Aérospatiale: le ministre Garneau prêt à considérer une politique pancanadienne

L’industrie aérospatiale se trouve aux prises avec plusieurs défis, dont une rareté de main-d’œuvre, de même qu’une image qui en a pris un coup au cours des dernières années.
Photo: Paul Zinken / dpa via Associated Press L’industrie aérospatiale se trouve aux prises avec plusieurs défis, dont une rareté de main-d’œuvre, de même qu’une image qui en a pris un coup au cours des dernières années.

L’élaboration d’une stratégie pancanadienne pour épauler le secteur aérospatial est « à considérer », a estimé jeudi le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, en réponse aux suggestions pressantes de l’industrie et des syndicats selon lesquels une telle politique ne peut plus attendre.

Invité à une table ronde organisée par l’Association des industries aérospatiales du Canada (AIAC), M. Garneau a dit que l’idée a été soumise cet été seulement, mais que les libéraux vont « ramasser la balle et regarder les recommandations » s’ils sont réélus.

« Les stratégies nationales sont importantes dans certains domaines. On l’a fait dans le domaine spatial, qui est un volet de l’aérospatiale. Et c’est important pour nous, si on veut aider l’industrie aérospatiale, d’être à l’écoute de leurs recommandations », a dit le ministre Garneau lors d’une mêlée de presse en marge de la table ronde.

« [Les acteurs de l’industrie] croient que si on avait quelque chose d’intégré, comme une stratégie devrait l’être, qui inclut l’industrie et tous les joueurs, dont le gouvernement, ça pourrait nous bénéficier. C’est quelque chose qui est à considérer sérieusement », a ajouté M. Garneau.

Candidats

Outre le ministre des Transports, la table ronde, animée par l’ancien premier ministre Jean Charest, comptait Alexandre Boulerice, député du NPD dans la circonscription de Rosemont–La Petite-Patrie, Gabriel Ste-Marie, député du Bloc québécois dans Joliette, et Neil Drabkin, du Parti conservateur, qui veut déloger M. Garneau dans Notre-Dame-de-Grâce–Westmount.

Alors que les représentants du Bloc québécois et du NPD ont plaidé pour une politique nationale, M. Drabkin a dit qu’on « a une stratégie pour tout au Canada, mais pas de stratégie pour l’aérospatiale. Compte tenu des défis, je pense que c’est le temps de commencer à parler sérieusement de l’industrie ».

 
37 000
Il s’agit du nombre de postes qu’il faudra pourvoir d’ici 2028, selon des données colligées par l’industrie et les établissements d’enseignement situés au Québec.

L’industrie représente environ 215 000 emplois au Canada, a estimé cet été l’AIAC dans un rapport présentant diverses recommandations pour renforcer le secteur afin de mieux suivre la concurrence étrangère, non seulement celle des États-Unis et de l’Europe, mais aussi de la Chine et de l’Inde. L’AIAC compte organiser deux autres tables rondes avec des candidats à Toronto et à Vancouver.

Or, comme plusieurs secteurs de l’économie, elle se trouve aux prises avec plusieurs défis, dont une rareté de main-d’oeuvre, les besoins liés aux programmes de formation de même qu’une image qui en a pris pour son rhume au cours des dernières années, en raison de certaines annonces de licenciements et le dossier Bombardier.

Le rapport de l’AIAC, dont la coordination a été confiée à M. Charest, exprime notamment le besoin de soutenir les PME de l’industrie et de « maximiser les retombées des marchés publics de la défense nationale ». La capacité dont dispose Transports Canada en matière de certification des appareils figure aussi parmi les clés.

« Au bord de la crise »

À plus brève échéance, la rareté de la main-d’oeuvre est un problème majeur, a dit M. Charest en entrevue avant la table ronde. « Il y a une urgence qui, honnêtement, est au bord de la crise si on ne bouge pas. L’âge moyen des travailleurs est de 54 ans sur les planchers d’usines. Il y a des pénuries partout, dans tous les secteurs, et davantage dans le manufacturier. » Parmi les solutions avancées figurent une meilleure rétention des travailleurs expérimentés et une accélération du processus d’immigration, selon lui. « Et au chapitre de la formation, il y a des écoles, mais souvent, elles n’ont pas d’équipement. »

Il faudra pourvoir environ 37 000 postes d’ici 2028, selon des données colligées par l’industrie et les établissements d’enseignement situés au Québec. Les deux tiers seront des remplacements, le dernier tiers étant constitué de nouveaux emplois.