait pas, comme on l’a dit, environ le quart (23 %) de l’ensemble du commerce mondial en 2017, mais plutôt presque la moitié (43 %), pour une valeur totale de 13 300 milliards $US. De plus, le commerce des services croît plus vite que les autres, à raison d’une augmentation moyenne de 5,4 % par année depuis 2005 contre 4,6 % pour les produits manufacturiers, agricoles, miniers, pétroliers et autres biens.

Les services sont souvent sous-estimés lorsqu’il est question du commerce mondial

Une première pour l’OMC, le nouveau calcul ne tient pas seulement compte, comme à l’habitude, de la vente de services à l’étranger (28 % du total) par l’entremise, par exemple, d’Internet, ou de la consommation de services au pays par des touristes et d’autres étrangers (10,5 % du total), mais aussi de la présence de ses entreprises nationales à l’étranger (60 % du total), notamment dans les secteurs de la finance et de la distribution.

Les deux tiers de ce commerce sont le fait des pays développés dont les économies intérieures reposent, elles-mêmes, pour plus des trois quarts sur le secteur des services. Cependant, les pays en voie de développement, particulièrement la Chine, la Corée du Sud, Singapour et l’Inde, participent de plus en plus, eux aussi, au jeu de l’importation et de l’exportation de services.

Cette forte hausse tient à un ensemble de phénomènes. Facteur beaucoup plus important dans le commerce des services que dans celui des biens, la distance entre les vendeurs et leurs clients a été considérablement réduite par la mondialisation des marchés et les nouvelles technologies numériques. La croissance rapide d’une classe moyenne dans les économies émergentes a aussi augmenté la demande de services.

Si la tendance se maintient

Il y a fort à parier que ces tendances vont se poursuivre, prédit l’OMC, qui entrevoit une augmentation de 50 % du commerce des services d’ici 2040. Le développement des technologies numériques n’est pas près de s’arrêter, au plus grand bonheur des générations montantes de consommateurs. La poursuite de la transition de la Chine, de l’Inde et des autres pays émergents vers des économies de services contribuera aussi à l’augmentation de la demande.

Et puis, les dernières négociations de libre-échange régionales ont montré de plus en plus de gouvernements à la recherche de moyens de réduire les freins au commerce des services, rapporte l’OMC. Ce travail n’est pas facile, note-t-on, parce que ces barrières ne sont généralement pas de simples tarifs douaniers, comme dans le commerce des biens, mais tiennent souvent à des différences de normes et de réglementation entre les pays « dont la raison d’être n’est pas de faire obstacle aux importations étrangères, mais de poursuivre des objectifs de politique publique ».