Le retard salarial des immigrants se creuse au Canada

Les immigrants qui travaillent au Canada sont notamment victimes d’une mauvaise reconnaissance de l’expérience acquise à l’étranger.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les immigrants qui travaillent au Canada sont notamment victimes d’une mauvaise reconnaissance de l’expérience acquise à l’étranger.

L’écart salarial se creuse au Canada entre les immigrants et les travailleurs nés au pays, au point de coûter désormais 50 milliards par année à l’économie, selon une étude.

Les néo-Canadiens gagnent en moyenne 10 % de moins que les travailleurs nés au Canada, quel que soit leur âge, leur sexe, leur lieu de résidence ou leur occupation, conclut une étude de la Banque Royale qui doit être rendue publique ce mercredi, mais dont les grandes lignes ont été rapportées la veille par La Presse canadienne. Loin de diminuer, cet écart entre les revenus médians va grandissant depuis 30 ans, passant de 3,8 % en 1986 à 10,3 % en 2016.

Plus de la moitié de l’écart découlerait notamment d’une mauvaise reconnaissance de l’expérience acquise à l’étranger, estime l’auteure de l’étude, l’économiste Dawn Desjardins. De plus, seulement 38 % des immigrants âgés de 25 à 54 ans occuperaient un emploi correspondant à leur niveau d’étude contre plus de la moitié des travailleurs nés au Canada.

Un rattrapage de cet écart salarial gonflerait le produit intérieur brut canadien de 2,5 %, a calculé la Banque Royale, soit d’environ 50 milliards par année.

Ce phénomène se produit alors même que le nombre de travailleurs immigrants, de même que leur taux d’emploi, s’est remis à augmenter dans les pays développés, rapporte l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans un portrait annuel de la situation qui doit être rendu public ce mercredi.

En retrait de 4 % durant les deux années précédentes, le nombre d’entrées d’immigrants permanents dans les pays de l’OCDE a, en effet, regagné la moitié de terrain perdu (2 %) en s’établissant à un total de 5,3 millions en 2018. Il faudra notamment y ajouter les travailleurs immigrants temporaires qui avaient été presque aussi nombreux l’année d’avant, à 4,9 millions, en hausse de 11 %.

Les immigrants sont aussi de plus en plus nombreux à se trouver des emplois, se réjouit l’OCDE dans son rapport, leur taux de chômage moyen diminuant de 9,4 % à 8,7 % entre 2017 et 2018, pour un retard moyen désormais inférieur à trois points de pourcentage sur le taux de chômage des personnes nées dans le pays.

Mais ces moyennes cachent de grands écarts entre différents types de travailleurs, de même qu’entre les pays, note le rapport. De plus, le fait, pour les travailleurs immigrants, de trouver un emploi ne leur garantit pas non plus un revenu suffisant, ne serait-ce que pour répondre à leurs besoins essentiels. L’OCDE constate, par exemple, que, dans l’Union européenne, 18 % des travailleurs immigrés sont pauvres, contre 8 % de leurs homologues nés dans le pays.

Constatant un recours grandissant aux immigrés comme boucs émissaires, les auteurs du rapport pressent les pays de s’inspirer notamment de l’exemple du Canada et de se doter, comme lui, d’une « solide stratégie de communication » qui met « en évidence les avantages de l’immigration […] en dissipant les idées reçues sur l’immigration et en promouvant des relations positives entre les nouveaux arrivants et les Canadiens ».