Le monde doit s’adapter aux changements climatiques

Un dollar investi dans l’adaptation aux changements climatiques rapporte de 2 à 10$ de bénéfices en matière de réduction des dommages futurs, estime la Commission mondiale sur l’adaptation. Sur la photo, des dommages causés par la tempête «Dorian» en Nouvelle-Écosse samedi.
Photo: Andrew Vaughan La Presse canadienne Un dollar investi dans l’adaptation aux changements climatiques rapporte de 2 à 10$ de bénéfices en matière de réduction des dommages futurs, estime la Commission mondiale sur l’adaptation. Sur la photo, des dommages causés par la tempête «Dorian» en Nouvelle-Écosse samedi.

Le monde ne peut plus se contenter d’essayer de réduire les gaz à effet de serre, il doit aussi se préparer aux conséquences des changements climatiques déjà en cours. Et le plus tôt il agira en ce domaine, le plus de bénéfices — y compris économiques — il en tirera, affirme une coalition de gouvernements, d’organisations internationales et d’entreprises.

Un dollar investi dans l’adaptation aux changements climatiques rapporte de deux à dix dollars de bénéfices en matière de réduction des dommages futurs, de gains technologiques et économiques et d’autres retombées sociales et environnementales, estime la Commission mondiale sur l’adaptation dans un rapport lancé en début de semaine, et qui en appelle à une « révolution » dans la compréhension, la planification et le financement de la réaction au problème climatique.

Le temps n’est plus à se demander si l’on doit réduire les émissions de gaz à effet de serre ou s’adapter aux changements climatiques, a fait valoir à cette occasion l’un des présidents d’honneur de la Commission, l’ancien secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon. « Il est de plus en plus clair que notre climat a déjà changé et que nous devons nous y adapter. La mitigation et l’adaptation vont main dans la main [dans la poursuite des objectifs] de l’Accord de Paris sur les changements climatiques. L’adaptation n’est pas seulement la bonne chose à faire, c’est aussi la chose intelligente à faire pour stimuler la croissance économique et créer un monde résilient face au climat. »

Faire les bons choix

En guise d’illustration, la Commission dresse la liste d’une série d’actions dans cinq secteurs, allant de la construction d’infrastructures plus résistantes à une meilleure gestion de l’eau, en passant par le renforcement des systèmes d’alerte aux catastrophes climatiques et l’amélioration de l’agriculture sèche, dont les coûts totaux s’approcheraient de 1800 milliards $US de 2020 à 2030, mais dont les bénéfices nets s’élèveraient à 7100 milliards. Ces montants ne sont destinés qu’à servir d’exemples et seraient insuffisants pour relever le défi, admettent les auteurs du rapport, mais ils représentent aussi moins de 1 % des investissements totaux projetés durant cette période.

L’investissement dans des techniques agricoles plus résistantes aux inondations permettrait, par exemple, non seulement de réduire les risques de famine en Inde, mais aussi d’augmenter les rendements de 70 % à 140 %. On cite aussi le cas de cet aménagement intelligent de zones inondables sur les bords de la Tamise qui a permis l’érection de certains des quartiers les plus prisés de Londres. Il suffirait, par ailleurs, de mieux gérer seulement 25 % de l’eau potable dans les régions où il en manque le plus pour non seulement effacer, mais parfois même renverser les terribles pertes humaines et économiques qu’on leur prédit pour les prochaines décennies.

Lente prise de conscience

Créée l’automne dernier, la Commission mondiale sur l’adaptation compte dans ses rangs les représentants de nombreuses organisations internationales, quelques personnes du milieu des affaires, comme le milliardaire américain Bill Gates, ainsi que 17 pays, dont le Canada, la Chine et le Royaume-Uni, mais aussi le Bangladesh et les îles Marshall.

Il est désormais courant d’évoquer des arguments économiques en matière de lutte contre les changements climatiques. « On ne part pas de zéro, mais on est encore loin du compte », note la Commission, qui s’étonne, par exemple, que les événements climatiques extrêmes apparaissent au sommet des classements des principaux risques selon les entreprises, mais que seulement une infime minorité d’entre elles se sont dotées de plans d’action concrets pour y faire face.