En attendant «l’inévitable réponse politique»

Cette «inévitable réponse politique» à la crise climatique se produira entre 2023 et 2025, estiment les experts des Principes pour l’investissement responsable.
Photo: Martin Ouellet-Diotte Agence France-Presse Cette «inévitable réponse politique» à la crise climatique se produira entre 2023 et 2025, estiment les experts des Principes pour l’investissement responsable.

Les gouvernements continuent d’être le principal boulet qui ralentit la réponse à l’urgence climatique. Cela changera brutalement bientôt, pensent des experts. Espérons qu’ils ont raison et que le Canada ne manquera pas encore le bateau.

De plus en plus d’acteurs économiques, y compris parmi les plus gros, se sont engagés à réduire leur empreinte environnementale de manière à atteindre l’objectif à long terme de l’Accord de Paris sur le climat de limiter le réchauffement à 1,5 °C, qui implique notamment qu’on arrive à zéro émission nette de gaz à effet de serre (GES) en 2050. Un groupe de grands investisseurs, auquel appartient la Caisse de dépôt et placement du Québec, s’est, par exemple, engagé lundi à avoir un portefeuille d’investissement carboneutre d’ici 30 ans. Jeff Bezos a promis, quant à lui, d’en faire tout autant avec sa compagnie, Amazon, mais 10 ans plus tôt.

Aussi réjouissantes soient-elles, ces initiatives particulières nous laissent toutefois loin du compte dans l’ensemble. Pas seulement parce que la protection de l’environnement à long terme n’a jamais été une grande priorité des entreprises privées, mais aussi, et peut-être surtout, parce que les pouvoirs publics chargés de fixer les règles du jeu économiques n’osent toujours pas établir les cadres nécessaires pour respecter leurs engagements pris à Paris.

Ces politiques « hautement insuffisantes » ne dureront pas encore longtemps, assurent les experts des Principes pour l’investissement responsable (PRI), une initiative menée en partenariat avec les Nations unies et regroupant un peu moins de 2500 acteurs financiers — dont encore une fois la Caisse de dépôt ainsi que le Régime de pensions du Canada — représentant 86 000 milliards d’actifs. Rattrapés, dit-on, « par la réalité des changements climatiques », les gouvernements seront bientôt brutalement « réveillés » et forcés de passer aux choses sérieuses par d’immenses pressions « environnementales, sociales et économiques [qui sont] alimentées par des craintes en matière de sécurité nationale, permises par les avancées technologiques et exercées de manière de plus en plus forte par les électeurs et les entreprises ».

Réveil imminent et brutal

Cette « inévitable réponse politique » à la crise des changements climatiques se produira entre 2023 et 2025, estiment nos experts qui se basent, entre autres, sur le calendrier fixé par l’Accord de Paris, l’incidence grandissante des dérèglements climatiques, l’arrivée à maturité de certaines technologies et la tendance dans les engagements pris par les États et les acteurs privés.

Cela devrait avoir des conséquences importantes, comme l’augmentation, d’ici 2040, de la taxe carbone à 100 $US la tonne, la fermeture de la dernière centrale électrique au charbon dans 20 ans, le début de la baisse de la demande de pétrole au tournant de 2030 et le remplacement de 70 % du parc mondial de voitures par des véhicules électriques d’ici 2040.

Tout cela ne permettra malheureusement pas d’atteindre la cible du 1,5 °C, précisent ces experts qui entrevoient plutôt 2 °C. Pour faire mieux, il faudrait des technologies qui n’existent pas encore et une réponse des gouvernements plus rapide et plus énergique.

Quoi qu’il en soit, concluent nos experts, très sûrs d’eux, la question, pour les entreprises et les investisseurs, « n’est plus de savoir si les gouvernements vont agir, mais quand ils le feront, comment ils le feront et cela se fera le plus sentir ».

Planter des arbres

On pourrait adresser le même avertissement, de façon plus globale, aux pays qui ont du retard dans leur transition vers une économie moins polluante, comme c’est le cas du Canada.

Alors que plusieurs pays européens respectent, pour le moment, leurs cibles fixées à Paris, le mauvais élève canadien les rate toutes, même si les objectifs qu’il s’est donnés sont moins ambitieux. Il est facile de trouver, en réponse à l’avertissement lancé par les experts du PRI, dans quels secteurs économiques et dans quelles régions du pays un éventuel coup de barre des politiques climatiques ferait le plus mal. Plus de la moitié de toutes les émissions de GES au Canada viennent de l’industrie pétrolière et gazière (27 %) et du secteur des transports (25 %), à raison de 38 % des émissions totales provenant de l’Alberta, 22 % de l’Ontario, 11 % du Québec et autant de la Saskatchewan.

Les échecs répétés du Canada n’ont pas empêché son premier ministre sortant, Justin Trudeau, de promettre, cette semaine, de se joindre à la liste des 65 pays qui se sont engagés à être carboneutres d’ici 2050. Mais il faudrait, pour cela, que le 9e plus grand producteur de GES au monde cesse presque totalement d’en émettre et qu’il compense le reste par des dispositifs de capture du CO2, comme la plantation d’arbres.

Or, les chiffres les plus récents montrent qu’il n’est parvenu à réduire que de 2 % ses émissions annuelles entre 2005 et 2017 (de 730 à 716 mégatonnes). À ce rythme-là, selon un petit calcul rapide réalisé avec l’aide d’Arbre-Évolution, une coop spécialisée de L’Islet, il restera au Canada tellement de GES à compenser en 2050 (661 mégatonnes) qu’il lui faudra planter, cette année-là, plus de 3 milliards d’arbres couvrant l’équivalent de la superficie de la Suisse. Et il faudra recommencer l’année d’après, ainsi que l’année suivante…