Les taux d’intérêt négatifs à leur limite

Selon Bloomberg, 10% des obligations d’entreprise dites de première qualité, que s’arrachent les investisseurs institutionnels, évoluent en territoire sous zéro.
Photo: iStock Selon Bloomberg, 10% des obligations d’entreprise dites de première qualité, que s’arrachent les investisseurs institutionnels, évoluent en territoire sous zéro.

Les taux d’intérêt négatifs se répandent en Europe et au Japon avec peu d’efficacité. Une limite serait près d’être atteinte, au-delà de laquelle les déséquilibres pourraient apparaître.

Les données de l’agence financière Bloomberg sont parlantes. En août, 15 000 milliards $US, soit 27 % des obligations mondiales émises, commandaient un taux de rendement négatif. Ce poids atteint les 45 % si on exclut les obligations américaines de l’indice. Les obligations japonaises accaparent 42 % de ce marché alors que ces taux négatifs touchent 100 % des obligations allemandes négociées.

Hier confinés à la dette dite souveraine, les taux négatifs s’étendent aux obligations d’entreprise, touchant 1000 milliards $US de titres émis. Toujours selon Bloomberg, 10 % des obligations d’entreprise dites de première qualité, que s’arrachent les investisseurs institutionnels, évoluent en territoire sous zéro.

Ce phénomène n’est pas contenu aux courtes échéances. « De nombreux creux ont été atteints, de sorte que plusieurs obligations souveraines de 10 ans ou plus se transitent maintenant à un taux inférieur à 0 % », peut-on lire dans une petite étude du Mouvement Desjardins publiée mardi. Il commence à déborder aux dépôts et prêts hypothécaires, quoique les institutions financières recourant à ces pratiques demeurent plutôt des cas isolés. Du moins, « ce sont surtout les entreprises ou les gros déposants qui doivent parfois payer de l’intérêt sur leurs dépôts », note l’économiste principal Hendrix Vachon, citant des cas observés en Allemagne, aux Pays-Bas, en Lettonie et au Luxembourg. Ailleurs, « le Danemark a récemment retenu l’attention après qu’une banque eut commencé à offrir des prêts hypothécaires à un taux de –0,5 % sur dix ans ».

Succès mitigés

Si cette approche vise à soutenir la croissance économique et à alimenter l’inflation, ses succès sont mitigés en Europe, où les taux négatifs prévalent depuis cinq ans maintenant. Hendrix Vachon évoque la formation d’une trappe de liquidité, où la politique monétaire des banques centrales n’a plus d’effet. Plusieurs banques centrales en Europe s’y enlisent, déplore-t-il. À l’opposé, la Réserve fédérale américaine, en normalisant en partie sa politique monétaire, dispose aujourd’hui d’une marge de manoeuvre.

L’économiste parle aussi d’effets négatifs potentiels du maintien du loyer de l’argent trop bas trop longtemps. Ces mesures d’assouplissement monétaire tendent à gonfler la valeur des éléments d’actif, financiers et immobiliers.

Certes, en cas de revers conjoncturel ou de récession, les gouvernements pourraient prendre le relais sous forme de politique budgétaire ou fiscale expansionniste. Mais peu d’entre eux disposent de la marge de manoeuvre requise, l’endettement public demeurant élevé comparativement au niveau d’avant crise de 2008. Et là aussi l’action sera de portée limitée. Si « le contexte des taux d’intérêt négatifs permettrait aux gouvernements de financer à moindre coût des programmes de stimulation économique », la situation deviendrait surtout problématique lorsque les taux d’intérêt vont se relever pour revenir en territoire positif, ajoute l’économiste de Desjardins.