La minière Stornoway, symbole du Plan Nord, se protège contre ses créanciers

Lorsque le montage financier de Stornoway a été ficelé en 2014, le prix du diamant sur les marchés se situait à 147 $US, alors qu’au dernier trimestre, la mine en a vendu à 76 $US.
Photo: Stornoway Lorsque le montage financier de Stornoway a été ficelé en 2014, le prix du diamant sur les marchés se situait à 147 $US, alors qu’au dernier trimestre, la mine en a vendu à 76 $US.

N’ayant pas trouvé d’acheteur ou d’investisseur cet été, la société minière Stornoway s’est placée sous la protection des tribunaux lundi, un nouveau chapitre marqué par la proposition de quatre créanciers garantis, dont Redevances Aurifères Osisko et Investissement Québec, qui souhaitent acquérir ensemble la quasi-totalité de ses actifs.

Présentée comme un symbole du Plan Nord lors de l’inauguration de sa mine de diamant en 2014, Stornoway s’est tournée vers la Cour supérieure après avoir déployé des efforts importants pour trouver des solutions, a affirmé en entrevue son président et chef de la direction, Patrick Godin.

« On a tout fait, collectivement, pour ne pas en arriver là », a dit M. Godin, dont l’entreprise compose depuis quelques années avec une chute des prix sur les marchés. « On a lancé un processus de sollicitation [cet été], en toute bonne foi, qui n’a pas été concluant. À ce moment-là, l’alternative, c’était que les créanciers de premier rang prennent l’actif. Mais la priorité numéro un, pour moi, c’était de préserver les emplois. »

Le gisement a été découvert en 2001 à environ 350 kilomètres au nord de Chibougamau. La mine compte actuellement sur un effectif de 541 employés, auxquels s’ajoutent 75 sous-traitants qui sont principalement des Cris, a dit M. Godin.

Les fournisseurs, situés au Québec pour l’essentiel, continuent d’être payés et les ententes avec les Cris demeurent, a-t-il ajouté.

La restructuration, qui se fera en vertu de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies, sera pilotée par Deloitte.

Baisse des prix

Lorsque le montage financier a été ficelé en 2014, le prix du diamant sur les marchés se situait à 147 $US. « Au dernier trimestre, on a vendu à 76 $US », a dit M. Godin. Compte tenu des ententes de redevances en vigueur avant le dépôt de la demande de protection lundi, il aurait fallu un prix de 107 $US pour que la mine ait la possibilité de rentrer dans ses frais.

Or l’évolution cyclique des prix n’est pas propre au diamant, a-t-il mentionné. « Si j’étais demain matin président d’une compagnie aurifère ou diamantifère… C’est sûr qu’on est tous optimistes dans ce milieu-là, mais je ne peux pas vous garantir que le prix de l’or demain matin va toujours être à 1500$US l’once. »

L’annonce aujourd’hui est importante parce que ça nous permet d’avoir accès à des liquidités, mais aussi d’apporter un vent d’optimisme à nos employés qui, au cours des derniers mois, ont vécu le stress du maintien de leur emploi

 

Le groupe des quatre créanciers garantis qui souhaitent acquérir les actifs est composé d’Investissement Québec, de Redevances Aurifères Osisko, de la Caisse de dépôt et placement du Québec et de Triple Flag Mining, a dit M. Godin en affirmant qu’ils soutiennent le projet depuis longtemps et tablent sur une augmentation des prix à moyen terme. La proposition devra être approuvée par la Cour.

Achat sans argent comptant

Dans un communiqué distinct, Osisko a fait état lundi de la création d’une entité qui fera l’acquisition, « par voie d’une transaction d’offre d’achat sans comptant », de la quasi-totalité des actifs de Stornoway. Les dettes seraient également prises en charge. Par ailleurs, une somme de 20 millions a été versée à Stornoway pour « assurer que la mine Renard continue d’opérer de façon ininterrompue ».

« L’annonce aujourd’hui est importante parce que ça nous permet d’avoir accès à des liquidités, mais aussi d’apporter un vent d’optimisme à nos employés qui, au cours des derniers mois, ont vécu le stress du maintien de leur emploi. On a des employés qui sont très engagés », selon Patrick Godin.

 
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C’est le nombre d’employés que compte actuellement la mine, auxquels s’ajoutent 75 sous-traitants qui sont principalement des Cris.

Le plus grand actionnaire de Stornoway est Investissement Québec, qui détient un bloc d’actions de 25,78 % par l’entremise de Ressources Québec et Diaquem. La Caisse de dépôt et placement du Québec possède un bloc de 11,02 %. Le statut de créancier d’Investissement Québec est lié à une dette de 125,3 millions, selon son plus récent rapport annuel.

En entrevue à RDI la semaine dernière, le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, avait dit que toutes les parties prenantes travaillaient sur une solution et qu’une annonce serait faite cette semaine. Le ministre n’était pas disponible pour une entrevue lundi.

Par ailleurs, il est prévu que les actions de l’entreprise, qui portent le symbole SWY à la Bourse de Toronto, soient bientôt radiées.

« C’est décevant pour la compagnie. Ils sont pris dans une conjoncture qui les met en difficulté », a dit Georges Beaudoin, professeur titulaire de la Chaire de recherche industrielle CRSNG–Agnico-Eagle en exploration minérale, à l’Université Laval. Outre les aspects « incontrôlables », comme les prix du marché, la compagnie a aussi vécu des enjeux opérationnels dans le passé.

« Ça arrive presque toujours quand on démarre une nouvelle mine », a-t-il dit. Ces problèmes opérationnels sont aussi largement réglés, a récemment affirmé M. Fitzgibbon au Devoir.
 



Une version précédente de ce texte, qui identifiait Redevances minières Osisko plutôt que Redevances Aurifères Osisko, a été modifiée.

 

2 commentaires
  • David Cormier - Abonné 10 septembre 2019 09 h 08

    Bravo le QLP

    Bravo les "experts en économie" du QLP pour cet autre beau cas de saine gestion des fonds publics!

  • Yves Corbeil - Inscrit 10 septembre 2019 18 h 10

    Les diamants

    Il y a bien juste chez le Canadien que les diamants prennent de la valeur, même en période difficile voir très difficile. Lâche pas mon Marc, t'as bonne mine.