Mitsubishi débarque au Québec

Québec a concédé un prêt de 12 millions à la firme japonaise, qu’elle n’aura pas à rembourser si des objectifs de création d’emplois sont atteints. L’accord a été scellé par une poignée de main entre le premier ministre, François Legault, et le président de Mitsubishi, Hitoshi Iwasa.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Québec a concédé un prêt de 12 millions à la firme japonaise, qu’elle n’aura pas à rembourser si des objectifs de création d’emplois sont atteints. L’accord a été scellé par une poignée de main entre le premier ministre, François Legault, et le président de Mitsubishi, Hitoshi Iwasa.

La société japonaise Mitsubishi Aircraft fondera un centre de recherche et développement québécois pour l’épauler dans le lancement de son nouvel avion régional, attirée qu’elle est par le bassin de spécialistes de même que par un prêt de 12 millions qu’elle n’aura pas à rembourser si certains objectifs de création d’emplois sont atteints.

L’écosystème aérospatial du Québec, qui recense des dizaines de milliers de travailleurs et où vit une rareté de main-d’oeuvre, sera un élément « crucial » au développement international de Mitsubishi, qui compte embaucher une centaine de personnes dès la première année.

Le Québec recèle de grands talents en aérospatiale

Le Centre montréalais SpaceJet, qui sera situé dans le secteur de Boisbriand, emploiera des ingénieurs, des gestionnaires de projet, des spécialistes en certification d’appareils et du personnel de soutien à la clientèle.

Le gouvernement, représenté par le premier ministre, François Legault, et le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, espère que l’effectif du Centre grimpera à 250 employés sur un horizon de cinq ans. Mitsubishi croit que certains employés pourraient aussi être transférés depuis ses autres centres spécialisés dans le monde. Le siège social, situé à Nagoya, au Japon, compte des Québécois.

« L’industrie de l’aviation a vécu des changements majeurs », a dit le directeur du développement de produits, Alex Bellamy, qui a travaillé sur la CSeries lorsqu’il oeuvrait chez Bombardier il y a quelques années. Le Québec, une des plaques tournantes de l’aviation régionale, l’a vécu, a-t-il ajouté. « Le Québec recèle de grands talents en aérospatiale. Je le sais très bien parce que j’ai passé du temps ici avant de me joindre à Mitsubishi Aircraft. »

Visant le marché des appareils de moins de 100 sièges, le programme d’avion régional de Mitsubishi a connu de nombreuses difficultés, mais le lancement du modèle fondateur, le SpaceJet M90, sera mis en service en 2020. Une deuxième version, le M100, arrivera en 2023. La compagnie, qui mise lourdement sur le renouvellement d’une flotte d’avions vieillissante aux États-Unis, présente l’avion comme une révolution en matière d’espace intérieur.

Selon le gouvernement Legault, l’investissement de Mitsubishi pourrait atteindre 135 millions. L’arrivée de Mitsubishi dans l’écosystème québécois signifie que ce dernier comptera désormais six maîtres d’oeuvre, ont dit, réjouis, MM. Legault et Fitzgibbon. Les premières discussions ont eu lieu il y a seulement trois mois au Salon aéronautique du Bourget, en France, a indiqué M. Fitzgibbbon.

Prêt lié à des objectifs

Mitsubishi aurait aussi pu prendre de l’expansion ailleurs. Le prêt de 12 millions allongé par Investissement Québec a contribué à séduire la compagnie au chapitre de l’environnement d’affaires, a laissé entendre la compagnie.

« Si Mitsubishi atteint certains objectifs liés à la création des 250 emplois, elle n’aura pas à rembourser le prêt de 12 millions, car Québec aura alors réussi à générer des recettes fiscales [du côté du ministre des Finances], a expliqué le premier ministre Legault. S’il n’y a pas de création d’emplois, les 12 millions, c’est un prêt. […] C’est une nouvelle structure financière qu’on veut utiliser pour attirer beaucoup d’investissements au Québec. »

Le remboursement ou le non-remboursement du prêt repose en fait sur l’évaluation des salaires versés. Si Québec passe l’éponge sur le prêt de 12 millions, a dit M. Fitzgibbon en mêlée de presse, « ça voudra dire qu’on aura créé 250 emplois pendant cinq ans minimum. Après cinq ans, on fera le calcul, les 12 millions représenteront 7 % des salaires payés pendant cinq ans. Le bénéfice qu’on en aura tiré sera de loin supérieur. »

Selon le Syndicat des machinistes, l’annonce est positive, mais « elle ne doit pas cacher le fait que la fin annoncée du programme CRJ nous expose à des pertes d’emplois et d’expertise dans le domaine de l’assemblage d’avions régionaux ».

L’achat du programme par la société mère de Mitsubishi Aircraft, Mitsubishi Heavy Industries, devrait être conclu dans la première moitié de 2020, un peu avant la fin du programme.