L’économie mondiale en déficit de croissance

Toutes ces économies sont principalement victimes de la pluie de tarifs douaniers, mais plus encore du climat d’incertitude provoqué par l’escalade des tensions commerciales et politiques.
Photo: Volker Kreinacke Getty Images Toutes ces économies sont principalement victimes de la pluie de tarifs douaniers, mais plus encore du climat d’incertitude provoqué par l’escalade des tensions commerciales et politiques.

Les perspectives économiques mondiales continuent de se dégrader, prévient l’OCDE. En fait, la montée des tensions commerciales et de l’incertitude a déjà infligé tellement de dommages que la croissance aura besoin de l’aide, les prochaines années, non plus seulement des banques centrales, mais aussi des gouvernements.

L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a encore une fois révisé à la baisse ses prévisions de croissance aussi bien pour les pays développés que pour les pays émergents dans la nouvelle mise à jour de ses perspectives économiques, dévoilée jeudi.

Déjà en fort repli par rapport au taux de croissance de 3,6 % enregistré l’an dernier, les attentes pour l’ensemble de l’économie mondiale sont passées, depuis les dernières prévisions du mois de mai, de 3,2 % à seulement 2,9 % cette année et de 3,4 % à un maigre 3 % l’an prochain.

Ce seuil de 3 % fera réagir les économistes. En effet, si ces derniers considèrent habituellement qu’un pays est entré en récession lorsqu’il connaît deux trimestres de croissance négative consécutifs, le Fonds monétaire international a aussi employé d’autres définitions lorsqu’il est question de l’économie mondiale dans son ensemble. L’une d’elles parle de récession aussitôt que la croissance mondiale passe sous la barre des 3 %.

 
2,9%
C’est le taux de croissance de l’économie mondiale que prévoit maintenant l’OCDE, ce qui la place en situation de récession, selon une définition du FMI. 

Plombées notamment par la crise du Brexit, mais pas seulement, les économies de la zone euro (1,1 % en 2019), du Royaume-Uni (1 %) et de l’Allemagne (0,5 %) se révèlent particulièrement à la peine, tout comme le Japon (1 %), rapporte l’OCDE.

À l’origine de l’actuelle escalade de conflits commerciaux dans le monde, les États-Unis s’en tirent nettement mieux, mais ils voient leurs perspectives de croissance d’il y a six mois fortement revues à la baisse par l’OCDE, soit de 2,8 % à 2,4 % pour cette année et de 2,3 % à 2 % pour l’an prochain. Leur grande rivale dans la guerre commerciale, la Chine, semble condamnée à une brutale décélération de 6,6 % l’an dernier, à 6,1 % cette année et à 5,7 % en 2020.

Le Canada, de son côté, est l’un des rares pays à voir réviser à la hausse ses prévisions de croissance par l’OCDE, il est vrai d’un maigre 1,3 % à seulement 1,5 % cette année, et puis tout de suite à la baisse de 2 % à 1,6 % l’an prochain.

Des problèmes qui s’enracinent

Toutes ces économies sont principalement victimes de la pluie de tarifs douaniers, mais plus encore du climat d’incertitude provoqué par l’escalade des tensions commerciales et politiques qui plombe les échanges, paralyse les entreprises dans leurs projets d’investissement et ralentit la production industrielle. Heureusement, la consommation des ménages résiste encore, pour le moment, « mais elle est menacée par le ralentissement de la croissance de l’emploi », prévient l’OCDE.

La situation se révèle d’autant plus préoccupante, note-t-elle, que l’incertitude semble en train de s’enraciner dans les esprits et que les investisseurs privés occidentaux sont déjà affaiblis par le plus lourd volume de dettes risquées depuis la dernière crise financière. L’OCDE prévoit ainsi que l’impact des tarifs douaniers imposés cette année pèsera encore sur la croissance dans deux à trois ans. Quant à un Brexit sans accord, il « serait lourd de conséquences », réduisant le produit intérieur brut (PIB) du Royaume-Uni de presque 3 % et celui de la zone euro de plus de 0,6 % à l’horizon de 2022.

 

Gouvernements demandés

Dans ce contexte, les gouvernements doivent d’abord enterrer la hache de guerre commerciale, trouver des solutions négociées à leurs différends et « rétablir des règles prévisibles pour les entreprises », dit l’OCDE. Mais cela ne sera toutefois pas suffisant pour renverser la tendance à la baisse de la croissance à long terme. Pour ce faire, ils devront cesser de se reposer seulement sur la politique monétaire de leurs banques centrales, déjà « sollicitée à l’excès, et recourir aux politiques budgétaires et structurelles [notamment] en engageant des investissements publics ». Les gouvernements ont l’embarras du choix à ce chapitre, fait-elle valoir, ne serait-ce qu’en besoins d’infrastructures, qui s’élèvent dans le monde à plus de 2000 milliards par an en routes, de 1000 milliards en production d’énergie primaire et de presque autant en alimentation en eau et en assainissement.

Cet appel pressant à l’action des gouvernements afin de stimuler l’économie arrive au Canada en pleine campagne électorale, où le gouvernement fédéral sortant doit répondre de ses programmes sociaux et dépenses en infrastructures financés en partie par des déficits budgétaires récurrents.

Très critique, le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, a répété mercredi que l’avènement « de temps difficiles » pour l’économie est à craindre. Il a aussi de nouveau déploré que, contrairement au gouvernement de Stephen Harper à la veille de la dernière crise, le gouvernement libéral n’ait pas profité de la croissance économique des dernières années pour se constituer une meilleure marge de manoeuvre budgétaire pour y répondre au besoin.

Le premier ministre sortant s’est félicité, au contraire, d’avoir « fait le choix d’investir […] plutôt que de poursuivre les compressions et les politiques d’austérité » des années Harper. Justin Trudeau voit, dans les bonnes cotes de crédit attribuées au Canada par les agences de notation, la preuve de la solidité des finances publiques du gouvernement fédéral. « Aussi, a-t-il martelé, continuerons-nous d’investir dans les Canadiens […] et dans la croissance de notre économie. »

Avec Hélène Buzzetti et Marie Vastel