Les manufacturiers québécois ont raté le virage technologique

Le secteur manufacturier québécois souffre d’un manque de croissance et de productivité. Cette industrie a peu ou pas investi dans le virage 4.0.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le secteur manufacturier québécois souffre d’un manque de croissance et de productivité. Cette industrie a peu ou pas investi dans le virage 4.0.

Le secteur manufacturier québécois n’a pas pris le virage technologique. Aux prises avec une productivité déficiente, cette industrie demeure encore dépendante des aléas du taux de change avec la devise américaine. À l’évidence, les mesures incitatives fiscales déployées par l’État québécois devront être recentrées.

Le sombre constat dressé par le Centre sur la productivité et la prospérité — Fondation Walter J. Somers, de HEC Montréal (CPP) — il y a cinq ans n’a pas évolué. Le secteur manufacturier québécois souffre d’un manque de croissance et de productivité. Cette industrie a peu ou pas investi dans le virage 4.0. À l’exportation, sa compétitivité est demeurée tributaire des aléas du taux de change.

La croissance du PIB

« Depuis le creux de 2009, la croissance du PIB manufacturier au Québec a été deux fois moins rapide que celle observée en moyenne chez les principaux producteurs manufacturiers occidentaux », constate le Centre sur la productivité et la prospérité dans une nouvelle étude publiée mardi.

Pour l’essentiel, le retard de productivité serait en cause « dans le repli prématuré de l’activité manufacturière au Québec. En ayant longtemps misé sur l’avantage commercial procuré par la faiblesse relative de la devise canadienne […] l’investissement privé est demeuré particulièrement faible en regard des niveaux observés ailleurs en occident ». S’y greffent des enjeux liés au capital humain empruntant à la résistance au changement, au manque de formation et à la difficulté à recruter des experts qualifiés.

Des milliards de dollars de fonds publics ont été dépensés au cours des dix dernières années sans toutefois générer les retombées escomptées

Le directeur du CPP, Robert Gagné, insiste : « il devient impératif de prémunir le secteur manufacturier contre cette dépendance aux taux de change en amorçant le virage 4.0 », en incitant les entreprises manufacturières à investir dans l’amélioration de leur compétitivité.

D’autant que nombre de petites entreprises se font plutôt réfractaires à la technologie, considérée comme étant coûteuse et peu utile à la poursuite de leurs activités.

L’étude d’une soixantaine de pages ne peut que constater l’échec des initiatives menées par l’État québécois en vue d’accélérer le virage technologique et la transition numérique.

« Des milliards de dollars de fonds publics ont ainsi été dépensés au cours des dix dernières années sans toutefois générer les retombées escomptées : les entreprises manufacturières québécoises investissent peu, et leur propension à innover demeure limitée. »

Intervention plus ciblée de l’État

Pour obtenir l’adhésion des entreprises, les chercheurs du CPP recommandent, entre autres, une intervention plus ciblée de l’État.

D’abord en augmentant leurs liquidités par l’exemption pour les petites entreprises de la cotisation au Fonds des services de santé, la perte d’entrée fiscale pouvant être compensée du côté du crédit à la recherche scientifique et au développement expérimental, « de loin le plus généreux au Canada ».

Ensuite en réformant le crédit à l’investissement relatif au matériel de fabrication et de transformation en ciblant spécifiquement les entreprises manufacturières et les investissements en technologies de pointe.