Investissement Québec ne doit pas devenir un concurrent, prévient le Fonds FTQ

Le président et chef de la direction du Fonds de solidarité FTQ, Gaétan Morin
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le président et chef de la direction du Fonds de solidarité FTQ, Gaétan Morin

Dans sa nouvelle mouture, Investissement Québec (IQ) doit s’assurer que son offre ne concurrence pas les autres joueurs économiques et financiers déjà présents dans la province, prévient le Fonds de solidarité FTQ.

S’il est favorable au projet de loi 27 visant à réformer le bras financier de l’État québécois, le fonds de travailleurs a néanmoins estimé, mercredi, qu’en dépit de la bonne volonté, la « complémentarité » n’a pas toujours été au rendez-vous dans le passé.

« La mesure de complémentarité […] est enchâssée dans la loi, mais dans les faits, sur le terrain, j’ai beaucoup, beaucoup, beaucoup d’exemples que je pourrais vous donner », a expliqué le président et chef de la direction de l’organisation, Gaétan Morin, devant la Commission de l’économie et du travail, à l’Assemblée nationale, où il s’est penché sur certaines des huit recommandations figurant dans le mémoire de l’organisation.

Dans le cadre de sa mission, le fonds de travailleurs offre du financement aux compagnies, surtout des petites et moyennes entreprises, notamment sous forme de prêts ou de capital-actions, ce qu’offre aussi IQ.

Le Fonds avait déjà plaidé pour une collaboration étroite dans la foulée de la fusion entre IQ et la Société générale de financement (SGF), en 2011. Cela n’a toutefois pas toujours été le cas, notamment en ce qui a trait aux prêts.

« En 2010, quand nous sommes venus ici traiter du projet de fusion, nous avions déjà agité le petit drapeau en disant “attention à la complémentarité”, a répondu M. Morin, lorsqu’interrogé. Malgré la bonne volonté de tous, il y a eu des champs qui se sont superposés en matière de financement, et nous profitons de l’occasion que nous avons aujourd’hui pour agiter le même drapeau. »

Dans son mémoire, le Fonds souligne avoir constaté, au fil des années, qu’IQ offrait des taux d’intérêt « bien en deçà des taux du marché ou que les pratiques d’affaires n’étaient pas en phase avec un esprit de saine collaboration ».

Pour remédier à la situation, l’organisation suggère notamment la mise en place d’un comité-conseil formé de représentants du milieu financier québécois qui serait représenté au conseil de la société d’État.

Encore plus de risques ?

De plus, selon le Fonds, IQ pourrait se tourner davantage vers les « investissements risqués », où il y a certaines carences, afin de « renforcer l’écosystème financier ». D’après M. Morin, en soutenant un projet plus risqué, l’État peut profiter d’avantages comme des retombées fiscales, contrairement aux investisseurs institutionnels.

Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, qui a déjà signalé qu’IQ allait prendre plus de risques, a cependant prévenu qu’il y avait une limite.

« Je suis prêt à prendre plus de risques, mais quand les compagnies vont faire de l’argent à l’autre bout du spectre, je veux qu’il y ait une partie qui revienne pour compenser, a-t-il dit à M. Morin. Et de toujours dire que [le ministère des Finances va] faire de l’argent avec des retombées ailleurs, c’est facile à dire, mais c’est difficile à mesurer. »