Stornoway: des investisseurs très prudents lors du processus de sollicitation

Le prix moyen du diamant est passé de 147 $US par carat en 2014, à 76 $US au deuxième trimestre de 2019.
Photo: Stornoway Diamond Corporation Le prix moyen du diamant est passé de 147 $US par carat en 2014, à 76 $US au deuxième trimestre de 2019.

Des dizaines d’acheteurs et d’investisseurs ont été sollicités dans le cadre de l’opération visant à trouver de nouvelles sources de capitaux pour la société Stornoway, mais les documents légaux indiquent que les tiers partis souhaitant voir les données financières ont été peu nombreux.

Selon la requête pour ordonnance initiale déposée en Cour supérieure, vers laquelle Stornoway s’est tournée lundi pour se protéger de ses créanciers, 51 soumissionnaires potentiels ont été contactés et ont reçu la lettre de présentation cet été.

De ce nombre, 46 destinataires ont décliné l’invitation et trois ont signé l’entente de confidentialité donnant accès aux informations financières d’une salle de données virtuelle. Au final, « seulement un soumissionnaire potentiel a déposé une manifestation d’intérêt non contraignante », peut-on lire dans la requête, qui ne précise pas les détails financiers. Le déroulement du processus a été géré par la TD et Scotia, selon le document affiché sur le site Internet de Deloitte.

C’est après avoir analysé cette proposition et l’avoir jugée insuffisante, selon les documents, que des créanciers garantis ont commencé à travailler sur leur propre offre, dévoilée lundi, visant à acquérir les actifs de la compagnie qui exploite la seule mine de diamant au Québec. Ces créanciers sont Investissement Québec, Redevances aurifères Osisko, la Caisse de dépôt et placement du Québec et Triple Flag Mining. Le plan d’acquisition devra recevoir le feu vert de la Cour pour aller de l’avant.

51
C’est le nombre de soumissionnaires potentiels qui avaient été contactés par Stornoway.

S’ils ne comptent pas verser d’argent, les créanciers prendront en charge les dettes de Stornoway, l’objectif étant d’espérer une remontée du prix du diamant, dont la chute de 50 % en quelques années a pris la compagnie de court et compliqué ses finances.

Au moment de ficeler le montage financier de la mine, en 2014, le prix moyen du diamant était de 147 $US par carat, deux fois plus que les 76 $US que Stornoway a reçus au deuxième trimestre de 2019. En entrevue à TVA mardi, le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a dit que la mine pourrait faire ses frais si le prix était de 85 ou 90 $US le carat.

Depuis le début du projet, les sommes consenties par Investissement Québec et la Caisse de dépôt et placement totalisent plus de 400 millions. Après le démarrage de la mine, Stornoway a dû composer avec certains enjeux, notamment des diamants qui se brisaient davantage que ce qui était prévu. De l’avis de tous, les problèmes opérationnels sont largement réglés.

Attendre avant de juger

« On reconnaît que la société a eu de la difficulté au départ, mais on ne juge pas un investissement minier sur deux ou trois ans », a dit à RDI Économie mardi soir le président de Redevances aurifères Osisko, Bryan Coates. « Attendons dix ans et on verra si c’est une bonne mine ou pas. »

M. Coates a dit que la fermeture prévue de la mine australienne Argyle (Rio Tinto) aura pour effet d’entraîner une hausse des prix du diamant. L’arrêt de la mine, qui produit environ 10 % de la production mondiale selon certaines estimations, aura lieu à la fin de 2020.

Pour les six premiers mois de 2019, la perte nette de Stornoway s’est établie à 395 millions, principalement attribuable à une charge de dépréciation de 443 millions au deuxième trimestre liée à la baisse des prix du diamant sur le marché.

La compagnie a aussi indiqué lundi qu’elle a obtenu un financement de 20 millions pour assurer le maintien des activités de la mine pendant la réorganisation. Les installations comptent 540 employés.

Contactée par Le Devoir, Deloitte, la firme-conseil chargée de piloter les procédures liées à la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies, n’a pas voulu faire de commentaire concernant le dossier.

En entrevue au Devoir lundi, le président de Stornoway, Patrick Godin, a dit qu’« on a tout fait, collectivement, pour ne pas en arriver là », mais que le processus de sollicitation de cet été « n’a pas été concluant ».