Les chauffeurs d’Uber et de Lyft en voie de devenir des salariés en Californie

Cette loi pourrait entrer en vigueur le 1er janvier 2020.
Photo: Apu Gomes Agence France-Presse Cette loi pourrait entrer en vigueur le 1er janvier 2020.

Le Parlement de Californie a porté un coup dur aux porte-drapeaux de la « gig economy », l’économie des employés indépendants, comme Uber ou Lyft, dont les chauffeurs aujourd’hui sans protection ni garanties devraient bientôt bénéficier du statut d’employé. Un exemple qui pourrait avoir un effet boule de neige.

Le Sénat californien a adopté mardi soir, à 29 voix pour et à 11 contre, un projet de loi contraignant les géants de la réservation de voitures à requalifier les chauffeurs en employés, ceux-ci étant pour l’heure considérés comme des travailleurs indépendants. Le texte doit désormais être approuvé par le gouverneur de l’État, Gavin Newsom, qui s’y est déjà déclaré favorable. Selon le Wall Street Journal, M. Newsom a toutefois affirmé avoir l’intention de « rester à la table des négociations et de continuer à négocier » même s’il ne parvenait pas à trouver un accord avec Uber et Lyft avant la fin de la session parlementaire.

Après le vote au Sénat de mardi, Adrian Durbin, un porte-parole de Lyft, a dit regretter que la Chambre ait « raté une occasion importante de soutenir l’écrasante majorité des conducteurs favorables à une solution réfléchie conciliant la flexibilité et des rémunérations et avantages encadrés par le droit du travail ». « Nous sommes absolument prêts à présenter cette question aux électeurs californiens afin de sauvegarder la liberté et l’accès dont les chauffeurs et les passagers ont besoin », a ajouté M. Durbin.

Mais pour Lorena Gonzalez, membre démocrate du Sénat de Californie à l’origine du texte, le projet vise à protéger les conducteurs et à forcer les entreprises à payer leurs charges sociales. « On ne peut pas rester sans rien faire alors que ces entreprises font payer aux contribuables californiens et aux entreprises responsables leurs charges et privent des millions de travailleurs des protections du droit du travail auxquelles ils ont droit », a indiqué Mme Gonzalez dans un communiqué.

Le syndicat California Labor Federation s’est, lui, réjoui du résultat, le qualifiant d’« immense victoire pour les travailleurs à travers le pays ! » « Il est temps de remettre sur pied la classe moyenne et de s’assurer que TOUS les travailleurs aient les protections de base qu’ils méritent », a tweeté le syndicat.

Remodelage

En cas d’adoption, cette loi, qui entrerait en vigueur le 1er janvier 2020, pourrait remodeler en profondeur l’économie du partage et servir d’exemple aux États-Unis et dans le monde entier. Selon la banque Morgan Stanley, le statut de salarié des chauffeurs va augmenter les coûts des deux applis de 35 %.

Pour Arun Sundararajan, professeur à la New York University et auteur de l’ouvrage The Sharing Economy (l’économie du partage), les législateurs californiens n’ont pas réussi à proposer des avantages sociaux aux conducteurs tout en préservant la flexibilité de l’emploi propre à la « gig economy ». Ce texte « affectera toutes les plateformes via une hausse des coûts structurels », a indiqué M. Sundararajan à l’AFP. « Mais il affectera particulièrement les plus petites plateformes qui auront moins la possibilité de répartir la demande au sein de leurs effectifs », a ajouté l’universitaire.

En plus d’une hausse des prix, M. Sundararajan estime que la nouvelle loi « rendrait virtuellement impossible » l’émergence d’un nouveau concurrent dans le secteur des réservations de voitures en ligne.

Mais pour l’expert, cette industrie devrait continuer sa croissance en dépit des restrictions législatives. « Je ne dirais pas qu’il s’agit d’un tournant. Cela veut simplement dire qu’il y a encore beaucoup de travail pour façonner un filet de sécurité sociale », a-t-il souligné.


Avec Le Devoir