Le patron de Lowe’s Canada part à la retraite

Sylvain Prud’homme avait été nommé à la tête de la division canadienne de Lowe’s en 2013.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Sylvain Prud’homme avait été nommé à la tête de la division canadienne de Lowe’s en 2013.

Alors que l’aventure canadienne de Lowe’s, qui a acquis Rona en 2016, connaît toujours des ratés, le président des activités du géant américain au Canada, Sylvain Prud’homme, part brutalement en retraite à l’âge de 55 ans.

D’ici à ce qu’on lui trouve un successeur — aucun échéancier n’a été évoqué —, c’est le responsable des finances chez Lowe’s Canada, Tony Cioffi, qui prendra la relève sur une base intérimaire.

« C’est avec des sentiments partagés que j’annonce avoir décidé de prendre ma retraite, a souligné M. Prud’homme, vendredi, par voie de communiqué. Nous avons accompli beaucoup de choses au cours des dernières années, et je crois que le moment est venu pour moi de passer plus de temps avec mon épouse et ma famille, et de céder les rênes de la société à quelqu’un d’autre. »

Nommé en 2013 à la tête de la division canadienne du détaillant américain, M. Prud’homme n’était pas disponible pour accorder des entrevues, a indiqué par courriel Lowe’s Canada. Depuis 2017, il supervisait également les activités de l’entreprise au Mexique.

Le parcours de M. Prud’homme, qui affirme avoir oeuvré pendant « plus de 35 ans » dans le secteur du commerce de détail, a été ponctué de passages au sein de compagnies bien connues comme Sobeys, Loblaw et Walmart.

Difficultés au Canada

Toutefois, au moment où la performance de Lowe’s s’améliore aux États-Unis, notamment du côté de ses ventes comparables — un indicateur clé dans le secteur du commerce de détail —, le portrait est différent du côté canadien.

En août dernier, sans fournir de chiffres précis, le président et chef de la direction du géant américain de la rénovation, Marvin Ellison, avait déploré un recul à ce chapitre, au cours d’une conférence téléphonique visant à discuter des résultats du deuxième trimestre.

« Cela est largement attribuable à l’intégration de Rona », avait-il lancé aux analystes.

Dans le communiqué soulignant le départ de M. Prud’homme, le grand patron de Lowe’s a précisé au passage que « nous demeurons confiants dans le potentiel à long terme de nos activités canadiennes ».

Après une première tentative ratée en 2012, Lowe’s avait été en mesure d’acquérir Rona en 2016 pour 3,2 milliards de dollars dans le cadre d’une transaction qui avait soulevé de nombreuses questions quant à la protection des sièges sociaux québécois.

Toutefois, les résultats se font attendre, à un point tel que l’entreprise établie en Caroline du Nord avait décidé, en début d’année, d’inscrire une charge de dépréciation d’environ 1,2 milliard de dollars à l’endroit de sa division canadienne.

Pour Jacques Nantel, professeur émérite au Département de marketing de HEC Montréal, le départ de M. Prud’homme est dû à la performance du segment canadien de Lowe’s.

« La vérité, c’est qu’ils l’ont ratée [l’acquisition], a-t-il estimé. Peut-être que Lowe’s aurait dû développer [son réseau] de manière corporative, comme l’a fait Home Depot. La formule [d’intégration verticale] de Lowe’s ne peut pas s’appliquer partout comme dans le reste de l’Amérique du Nord. »

À son avis, le réseau de Rona n’a jamais « vraiment été intégré » et plusieurs petits marchands et magasins affiliés se sont sentis « un peu orphelins dans un réseau corporatif de grande surface ».