Fitzgibbon refuse d’abdiquer sur le lithium

 Le projet de mine et d’usine de transformation de lithium North American Lithium a été aux prises avec d’importants dépassements de coûts.
Photo: Nemaska Lithium  Le projet de mine et d’usine de transformation de lithium North American Lithium a été aux prises avec d’importants dépassements de coûts.

Même après avoir bénéficié de dizaines de millions de dollars d’argent public, la filière du lithium n’a pas tenu ses promesses, reconnaît le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, qui refuse de baisser les bras.

L’entreprise Nemaska Lithium — dans laquelle Québec a injecté 130 millions de dollars — a notamment été aux prises avec d’importants dépassements de coûts dans le cadre de son projet de mine et d’usine de transformation de lithium, North American Lithium, qui souhaitait exploiter un gisement à La Corne en Abitibi, et est actuellement à l’abri de ses créanciers.

Cette minière doit près de 100 millions à l’État, qui avait acquis pour 4,5 millions de dollars d’actions. « Je pense qu’on doit, comme gouvernement, contrôler comment le lithium est extrait et converti, et à qui on va le vendre », a expliqué M. Fitzgibbon, vendredi, en marge d’une allocution devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM).

Au moment où plusieurs dizaines de milliers de personnes marchaient pour le climat dans les rues du centre-ville de Montréal, le ministre, devant quelque 1300 personnes, a abordé, pendant plusieurs minutes, la question des changements climatiques. Selon M. Fitzgibbon, une partie de la solution passe par l’électrification des transports, principalement les véhicules électriques, qui sont propulsés par des batteries au lithium-ion.

L’an dernier, un rapport publié par la banque américaine Morgan Stanley brossait un portrait plutôt négatif du marché, qui serait à la longue saturé par l’offre croissante, nuisant ainsi aux projets de moins grande envergure, comme ceux au Québec.

Je pense qu’on doit, comme gouvernement, contrôler comment le lithium est extrait et converti, et à qui on va le vendre

Le ministre a toutefois préféré citer une étude de KPMG réalisée pour le compte de Propulsion Québec suggérant que le nombre de véhicules électriques vendus en 2030 sera de 17 à 26 fois plus important qu’aujourd’hui. « Toutes les batteries [pour les véhicules] vont avoir du lithium, a dit M. Fitzgibbon. Je pense que le lithium est protégé en tant que source importante pour la création des batteries. Selon les projections du rapport de KPMG […], il va manquer de lithium. »

Ainsi, une stratégie québécoise de développement de la filière de batteries lithium-ion est en préparation chez Investissement Québec et sera dévoilée au cours de l’automne.

Cela n’empêche pas des projets comme ceux de Nemaska Lithium et North American Lithium d’être « dans le trouble », a ajouté le ministre, qui estime cependant que le Québec doit continuer d’apprivoiser le marché. Toujours en train de négocier avec un nouvel investisseur, Nemaska Lithium est impliquée dans un litige judiciaire avec des créanciers obligataires puisqu’elle souhaite rembourser ces derniers, ce qui mettrait ainsi fin à leur contrat.

Aide aux technologies propres

Dans le cadre de son discours, M. Fitzgibbon a également annoncé une enveloppe de 80 millions pour épauler les projets de « technologies propres », qui incluent « les nouveaux carburants », comme du gaz naturel et d’autres biocarburants. « Pour moi, l’important, c’est que le gouvernement est prêt à mettre de l’argent dans nos entreprises québécoises qui veulent innover », a répondu le ministre, lorsqu’interrogé quant à savoir si cette mesure constituait du saupoudrage.

Une somme de 40 millions sera allouée au développement de technologies visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), comme l’électrification, la captation du carbone, le recyclage du plastique et les nouveaux carburants — ce qui comprend le gaz naturel. De plus, au cours des prochaines semaines, Québec déploiera deux appels de projets d’environ 40 millions.

Le premier volet, auquel le gouvernement Legault compte allouer 34 millions, concerne l’acquisition ainsi que la commercialisation d’équipements, de procédés et de technologies propres dans le but de réduire les émissions de GES des compagnies québécoises. Pour chaque projet retenu, l’aide financière non remboursable pourra couvrir jusqu’à la moitié des dépenses admissibles et devrait osciller entre 200 000 $ et 10 millions.