La Caisse de dépôt s’engage à avoir un portefeuille carboneutre en 2050

Un groupe mondial d’assureurs et de fonds de retraite a annoncé lundi, dans le cadre du Sommet Action Climat à l’ONU, vouloir peser de tout son poids en faveur de la lutte contre les changements climatiques et de l’atteinte de l’objectif de l’Accord de Paris pour limiter le réchauffement à 1,5 °C.
Photo: Johannes Eisele Agence France-Presse Un groupe mondial d’assureurs et de fonds de retraite a annoncé lundi, dans le cadre du Sommet Action Climat à l’ONU, vouloir peser de tout son poids en faveur de la lutte contre les changements climatiques et de l’atteinte de l’objectif de l’Accord de Paris pour limiter le réchauffement à 1,5 °C.

La Caisse de dépôt et placement du Québec s’engage, avec d’autres grands investisseurs mondiaux, à avoir un portefeuille neutre en carbone à l’horizon 2050.

Représentant des actifs sous gestion totaux de 2400 milliards $US, le groupe d’assureurs et de fonds de retraite, qui se qualifie lui-même de « l’une des plus grandes réserves de capitaux de la planète », a annoncé, lundi, dans le cadre du Sommet Action Climat à l’ONU, vouloir peser de tout son poids en faveur de la lutte contre les changements climatiques et de l’atteinte de l’objectif de l’Accord de Paris sur le climat de limiter le réchauffement à 1,5 °C. Comptant, entre autres, comme membres la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), le géant allemand de l’assurance Allianz, l’influente caisse de retraite des employés du secteur public de la Californie CalPERS, la Caisse des dépôts et consignations en France et le réassureur Swiss Re, la nouvelle alliance entend faire passer ses portefeuilles d’investissement à zéro émission nette de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2050, et ce, moins à coup de désinvestissement dans les industries et les entreprises polluantes, qu’à force de persuasion et d’accompagnement des entreprises dans une nécessaire transition à long terme.

Le directeur du Programme des Nations unies pour l’environnement, Inger Andersen, y a vu, dans un communiqué, « un signal fort […] qui montre que les marchés financiers et les investisseurs sont à l’écoute de la science et nous mettent sur la voie de la résilience et de la durabilité ». On dit espérer que l’initiative soit imitée par d’autres investisseurs, associations industrielles et acteurs économiques.

« Pour les investisseurs comme [la] CDPQ, il existe de nombreuses occasions de générer un rendement commercial en investissant dans des solutions sobres en carbone et de travailler avec les [entreprises] pour décarboniser leurs activités », a fait valoir, dans le même communiqué, le président-directeur général de la Caisse, Michael Sabia, avant d’en appeler aussi à « l’évolution nécessaire des politiques publiques ».

Les engagements pris par cette nouvelle alliance internationale s’inscrivent dans une suite logique des cibles que la CDPQ s’était déjà fixées à l’automne 2017. L’institution, qui gère 310 milliards de dollars canadiens pour une quarantaine de déposants, dont des régimes de retraite et des caisses d’assurance, s’était alors dotée d’une stratégie visant à réduire, d’ici 2025, son empreinte carbone de 25 % pour chaque dollar investi. Le printemps dernier, elle rapportait déjà une baisse de 10 % après seulement un an.

Il est trop tôt pour dire si la nouvelle cible à l’horizon de 2050 annoncée lundi obligera la Caisse à accélérer les changements en cours, a déclaré en entretien téléphonique au Devoir depuis New York Bertrand Millot, vice-président et chef de l’investissement durable à la CDPQ. La nouvelle alliance d’investisseurs s’est accordé au moins un an pour convenir de la méthodologie à employer pour mesurer le poids carbone de leurs portefeuilles, et deux ans de plus pour dresser un bilan complet de leur situation. On se fixera ensuite une série « d’objectifs intermédiaires » sur lesquels on fera rapport tous les cinq ans.

Rester dans le réel

Un tel exercice « devient assez vite très complexe », explique Bertrand Millot, qui s’attend notamment à ce qu’on s’inspire de méthodes mises au point en Europe. Pour une grande compagnie aux activités relativement circonscrites, comme Google, il est plus facile de fixer des cibles de réduction de GES, d’en mesurer l’atteinte et de compenser, au besoin, le manque à gagner par l’achat de crédits carbone, explique-t-il. Mais c’est une tout autre paire de manches pour une entreprise comme la multinationale québécoise de dépanneurs et de services à l’auto Couche-Tard, dont le bilan carbone comprend une multitude de variables, et les réductions de GES dépendront, entre autres, de facteurs largement indépendants de sa volonté, comme les progrès de l’électrification des véhicules.

Pour atteindre ses objectifs, la CDPQ n’entend pas se contenter de vendre les actifs les moins performants ni de réduire la diversification de son portefeuille en se coupant de secteurs entiers de l’économie qui seraient trop polluants, martèle son vice-président. Il en va de son devoir de rendement auprès de ses déposants, mais aussi de son influence à long terme sur la réduction de GES. « La société n’y gagnerait rien parce que ces entreprises continueraient à fonctionner et à polluer sans nous. » Tout le monde sera beaucoup mieux servi, croit-il, si la CDPQ encourage les entreprises à changer leurs façons de faire et les accompagne dans leur transition. « L’important, pour nous, est d’influencer toute l’économie. Et pour cela, il faut rester investi dans l’économie réelle, pour maximiser les rendements des déposants, tout en essayant d’avoir le moindre impact possible sur la planète. »